France

Macron me tape sur le système, mais on ne joue pas aux dés quand il s'agit de l'avenir de la République

Temps de lecture : 2 min

[BLOG] J'irai voter pour lui le 7 mai, comme je l'aurais fait pour Mélenchon, Hamon ou Fillon.

Place de la République, le 24 avril 2017 I FRANCOIS GUILLOT / AFP
Place de la République, le 24 avril 2017 I FRANCOIS GUILLOT / AFP

Emmanuel Macron n'est pas ma tasse de thé, c'est le moins que je puisse écrire. Je n'ai pas voté pour lui et je n'ai jamais songé à le faire. Son œcuménisme bon enfant me tape sur le système, sa catéchèse toute christique me donne envie de m'étouffer avec ma kippa, sa relation fusionnelle avec Brigitte n'a pas fini de me donner des suées et son discours de dimanche soir, si à côté de plaque qu'il en devenait gênant, n'a rien fait pour arranger ses affaires.

Je le trouve en complet décalage avec la nature inquiète et tiraillée du pays, je crains fort que son élection ne ressemble au chant du cygne d'une démocratie en coma plus que dépassé, qu'il soit le porte-parole d'une France essentiellement bien portante, bien éduquée et bien dans sa peau, à rebours de l'état de déshérence dans lequel se démènent nombre de concitoyens, heurtés par un monde qui les dépasse et les déborde.

Et il est autant de gauche que moi supporter de l'Olympique Lyonnais ou amateur de cuisine polonaise.

Ceci dit, il faut bien aussi avouer que je n'ai jamais aimé les gagnants, les optimistes de nature et les gens qui irradient de bonheur: ils m’exaspèrent d'autant plus quand ils sont jeunes, éclatants de santé, riches et point encore chauves. Ils sont comme une insulte à mes angoisses et à mes hésitations, on dirait que la vie glisse sur eux, que le monde a été créé à leur intention, qu'ils sont partout à leur aise.

Ils m’écœurent et me fatiguent.

Pour autant, je n'aurai pas l'ombre d'une hésitation –du moins je l'espère!–, à glisser un bulletin portant son nom le 7 mai prochain. Pas une. Comme je n'en aurai pas eu s'il s'était agi de Mélenchon, de Hamon ou de Fillon –oui parfaitement de Fillon!– ou de n'importe quel autre candidat aux convictions démocratiques irréprochables.

On ne joue pas aux dés quand il s'agit de l'avenir même de la République, on met de côté sa fierté, son aigreur et ses états d'âme, on oublie ses rancœurs aussi légitimes fussent-elles –et elles ont lieu d'être –on remballe ses colères aussi vraies et justifiées soient-elles– et elles le sont –on ravale ses regrets et on s'en va voter comme un seul homme.

À cet instant de la vie de la nation, seule importe cette rage d'écarter celle dont on sait d'avance qu'elle précipitera le pays dans des abîmes sans fin. Celle dont l'obsession identitaire nous écœure. Celle qui porte en elle le venin du nationalisme, ce poison qui rend les gens fous et les amène à se conduire comme des monstres.

Les futures générations nous regardent, nous leur devons d’agir non point selon nos humeurs ou nos emportements ou encore nos convictions mais selon la seule morale, cet aiguillon de la pensée qui permet à l'homme d'avancer sur le chemin de la vie sans trébucher de trop, dans le parfait respect de son humanité, loin, très loin des calculs politiciens qui tôt ou tard se retourneront contre lui.

Si Macron n'est le candidat idéal, il n'est pas non plus le pire.

Loin s'en faut.

Du moins faut-il essayer de s'en convaincre.

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