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Les Américains sont jaloux de notre taux de participation électorale

Claire Levenson, mis à jour le 24.04.2017 à 10 h 16

Marine Le Pen ne sera pas la Trump française.

Un graffiti représentant Donald Trump et Marine Le Pen le 8 avril 2017 à Paris | JOEL SAGET/AFP.

Un graffiti représentant Donald Trump et Marine Le Pen le 8 avril 2017 à Paris | JOEL SAGET/AFP.

Pendant la campagne présidentielle, la presse américaine a été obsédée par une question simple: la France va-t-elle élire le Donald Trump français, Marine Le Pen? Après les résultats du premier tour du 23 avril, il est devenu clair que la réponse serait très probablement non. Tout d'abord, contrairement aux Etats-Unis, où les sondeurs n'avaient pas vu venir la victoire de Trump, les prévisions françaises avaient très bien prévu les résultats du premier tour, sans sous-estimer le vote d'extrême-droite. La compétence des instituts de sondages français a été saluée un peu partout:

«Super, maintenant les Français vont maintenant pouvoir se vanter de la supériorité de leurs sondages», note le politiologue américain Seth Masket.

Si le populisme anti-immigrés de Le Pen et de Trump ont beaucoup en commun, leur position dans les sondages n'a absolument rien à voir. Selon le datajournaliste Nate Silver, la comparaison entre Trump et Le Pen est particulièrement trompeuse. Pour le second tour du 7 mai, les sondages donnent un écart d'environ 26 points en faveur d'Emmanuel Macron, alors que pendant la présidentielle américaine, les sondages donnaient Hillary Clinton gagnante de juste deux points dans plusieurs Etats décisifs. Or si une erreur de sondages de deux ou trois points est un phénomène fréquent, ce n'est absolument pas le cas d'une erreur de 26 points, note Silver.

«Ceux qui disent "Le Pen peut gagner parce que Trump!" ne savent pas compter. Leur situations ne sont pas du tout comparables».

Pour les Américains, l'autre différence principale entre les deux présidentielles est l'attitude de la droite française par rapport à celle des Républicains américains, qui ont presque tous soutenu Trump. Le fait que François Fillon appelle immédiatement à voter Macron leur a paru plus responsable que la réaction de la droite américaine, même si la situation est différente dans la mesure où Le Pen n'est pas du même parti que Fillon.

«Une différence clé: les politiciens de droite en France sont tous en train d'apporter leur soutien à Macron. Aux Etats-Unis, presque aucun n'avait soutenu Clinton.»

Ou encore le journaliste Shaun King:

«Les conservateurs français refusent de soutenir Le Pen - ils font ce que les conservateurs américains auraient dû faire avec Trump».

Beaucoup ont aussi noté avec envie la forte participation électorale française, qui a atteint environ 80%, alors que le taux était de 58% pour la présidentielle américaine.

«La leçon de l'élection française pour les Américains - le vote a lieu dimanche, pas un jour de la semaine [comme aux Etats-Unis]. 71% France contre 55% aux US la dernière élection», explique le politologue Larry Jacobs.

Ou encore ici, l'auteure Celeste Pewter, avant l'obtention des chiffres définitifs de participation:

«Je vais être honnête: je regarde le taux de participation de 69,2% pour l'élection française et je suis jalouse. Essayons de faire pareil.»

Si Le Pen était la Trump américaine, Macron est de plus en plus comparé à Barack Obama et à Justin Trudeau. Pour l'ancien conseiller d'Obama Ben Rhodes, «Obama, Trudeau et Macron ont tous mené différentes versions d'une même campagne».

L'ancien président américain avait appelé le candidat d'En Marche pour l'encourager le 20 avril et le journaliste Bradd Jaffy avait remarqué l'expression béate de Macron face à son téléphone:

«Trouve toi quelqu'un qui te regarde comme Macron regarde son téléphone avec la voix d'Obama qui en sort.»

Du côté de la presse pro-Trump, Breitbart a été un peu déçu du score de Le Pen mais s'est rattrappé en anglant sur le recul impressionnant des partis traditionnels: «Défaite historique pour l'establishment.»

Beaucoup rappellent que dans les semaines à venir, les Russes pourraient essayer d'influencer l'élection française, comme ils l'ont fait pour la présidentielle américaine:

«Rappelez-vous: la machine de Poutine vient juste de commencer avec les élections françaises. Attendez-vous à des attaques contre Macron et un gros soutien russe de Le Pen dans les semaines à venir», écrit un ancien diplomate de l'administration Obama.

Cette soirée électorale a aussi donné le jour à une des coquilles les plus amusantes de l'année. Dans un article en ligne de CBS, un espace entre «Le Pen» et le verbe «is» a sauté, donnant donc cette phrase: «Le Penis un candidat redoutable».

 

 

Claire Levenson
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