France

Les deux candidats du second tour de la présidentielle analysés par Slate

Slate.fr, mis à jour le 23.04.2017 à 20 h 47

Voici ce que nous avons retenu au fil des mois de campagne de chacun des prétendants à l'Élysée qualifiés au second tour.

PATRICK KOVARIK et JOEL SAGET / AFP

PATRICK KOVARIK et JOEL SAGET / AFP

Emmanuel Macron (En marche!)

Emmanuel Macron, le signe que nous approchons du stade terminal de la crise de régime (par Gaël Brustier)

«“En marche!” est un peu le Nuit Debout des traders, ce qui suppose de passer par des alliances avec d’autres groupes sociaux plus nombreux en voix dans les urnes (chez les seniors, désormais à l’abris des vicissitudes du monde du travail, ou chez les cadres et professions libérales, dans une France qui, sans être privilégiée, ne s’estime pas victime de la plongée du pays dans la globalisation et l’intégration européenne). Son combat ne se situe ainsi désormais plus au niveau de la compétence économique ou des “propositions” mais à celui de l’unification d’aspirations contradictoires et diffuses dans la société.»

Quelques minutes de débat sur l'islam montrent comment Macron évolue (par Claude Askolovitch)

«Les mois passant, la banalité a recouvert l’enthousiasme, et Macron, abordant la crédibilité régalienne, cultive donc l’air du temps? Même en répondant à Marine Le Pen, il posera sa distance avec la simple défense des libertés. Le burkini n’est pas un sujet de laïcité, mais une affaire d’ordre public, explique-t-il, et certains arrêtés l’ayant interdit se justifiaient. Macron le pense vraiment.»

La réincarnation de Hollande en Macron (par Eric Dupin) 

«Que l'on se comprenne bien. Je n'insinue en rien que la candidature Macron est une manœuvre machiavélique ourdie à l'Elysée. Hollande a, bien au contraire, toutes les raisons d'être profondément marri d'avoir été mis échec et mat dans une partie reprise, avec une réussite potentielle, par l'un de siens. Mais il peut se consoler en songeant à la relecture historique possible de son quinquennat à la lumière d'une élection de son ancien conseiller et ministre à l'Elysée.»

En immersion chez les Macroniens (par Claire Garnier)

«A un mois du premier tour, Jean-Philippe prévient que la stratégie est d’aller chercher les indécis, via le “tractage”, le “boîtage” et le porte-à-porte. Il déconseille de glisser le petit livret dans les boîtes aux lettres car le document risque de servir à emballer les épluchures de légumes sans être regardé; or “ça coûte très cher”. Ces activités ne sont pas toujours valorisantes et Jean-Philippe en a fait lui-même l’expérience: “j’ai été vexé dimanche sur le marché Saint-Marc car beaucoup de personnes ne prenaient pas le tract Macron, mais prenaient le trac Le Pen!”.»

«Au vieux clivage droite-gauche, Macron prétend substituer une opposition entre “celles et ceux qui croient au progrès, à la transformation radicale” et “celles et ceux qui ne veulent pas ces changements ou prônent le repli”»

On voit bien qu'Emmanuel Macron n'a jamais bossé à Pôle Emploi, lui (par Titiou Lecoq)

«Revenons donc à la proposition d’Emmanuel Macron. Il ne peut pas se rendre compte de ce que ça signifie son truc. Il faudrait démultiplier les moyens de Pôle Emploi. Parce que le droit de refuser une seule proposition, ça veut dire le droit à aucune erreur de la part de Pôle Emploi. Et bizarrement, dans son annonce, je n’ai pas trouvé les moyens humains et financiers qu’il allait mettre.»

Macron a un programme, mais ce qu’il propose est assez gênant pour qu’il le cache (par Claude Askolovitch)

«Si Macron se promène dans l’olympe de la pensée, ou dans la vacuité des sondages, c’est qu’il n’est que cette bulle? A force de décliner en boucle qu’il n’a pas de programme (pas encore révélé), c’est devenu une vérité médiatique, un mètre-étalon de banalité, qui passe des commentaires vite troussés aux propos de table, et entretient l’image irréelle. Lui, pendant ce temps, a une bonne tête de jeune Président, en Algérie où il vaudrait réconcilier. Cela compte? Macron serait vide. C’est idiot. Son programme existe, et mieux encore, son intention. Il l’a exprimée, plusieurs fois, par morceaux. Elle est dans son parcours, dans ce qu’il a porté. Il faut être paresseux pour attendre un document emballé, circonstanciel, qui dirait la vérité d’un homme: on sait qui il est, et ce qu’il veut.»

