France

S'il gagne, les étrangers vont aimer la nouvelle France de Macron

Eric Le Boucher, mis à jour le 24.04.2017 à 9 h 42

Emmanuel Macron est arrivé en tête à l'issue du premier tour avec 23,7% des voix, il sera au second tour.

Emmanuel Macron au Parc des Expositions à Paris, le 23 avril 2017. Patrick KOVARIK / AFP

Emmanuel Macron au Parc des Expositions à Paris, le 23 avril 2017. Patrick KOVARIK / AFP

Contre toute attente il y a un an, Emmanuel Macron a réussi. Il sera au second tour, il est favori. Pour deux raisons. La première est qu’il a eu une vision de génie. Il a vu que le moment était historiquement venu d’une complète reconfiguration de la vie politique française. La fracture gauche/droite était devenue factice. La droite s’oppose à tout ce que propose la gauche et réciproquement alors que les deux partis, Les républicains et le PS, sont déchirés en leur intérieur sur les vraies questions: l’Europe, la mondialisation, la sécurité, l’écologie. Autrement-dit la vraie fracture ne passe plus par l’antique découpage droite/gauche, il est possible de donner le coup de pied qui va faire tomber la vieille politique. Les deux nouveaux camps sont l’immobilisme et le réformisme. Allons-y.

Quand cette conviction s’est-elle faite? Quand il occupait Bercy. Il a alors pris son rôle de ministre très à cœur et il a suivi ses projets de loi à l’Assemblée et au Sénat en plongeant dans la vraie vie politique, les arrangements, la discussion en commission, homme à homme ou femme  avec les un(e)s et les autres. Exercice humiliant puisque les élus de droite reconnaissaient les biens fondés de son texte mais votaient contre. Puisque les Frondeurs ne voulaient rien entendre et refusaient même de travailler pour amender le projet, si besoin était. Après son départ de l’Elysée, il était revenu sur la scène pour faire quelque chose, pour agir, pour réformer la France et voilà qu’il était dévoré par les luttes internes du parti socialiste. Tout ce qu’il déteste! Lui qui se veut avant tout indépendant, libre. Manuel Valls premier ministre a cristallisé son envie «d’y aller» en lui interdisant de lancer une loi Macron 2.

Il faut devenir pro-business parce que le social suit l’économie et non pas le contraire

Alors, il se lance. Quelles idées portent son réformisme? Economiquement le blairisme. La France est la seule qui n’est pas connu la «Troisième voie» celle qui fait de la croissance le but à atteindre. Il faut devenir pro-business parce que le social suit l’économie et non pas le contraire. Mais Emmanuel Macron en prend une version scandinave, qui donne plus d’équilibre au social, d’où son mot de «progressiste». C’est en cela qu’il reste «de gauche», contrairement à ce que pense la gauche hamonienne et mélenchonienne.

Face aux populismes

Le logiciel macronien se cale sur cette ligne sociale-libérale. Mais s’y ajoute un un discours «positif» sur la France, qui il lui permet de faire vite le plein avec les start-up et les adeptes du modèle californien. Et s’ajoute une réaffirmation de la démocratie comme étant le meilleur système, en opposition avec tous les populistes admirateurs des pouvoirs forts. Une démocratie souffrante mais qu’il faut elle aussi renouveler en s’appuyant sur le désir d’engagement de beaucoup de jeunes français. Cela donnera En Marche!

La première raison du succès est donc celle-là: le bon timing historique et l’offre d’une solution «ni gauche ni droite» qui a fait ses preuves ailleurs et que porte l’air du temps. En essayant de revenir aux fondamentaux de l’Etat providence, tout sera révisé (de l’idée d’égalité à celle de réussite) pour ne plus seulement amender mais refonder. A la fois radical et tempéré (son «en même temps»), Emmanuel Macron bouscule, ce qui ligue contre lui une véritable incompréhension et une véritable haine. Il est un homme politique nouveau.

La deuxième raison du succès est une chance inouïe. La droite lui envoie un candidat très à droite, ce qui dégage le centre, avant qu’il s’abîme dans les affaires. La gauche lui envoie le symétrique, un candidat gauche de la gauche qui refuse de se recentrer. Emmanuel Macron ne pouvait rêver mieux. Les deux partis traditionnels se sont tués eux-mêmes.

L’été dernier au lancement d’En marche! ses chances apparaissaient très maigres, il devait passer par un trou de souris. Son initiative était tellement inédite qu’elle provoquait le scepticisme dans le microcosme. Pourtant, en examinant la scène politique, les déchirements du PS lui ouvraient la voie. Lui avait la vista, il y croyait.

Après Trump et le Brexit, les pays étrangers s’inquiétaient de voir en Marine Le Pen, le visage de la France d’avril 2017. C’est celui d’un jeune homme neuf qui tient un discours progressiste, optimiste et pro-européen qui apparaît en tête. S’il gagne, les étrangers vont aimer sa nouvelle France.

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (535 articles)
Journaliste
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