Monde

De Chirac à Berlusconi, de Palme à Rabin... pourquoi ils s'en sont pris à eux

Alexandre Lévy, mis à jour le 16.12.2009 à 12 h 03

Qui sont les hommes qui ont agressé, blessé ou tué des responsables politiques. Et pourquoi...

14 juillet 2002. L'officier de permanence à la Brigade criminelle de Paris hésite devant le procès-verbal qu'il doit rédiger. Les téléphones sonnent de partout, on court, on s'agite dans les couloirs du 36 quai des Orfèvres. Le cheveu ras, en pantalon beige et blouson bleu marine un jeune homme à peine pubère lui fait face. Il y a une heure, sur les Champs Elysées, il a tiré avec une carabine 22 Long Rifle sur le président de la République, Jacques Chirac, avant d'être maîtrisé par des passants. «Vous en êtes certain?», lui demande une fois de plus le policier. «Oui, j'ai voulu tuer le Président de la République», lui répète Maxime Brunerie. Les doigts tremblants, l'enquêteur de la Crim se met à son clavier... Ce n'est pas tous les jours que l'on auditionne l'auteur d'une tentative d'assassinat manquée contre le chef de l'Etat!

L'histoire du pétage de plombs de Maxime Brunerie, cet étudiant en BTS fasciné à l'époque par l'extrême-droite, est connue. Son projet — assassiner le président de la République avant de se donner lui-même la mort — aussi. Tout comme sa «rédemption» en prison (il est désormais libre) et le touchant épisode de l'intervention des parents du jeune homme auprès de la famille Chirac. Et ces mots, en guise de «pardon» de sa cible, le Président lui-même: «Ne personnalisez pas cet acte, aurait-il dit à son entourage. Ce n'est pas moi qui étais visé, mais ce que je représente. Lorsqu'on se sent rejeté par la société, on cherche à atteindre son plus haut symbole».

Les coups de folie

L'acte s'appelle «magnicide». S'en prendre à un haut représentant de l'autorité (régicide dans le cas d'un roi). L'agression dont a été victime, le 13 décembre, le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, a rappelé cette triste réalité dans les pays démocratiques avec son corollaire prosaïque: comment assurer la sécurité de ces symboles de l'Etat? Pas facile pour les élus d'être à la fois proches de leurs électeurs tout en étant protégés contre les actes violents de personnes malades ou malveillantes.

Une revue rapide des précédents montre combien le danger reste finalement omniprésent. Pour ce qui est des auteurs, deux principaux groupes se dessinent: les malades mentaux et les «politiques» avec, parfois, un mélange des deux.

Outre cette tentative d'assassinat contre Jacques Chirac, deux autres responsables politiques français ont récemment fait l'objet d'agressions sérieuses, ou de véritables tentatives de meurtre: Philippe Douste-Blazy en 1997 et le maire de Paris Bertrand Delanoë en 2002. Avec une arme blanche, dans les deux cas, un homme avait attenté à leur intégrité physique pour des raisons qui restent, à ce jour, obscures. En mars 2002, un autre malade, Richard Durn, fait intrusion au conseil municipal de Nanterre, dégaine deux pistolets et tue huit élus en faisant quatorze blessés.

Dans la pourtant paisible Suède, en l'espace d'à peine vingt ans un Premier ministre, Olof Palme en 1986, et un ministre des Affaires étrangères, Anna Lindh en 2003, sont assassinés. Le prix à payer de la proximité des dirigeants scandinaves avec le peuple? Dans le premier cas, plusieurs versions ont circulé (les des barbouzes sud-africains, des marchands d'armes...) mais on a jamais vraiment su pourquoi le chef du gouvernement suédois est mort. Dans le deuxième, il s'agit une fois de plus du fou classique: un immigré ex-yougoslave, sans repères et avec des problèmes psychologiques.

Ce cas de figure à la Taxi Driver est une source d'angoisse permanente des services de sécurité, dès que leurs protégés sortent de leurs bureaux et vont «au contact». Une protection à 100 % n'existe pas, les policiers chargés de la sécurité des Présidents et autres Premiers ministres le savent mieux que personne. Et les meilleurs ne sont pas à l'abri de défaillances: en 1981, c'est bien plus la providence que les gardes du corps qui a sauvé Ronald Reagan des six balles tirées contre lui par un jeune homme «très perturbé psychologiquement» devant l'hôtel Hilton de Washington.

Les motivations politiques

Les politiques, eux, savent ce qu'ils font et arrivent souvent à leurs fins. En Israël, le meurtrier d'Yitzhak Rabin s'en prenait non seulement à l'homme politique mais aussi à l'espoir de paix qu'il incarnait. Un acte qu'Yigal Amir assume avec fierté, jusqu'à aujourd'hui, devenant une sorte de héros pour l'extrême droite israélienne. Idem pour les anciens commandos serbes qui ont organisé l'assassinat du «tombeur» de Milosevic, le Premier ministre Zoran Djindjic (en 2003, d'une balle tirée par un sniper), qui s'était engagé à ce que les crimes de guerre en ex-Yougoslavie soient punis. Mais pour quelles raisons exactement le Turc Ali Agca a-t-il tenté d'assassiner le pape Jean Paul II en 1981? Connaîtra-t-on les véritables raisons de l'assassinat de Kennedy, le «magnicide» par excellence du XXe siècle? Et de Palme?

Qu'elles soient l'acte d'un fou ou le fruit d'une opération soigneusement planifiée, les atteintes aux chefs de l'Etat gardent une part de mystères. Ces risques sont certainement multipliés lorsque les hommes publics aiment les bains de foules (c'était une hantise pour madame De Gaulle dont le mari a été la cible de l'OAS tout comme pour Bernadette Chirac). Lorsqu'ils suscitent par leur action et leur comportement des réactions passionnées, comme Berlusconi et Sarkozy. Et last but non least, lorsqu'ils n'ont pas la langue dans la poche en public. Quand l'excitation monte rapidement des deux côtés, l'empoignade arrive vite aussi. C'est le cas pour le Cavaliere et c'est certainement le cas aussi Nicolas Sarkozy dont on se souvient des énervements et autres dérapages verbaux. Pour la sécurité, c'est l'enfer.

Alexandre Lévy

Image de une: Robert de Niro dans Taxi Driver. DR

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