Qui sont les Français qui soutiennent Emmanuel Macron? (par Jérôme Fourquet)

«Emmanuel Macron ne peut donc pas être réduit au statut du candidat des CSP+ puisqu’il “mord” également très efficacement dans la classe moyenne. Le stéréotype de candidat de la “France d’en haut” mérite donc d’être fortement nuancé même si son électorat demeure clivé sociologiquement. Il n’atteint en effet que 14% auprès des ouvriers et des employés, soit un étiage pratiquement deux fois moins élevé que dans les classes moyennes et supérieures.»

Les quatre malentendus que recouvre le succès d'Emmanuel Macron (par Eric Dupin)

«Au vieux clivage droite-gauche, Macron prétend substituer une opposition entre “celles et ceux qui croient au progrès, à la transformation radicale” et “celles et ceux qui ne veulent pas ces changements ou prônent le repli”. Il entend ainsi rassembler les “progressistes”, qu'ils soient de droite ou de gauche. Cette présentation flatteuse ne saurait masquer qu'il est incontestablement le candidat le plus proche de la politique menée par François Hollande depuis 2012, impopulaire au point que le chef de l'Etat sortant n'a pas pu se représenter. Macron a participé activement à la préparation du programme du candidat socialiste élu à l'Elysée cette année-là.»

Le programme de Macron est raisonnable, faisable... Est-ce qu'il manque de flamme? (par Eric Le Boucher)

«Voilà aujourd’hui la macro de Macron. Il est européen, raisonnable, faisable. Manque de flamme? Si on revient sur ce passage des étoiles à la boue, trop rapide, on se dit que l’exercice n’était pas simple à faire au cours d’une seule interview. Surtout, Macron s’en prend aux racines du mal français, l’immobilisme des rentes et des statuts. Proposer l’Europe plutôt que la nation, la mobilité plutôt que la protection, l’entrepreneuriat plutôt que l’étatisme, ce n’est pas aller au sens du vent. Un exercice pédagogique d’un Macron à la Mendès.»

«Macron se contente d’enregistrer les doléances du client et de les reformuler pour ensuite proposer le plan d’action qui s’impose»

Bayrou peut-il aider Macron à percer dans la France périphérique? (par Gaël Brustier)

«Dans une campagne présidentielle aussi incertaine, l'impact d'un vote comme celui de la France rurale ne peut être négligé par aucun candidat: le désordre idéologique actuel impose en effet de s'adresser à l'ensemble des groupes sociaux. Le niveau important d'abstention annoncé pour l'instant dans les communes rurales est peut être le premier indicateur d'un positionnement plus incertain qu'il n'a jamais été.»

Emmanuel Macron est-il le Tony Blair français? (par Elie Cohen et Gérard Grunberg et Telos)

«Si Emmanuel Macron endosse largement ce programme, il n’épouse pas la défiance maladive de Tony Blair à l’égard de l’intervention économique de l’État et ne se prive pas de se livrer aux petits jeux du meccano industriel. Issu de la culture de la haute fonction publique française, il n’a pas les mêmes réticences que Blair, mais il n’en partage pas moins les grandes lignes de la vision blairiste. Tous deux refusent de considérer que le libéralisme, notamment économique, soit par nature une pensée de droite et, au contraire, estiment que la pensée progressiste doit s’en nourrir pour partie. Les entreprises n’étant pas considérées comme des ennemis et les diminutions d’impôts comme des cadeaux aux patrons mais comme des aides à la compétitivité.»

Emmanuel Macron n'est pas candidat, il est consultant à la présidentielle (par Jean-Laurent Cassely)

«Comme consultant, Emmanuel Macron affecte un devoir de réserve sur l’état de la France. Il se contente d’enregistrer les doléances du client et de les reformuler pour ensuite proposer le plan d’action qui s’impose.»

On juge beaucoup Emmanuel Macron sur sa parole, mais que disent ses actes? (par Gilles Bridier)

«Certes, Emmanuel Macron dénonce ces jeux politiques de la gauche et de la droite qui bloquent la société française et dont il a fait les frais à cette occasion. En attaquant le vieil ordre politique, il s’est même construit un fonds de commerce. Toutefois, d’autres avant lui ont sonné le glas de l’affrontement droite-gauche sans parvenir à lancer une nouvelle façon de faire de la politique. Ce qui explique certainement l’essoufflement de la démocratie en France. Mais il ne suffit pas de dénoncer. Et si elle est conforme au fonctionnement de la VeRépublique, la solution qui consiste à s’extraire du débat parlementaire n’est pas la façon la plus démocratique pour faire passer une loi.»

