France

On a regardé les derniers meetings des candidats, voilà ce qu'on peut en retenir

Nadia Daam et Boris Bastide, mis à jour le 22.04.2017 à 15 h 40

Faisons le bilan avant le vote.

Captures YouTube | Slate.fr

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Tu préfères t'arracher un globe oculaire et le manger en carpaccio ou visionner les derniers meetings des onze candidats à l'election présidentielle? Ne vous embêtez pas à essayer de répondre à ce dilemme, on l'a fait pour vous.

Selon leur popularité, et leurs fonds disponibles, les candidats ont multiplié, tout au long de la campagne, les meetings aux quatre coins de la France. Avec plus ou moins d'exhubérance selon les lieux et les moyens. Et ces grand-messe n'ont pas échappé à la dynamique décrite dans Liberation: ces meetings qui «rythment le récit de la campagne» sont désormais scénarisés, orchestrés pour faire de ces candidats des stand-uppers télégéniques. De façon à satisfaire tout à la fois le goût des Français pour la politique, mais aussi notre appétit pour le show, la forme, les formules.

Souvenez-vous. Le discours du Bourget a à ce point marqué les esprits qu'on a dit de lui qu'il avait donné l'élan necessaire à François Hollande pour l'emporter. Et c'est ce même discours qui est aussi devenu son boulet, tant on n'a eu de cesse de lui coller le nez dedans et en particulier de le confronter à sa déclaration, devenue emblématique des espoirs déçus, le «mon ennemi, c'est la finance». Il parait évident que la jurisprudence «le discours du Bourget» a été dans les têtes de tous les candidats, et que cela les a encouragé, plus que jamais, à soigner leurs derniers meetings respectifs. Celui qui sortira vainqueur de cette élection sait que les petites et grandes phrases qu'il aura egrénées sur scène lui reviendront en pleine tête, et ce dès les premiers jours de «lui (ou elle) président(e)».

Merci 2017. Nous ne sommes plus contraints, comme en 2012, d'avoir des yeux et des oreilles partout, pour suivre chacun de ses meetings sur les chaînes d'info. Tout ou presque est sur YouTube, pour peu qu'on ait quelques heures à tuer, et un certain goût pour le dolorisme.

On a regardé les meetings des candidats, et voilà ce qu'on peut en retenir. Pour tâcher de passer entre les gouttes des «journalopes» et «ils roulent pour Macron/Mélenchon/Hamon...», les différentes prestations sont décrites dans l'ordre alphabétique. Quant à la longueur des paragraphes respectifs, sachez qu'ils ne sont en rien liés à notre penchant pour l'un ou l'autre de ces candidats, ils dépendent de la densité de leur discours.

1.Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière)

 

Le lieu: Aubervilliers. La commune de Seine-Saint-Denis est un bastion de l'extrême gauche depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'actuelle maire est la communiste Meriem Derkaou. Près de 4.000 participants étaient présents ce dimanche 26 mars aux Docks d'Aubervilliers pour un des rares meetings disponible sur YouTube de la candidate Lutte ouvrière.

La scénographie: Rouge! Des décors aux drapeaux en passant par les T-shirts dans la salle, nous voilà bien à un meeting d'extrême gauche. En cas de dernier doute, «L'internationale» en entrée et en clôture est là pour nous le rappeler. Arlette Laguiller, qui a été six fois candidate à la présidentielle, introduit Nathalie Arthaud. La mise en scène est très sobre avec un long plan fixe de face pris depuis la salle de la candidate qui récite son discours derrière un pupitre.

L'angle: Nathalie Arthaud nous rejoue l'éternelle lutte des classes des travailleurs contre la bourgeoisie capitaliste. Une classe «parasitaire, anachronique et irresponsable». La candidate Lutte ouvrière déplore la déchéance matérielle dans laquelle est maintenue la classe populaire. Elle explique qu'elle ne rêve pas de l'Élysée ou de Matignon avant de passer en revue les faiblesses de chacune des principales candidatures à la présidentielle dont les programmes ne font que renforcer un système capitaliste inégalitaire ou à l'amender. Elle incite toutefois les travailleurs et chômeurs à voter et se mobiliser pour faire entendre leur intérêt de classe.

La déclaration à retenir: «Prétendre donner le pouvoir au peuple sans l’enlever des mains des capitalistes relève du tour de passe-passe.»

Les propositions: Interdire les licenciements. Créer des emplois publics et mieux se répartir le travail. Exproprier et réquisitionner tous les grands groupes. Augmenter les Minima sociaux et allocations handicapés à 1.800 euros nets par mois. Indexer les hausses de salaire sur le coût de la vraie vie. Supprimer le secret des affaires.

