Economie

La fin de la mondialisation

Daniel Gross, mis à jour le 16.12.2009 à 2 h 39

La surprenante chute libre du commerce mondial.

Je discutais en novembre avec un dirigeant d'une de ces nouvelles sociétés chinoises de capital-investissement. Il se félicitait des investissements de sa société dans les domaines des logiciels d'économie d'énergie et des communications mobiles. Mais rien pour les entreprises qui exportent.

Les investisseurs intelligents chinois regardent désormais vers le marché intérieur et évitent le secteur qui a pourtant apporté tant de croissance ces dernières années, signe d'une nouvelle tendance surprenante: la démondialisation. Durant les dernières décennies, les biens, les services et les personnes n'ont cessé de courir le monde, toujours plus vite, toujours plus loin. On pensait que la mondialisation était la façon la plus efficace d'organiser l'économie mondiale. Mais tout cela est en train de changer, pour des raisons économiques et politiques, mais aussi en raison du déplacement des richesses de l'ouest vers l'est.

Dans les mois qui ont suivi septembre 2008, quasiment tous les indicateurs qui montraient que l'économie globalisée était de plus en plus interconnectée se sont effondrés. Entre avril 2008 et avril 2009, les volumes d'échanges de monnaies ont diminué de 25% à Londres.

Expatriés

La Banque interaméricaine de développement a déclaré en août que les expatriés d'Amérique latine et des Caraïbes enverraient en 2009 11% d'argent en moins - on en reviendra ainsi au niveau de 2006. Et le Fond monétaire international estime que le commerce mondial de biens et services va dégringoler de presque 12% en volume cette année.

Certes, tout cela est logique quand l'économie mondiale recule, comme ce fut le cas en 2009, pour la première fois depuis 1944. Mais le déclin du commerce a été beaucoup plus important que la petite baisse de la production économique mondiale. La mondialisation a été surestimée à plusieurs égards. Ce sont les créances et les crédits qui ont alimenté les exportations, les échanges monétaires et les investissements transfrontaliers. Aux Etats-Unis, la consommation de biens importés s'est appuyée sur l'emprunt et l'essor du marché immobilier.

Le commerce a rebondi, mais le volume d'échange est encore très loin de ce qu'il était à son apogée. En septembre, le total des importations et des exportations américaines était 24% en dessous du niveau de juillet 2008. Les pays touchés de plein fouet par la soudaine chute de la demande étrangère ont compris qu'ils ne pouvaient désormais plus se contenter d'exporter pour s'enrichir. Les exportations chinoises ont chuté de 23% entre août 2008 et août 2009. Les investisseurs intelligents se tournent vers les entreprises qui fabriquent des produits locaux pour le marché domestique.

Relocalisation

Les entreprises occidentales sont aussi de plus en plus conscientes que la main d'œuvre bon marché n'est pas la panacée. Elles ont appris ces deux dernières années que plus la chaîne d'approvisionnement était longue, plus elle avait de chances d'être perturbée par des virus grippaux, des troubles géopolitiques, et autres augmentations du coût de l'énergie. La Chine demeure l'usine du monde, mais dans ce contexte de demande instable, certaines entreprises ont compris que fabriquer des biens plus près de chez soi était plus efficace, même si les coûts de production sont plus élevés. En mars, US Block Windows, un fabricant de fenêtres en carreaux de Plexiglass basé à Pensacola, en Floride, a racheté à Fortune Brands son concurrent Hy-lite. Ce dernier avait externalisé le moulage du Plexi en Chine. «Nous avons compris que nous pouvions le faire à moindres frais en interne, parce que nous avions les équipements nécessaires, et que nous étions en deçà de nos capacités de production», a expliqué Roger Murphy, le PDG de US Block Windows. Plus important encore: fabriquer en Chine présente des inconvénients. US Block Windows envoie les commandes sous quatre jours. Mais le délai de production en Chine était de 12 à 16 semaines. «Cela complique tout», car dans le contexte actuel, il est difficile d'anticiper la demande, explique Roger Murphy. En septembre, US Block Windows a relocalisé le travail de moulage en Floride.

La politique a aussi un rôle dans la démondialisation. Comme c'était prévisible, la récession a déclenché une série de réactions protectionnistes. Les économies développées d'Asie, d'Europe et d'Amérique du Nord ont créé de nouveaux droits de douane, elles ont mis sur pied des subventions à l'exportation, elles ont clairement indiqué que les fonds de relance devaient être dépensés localement, et elles ont soutenu tout particulièrement les banques et les constructeurs automobiles nationaux. Cette tendance a amené les entreprises - américaines comme étrangères - à revoir leur approche du vaste marché intérieur américain, notamment dans les domaines aidés par le gouvernement: l'énergie, la finance, l'automobile. C'est ainsi que Suzlon et Vestas, des fabricants indiens et danois d'éoliennes, ont tous deux massivement investi dans les entreprises américaines, non seulement parce que transporter les éoliennes sur de longues distances revient cher, mais aussi pour être perçus comme «américains» au regard des achats publics verts.

En novembre, Ted Strickland, le gouverneur de l'Ohio, un des Etats les plus touchés par la mondialisation, a fait une apparition sur le campus d'entreprise de Milford (dans la banlieue de Cincinnati) pour célébrer le fait que Tata Consultancy Services, le géant indien de la délocalisation des services, employait désormais 300 personnes sur place. L'externalisateur s'est mis à internaliser. Et si ce n'était pas à la démondialisation que nous assistions, mais à la remondialisation?

Daniel Gross

Traduit par Aurélie Blondel

Image de Une: Des voitures fabriquées en Chine arrivent à Valparaiso, REUTERS/Eliseo Fernandez

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