Le discours de Macron, un vrai renouveau du logiciel politique (par Eric Le Boucher)

«En Marche! Le rassemblement des progressistes. Cela résume tout. Le ministre de l'Économie a fait un remarquable discours à la Mutualité, remarquable parce qu’il réussit, sur le plan intellectuel, son pari, celui de “dépasser” les partis politiques. Il le fait en renouvelant le logiciel politique sur trois plans, celui du progrès “positif”, celui du libéral-social et celui du démocrate.»

Pour retrouver son programme, cliquez ici.
 

Marine Le Pen (Front national)

Marine Le Pen, présidente par inadvertance (par Jean-Marie Pottier)

«Mais que se passerait-il si cette France encore majoritairement inquiète face à Marine Le Pen décidait de fortement s'abstenir? Serge Galam avance l'hypothèse que le “front républicain” sera confronté à un défi inédit en cas de second tour avec Emmanuel Macron, candidat non issu d'un des deux grands partis et qui se présente lui-même comme «hors système». Et ce défi semble encore plus compliqué en cas de second tour avec François Fillon, actuellement lesté d'une impopularité très forte.»

Les jeunes qui votent pour la première fois préfèrent Marine Le Pen (par Anne Muxel)

«Les choix de vote recoupent des fractures sociales et culturelles au sein de la jeunesse. Le vote frontiste enregistre des écarts importants entre la jeunesse étudiante (24%) et la jeunesse au travail (44%). Mais un quart de suffrages parmi les étudiants n’est pas rien et témoigne de l’attrait de Marine Le Pen dans des segments diversifiés de la jeunesse française. Reste une ligne de partage assez nette selon le genre. Alors que 34% des jeunes hommes pourraient voter pour la candidate frontiste les jeunes femmes ne sont plus que 25% dans les mêmes dispositions.»

Comment Marine Le Pen change (ou pas) le FN avec ses mots (par Nicolas Lebourg)

«La fréquence d’usage de certains termes par Marine Le Pen permet effectivement de mieux saisir comment s’est effectué la normalisation de l’image de son parti. L’entrelacement des termes liés à celui d’État dessine bien le caractère ubique et protectionniste de ce dernier, tout en le connectant à l’idée du peuple et de la démocratie. La charge d’inquiétude que représente la puissance autoritaire est défaite par une inflation de l’usage de mots comme «démocratie», «liberté» et «laïcité» –le premier  représente ainsi 2‰ des mots du corpus de la fille contre 0.9‰ du père, le deuxième 4.4‰ contre 2.9‰, le dernier 1.3‰ contre 0.2‰.»

«Quand on observe le programme de 2017 de la candidate, on s'aperçoit qu'on y retrouve bien des strates des programmes antérieurs, dites différemment»

Ce document montre comment Marine recycle Le Pen (par Nicolas Lebourg)

«Bien des médias et des pseudos-intellectuels ont chanté à quel point Marine Le Pen représentait une sortie de l'extrême droite, un néo-FN qui n'aurait plus du lepénisme que le nom. Quand on observe le programme de 2017 de la candidate, on s'aperçoit qu'on y retrouve bien des strates des programmes antérieurs, dites différemment. La comparaison est particulièrement intéressante avec 2007, la dernière campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen, dont Marine Le Pen était la directrice stratégique, pour un score décevant à la clef (10,44%).»

Le discours du FN sur l’islam décrypté (par Julien Longhi) 

«C’est un ressort fréquent de la rhétorique du Front national (avec des termes comme “mondialisme”, “européisme/iste”, etc.) qui consiste à reformuler les sujets jugés problématiques pour les faire entrer dans des catégories de notions idéologiques. En effet, selon le dictionnaire en ligne TLFI, le -isme implique par exemple une prise de position vis-à-vis de l’objet suffixé; avec le -iste, le mot suffixé désigne celui qui adhère à une doctrine, une croyance, un système, un mode de vie, de pensée ou d’action, ou exprime l’appartenance à ceux-ci.»