2.François Asselineau (UPR)


 

Le lieu: C'est le dernier candidat à tenir un meeting à Lyon, et il a choisi le centre des congrès de la cité internationale. Asselineau lui-même confesse qu'il pensait que la salle serait trop grande pour l'accueillir, lui et ses soutiens. 

La scénographie: les premières minutes précédant l'entrée du candidat UPR, on a un peu l'impression d'assiter à l'Eurovison, et on s'attend à voir débouler un bassiste tatar (musique tout droit sortie d'un show de magie, lumières stroboscopiques). Puis Asselineau arrive en crabe. Les 1400 personnes (dont on devine qu'il s'agit essentiellement de militants et de peu de curieux) entonnent une Marseillaise. Puis il cause. Non stop. (lucky me, j'apprends aussi que François Asselineau peut parler pendant trois heures sans discontinuer) Pendant 3h15. TROIS HEURES ET QUINZE MINUTES. 

L'angle: L'Europe = les gorges de l'Enfer; l'Otan, c'est Belzébuth; et les États-Unis, c'est Lucifer. On exagère à peine. Il égrène les raisons qui, selon lui, doivent pousser la France à quitter l'«Europe de la paye», explique pendant de loooooongues minutes que le retour au franc fera sortir de l'UE et il fait siffler les traités (et aussi Léa Salamé et David Pujadas).

La déclaration à retenir: «Je ne compte cependant pas faire de référendum pour sortir de l’UE, puisque que c’est pour ce programme que j’aurais été élu. Ce sera bien la première fois qu’un candidat applique directement ses promesses!» (???)

Les propositions: «sortie de la zone européenne», nationalisation des grandes entreprises (EDF, Orange, TF1), organisation d'échanges scolaires entre la métropole et les outre-mer.

3.Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès)


Le lieu: INTERNET! C'est la troisième campagne présidentielle de Jacques Cheminade, et il s'est toujours peu déplacé sur le terrain, privilégiant le web pour ses différentes prises de parole. Il faut dire qu'il goûte peu les chaînes d'infos (et donc leurs retransmissions de meeting) et l'audiovisuel en général. Il a aussi des ambitions généreuses concernant le web: «relever le niveau général» et nettoyer le web. Notons que quand il organise un meeting IRL, seules 21 personnes font le déplacement. La restransmission sur le web lui permet d'atteindre un peu plus de 4000 personnes (19 vues sur la vidéo YouTube).

La scénographie: on la qualifiera pudiquement de «sommaire». Une estrade entourée de quelques militants parqués sur des chaises pliantes. C'est l'un des rares à ne pas avoir sacrifié à la tradition du regard face caméra. Il disserte, comme un proviseur un jour de rentrée des classes, ne s'emporte jamais, lit son petit bloc de feuilles A4.

L'angle: la sincérité m'oblige à avouer qu'à plusieurs moments, mon regard s'est perdu dans le vague et que j'ai bien progressé dans ma liste de course pendant l'heure et les 37 minutes que dure le meeting. J'ai quand même pu noter que l'essentiel du meeting se concentre sur les banques, Goldman Sachs, les commissaires européens/lobbyistes et les 235 milliards (proncer «miyards») de financements à long terme dont elles profitent.

La déclaration à retenir: : à propos de Jean-Luc Mélenchon: «il faut pas qu'un capitaine de péniche succède à un capitaine de pédalo (..) parce qu'une péniche, ça coule hinhin». #JacquesCheminadeComedyClub

Les propositions: la création d'un compte personnel d'activité (qui existe déjà), l'annulation de la dette des États pour sa part illégitime, vérifier en CM2 que les élèves sachent «lire, compter, chanter» (développer et hausser le niveau des chorales à l'école).

 

4.Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République)


Le lieu: le Cirque d'hiver à Paris, où les militants ont été acheminés par bus spécialement affretés. La salle, elle, a une capacité modeste: à peine 16.000 places.

La scénographie: NDA a beau s'être offert les services de Laurent Jacobelli, pro de l'organisation de meeting et ex-homme de médias, la mise en scène assez peu étudiée va être bousculée par des tas de petits couacs (micro qui ne marche pas, pupitre pas de la bonne couleur). Tout se joue plutôt dans la salle: profusion de drapeaux français, trompettes et des «On va gagner» chantonnés sur l'air du «on est chez nous» frontiste.

L'angle: anti-système. Plus offensif qu'il ne l'a jamais été, Nicolas Dupont-Aignan emploie l'essentiel de son meeting à régler ses comptes: avec son ancienne famille politique qu'il accuse de harcèlement, avec Filllon et «les affaires», avec les rumeurs l'accusant de flirter avec le Front national. Et plus largement avec le «système»: «On nous dit que nous sommes petits, les grands, sont surtout grands pour leur compromission» (à une journaliste de l'émission «Quotidien», il qualifiera d'ailleurs les membres du système de «collabos»). Autre grave accusation: «Je tiens des preuves que les grands propriétaires des médias ont fait taire des journalistes, mais moi je ne me tais jamais, je dirai tout.»