Le Front national est très loin d'être épargné par les affaires (par Gregor Brandy)

«Il y a une raison qui explique que le Front national, d'habitude si prompt à dégainer sur toutes les affaires qui touchent ses adversaires, a choisi de rester silencieux, expliquait dès le début de l'affaire le Huffington Post: c'est parce qu'il doit plus ou moins faire face au même problème au Parlement européen.»

À quoi ressemblerait l'arrivée du FN au pouvoir? (par Joël Gombin)

«La question la plus délicate que soulève l’hypothèse d’une conquête du pouvoir d’État par le FN est celle des conditions de l’exercice du pouvoir par une présidente et un gouvernement totalement ou majoritairement issu de ses rangs. On manque ici d’éléments de comparaison, en France bien sûr, mais aussi à l’échelle européenne. On entre donc assez largement dans le domaine de la spéculation. On peut toutefois s’appuyer sur les acquis de la sociologie de l’État et de la sociologie des politiques publiques pour tenter d’imaginer les contraintes qui pèseraient sur l’exercice du pouvoir par un exécutif FN.»

Le Front national a-t-il remporté la «bataille culturelle»? (par Gaël Brustier)

«Vingt ans ont passé. Le FN est davantage devenu une machine électorale qu’un «intellectuel collectif». Jamais vraiment remis de la scission mégrétiste, le parti à la flamme tricolore n’a pas, au contraire de ses homologues italiens, formé une véritable contre-société. Mais il bénéficie de l’investissement mégrétiste dans le combat culturel.»

«Le FN est-il libéral, laïc et féministe? Dans l’exacte mesure où cela lui permet de condamner l’islam et l’immigration, et pas au-delà»

Le Front national se trompe-t-il de stratégie? (par Nicolas Lebourg)

«Certes, l'Union européenne a tout pour être une cible préférentielle du FN, qui peut la désigner avec crédibilité comme un artefact supranational, postdémocratique, technocratique, turbocapitaliste. Jamais Marine Le Pen ou Florian Philippot ne pourront faire mieux que José Manuel Barroso et Jean-Claude Juncker pour écœurer l'opinion publique de la construction européenne. Mais l'état de l'opinion sur la question européenne ne connaît pas la même dynamique irrationnelle qu'à propos du retour de la violence politique dans les sociétés européennes.»

Derrière le «féminisme» de Marine Le Pen, le vote déterminant des femmes (par Aude Lorriaux)

«Le FN est-il libéral, laïc et féministe? Dans l’exacte mesure où cela lui permet de condamner l’islam et l’immigration, et pas au-delà. Ces accents libéraux (comme d’ailleurs le programme économique du parti) n’interviennent que pour servir des objectifs plus élevés: stopper l’immigration, rétablir les frontières, promouvoir une identité nationale homogène.»

Marine Le Pen se prend-elle pour Trump? (par Jeremy Collado)

«Marine Le Pen est confirmée en tête dans tous les cas de figure», se rassure Nicolas Bay. «Elle a solennisé son discours et montre que les événements lui ont donné raison. Aujourd'hui, nos idées sont majoritaires dans le pays. Pourquoi en rajouter? Marine Le Pen n’a pas besoin de faire de surenchère sur l’immigration ou l’identité car l’opinion nous donne une légitimité sur ces sujets-là.»

Pourquoi les forces de l'ordre votent-elles massivement FN? (par Jérôme Fourquet)

«Le vote Front national déjà structurellement puissant dans ces bureaux a très clairement augmenté entre la présidentielle et les élections européennes, traduisant sans doute une exaspération de ces gendarmes et de leurs familles face à la politique sécuritaire et pénale du gouvernement mais aussi une profonde insatisfaction concernant leurs conditions de vie et de travail ainsi que peut-être une radicalisation suite aux événements de Notre-Dame-des Landes. Or, dans plusieurs bureaux de vote tests que nous avons pu identifier, non seulement ce niveau élevé n’a pas diminué, mais il a encore grimpé entre les européennes et les régionales.» 

Catholiques et Front national: la fin du cordon sanitaire? (par Henri Tincq)

«Selon les politologues, les catholiques résistent plus que la moyenne nationale à la séduction qu’exerce le parti de Marine Le Pen. Mais ils n’échappent pas au vent qui souffle partout en faveur des thèses du Front national et des valeurs identitaires qu’il prétend incarner. Si les digues tiennent du côté catholique chez les plus anciens, des fissures apparaissent dans les jeunes générations.»

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