La déclaration à retenir: «Rugissez comme des lions et débarrassez-vous des ânes!»

Les propositions: maintien des 35 heures, défiscalisaton des heures supplémentaires, revalorisation des petites retraites, baisse de l’impôt sur le revenu de 10%, plan Marshall pour l'Afrique...

5.François Fillon (Les Républicains)

 

Le lieu: Lille, fief socialiste mais où les résultats du PS déclinent d'année en année. Juste avant, le candidat LR avait prévenu qu'il comptait bien mettre en place «un grand espace ouvert au dialogue social, le contraire de la méthode brutale de Martine Aubry», maire de Lille. Hamon, Macron, Le Pen et Mélenchon sont déjà passés par là. Il s'agit donc pour François Fillon de faire plus tapageur et d'afficher une mobilisation inédite. Raté. Même la presse allemande relève que la salle est à moitié vide

La scénographie: Austère. D'ailleurs, il tient une «réunion publique», pas un meeting. Xavier Bertrand, et Karine Charbonnier, vice-présidente LR à la Région et auteure de Patrons, tenez bon sont chargés de chauffer la salle. Sur le côté, mais hors-champs, les fidèles (Retailleau, Pécresse...). Fillon, lui, reste figé derrière son pupitre, et s'il n'hésite pas, de temps en temps, à inciter le public à huer (Macron, Mélenchon...) et appelle au «sursaut», l'ensemble est très discipliné. En colère, mais bien peigné. Il s'autorise une seule fantaisie en invitant la traductrice du discours en langue des signes à refaire le signe du mot «liberté».

L'angle: Tacler, tacler, et tacler. Les autres candidats en général, Emmanuel Macron, en particulier qu'il résume par «c'est du blabla» et «la France du “en même temps”». Mais aussi les chaînes d'info en continu et la «tweet line». Pour le reste, il déploie à l'envie ses idées fixes: identité, insécurité culturelle, «refus de la culpabilisation permanente», entreprenariat. Les affaires, elles, sont balayées d'un laconique: «si j'ai des regrets, c'est de ne pas avoir pu expliquer plus encore mon projet»

La déclaration à retenir: «Nous ne sommes pas une aire d'autoroute où des citoyens du monde se croisent par hasard avant de reprendre leur chemin. Oui, il y a une culture française, il y a un art français, il y a une manière de penser française.»

Les propositions: contrôle administratif du culte musulman, priver les étrangers de prestation sociale pendant deux ans, réduction des effectifs des fonctionnaires de 8% sur l'ensemble du quiquennat, port de l'uniforme à l'école.

6.Benoît Hamon (Parti socialiste)


Le lieu: : Place de la République, le 19 avril. L'endroit n'a évidemment rien d'anodin. C'est le lieu de tous les receuillements depuis les attentats qui ont ensanglanté la capitale, mais aussi celui qui rassemble le coryphée des luttes (de Nuit Debout aux Kurdes de Turquie).  Ce n'est pas un hasard si Patrick Boucheron a débuté sa leçon inaugurale au Collège de France en évoquant cette place, tout comme l'équipe de Benoit Hamon a songé à ce que l'endroit charrie comme symboles.

La scénographie: Hamon, face à son pupitre, le soleil dans la gueule, sans fiches, et entourés de personnalités enjouées: Najat Vallaud-Belkacem, Martine Aubry, Yannick Jadot, Julia Cagé, Thomas Piketty, Jean-Luc Bennahmias.

L'angle: on peut y voir ce que l'on veut, mais Benoît Hamon a choisi le «vous». Il s'adresse à son public, aux citoyens, en les interpellant tout du long. Il faut attendre au moins une quinzaine de minutes pour obtenir le premier «moi, je». On peut, par ailleurs, résumer son discours ainsi: son ennemi, c'est le vote utile et le «giscardisme relooké». Benoît Hamon a choisi de brocarder ses principaux adversaires mais selon la technique dite «Voldemort», sans jamais, ou presque, franchement les nommer. Jean-Luc Mélenchon est «le tribun», Emmanuel Macron est celui qui «veut séduire des consommateurs», François Fillon est «le chatelain», Marine Le Pen, c'est «l'extrême-droite dont les idées tuent». Il martèle aussi, plus que jamais et à l'aide de l'anaphore «j'ai tenu bon» qu'il a été l'un des chefs de file des frondeurs, et se deleste par la même des renoncements du gouvernement auxquels il a participé.

La déclaration à retenir: «Il y a quelques jours, j'étais dans une ville de région, une petite fille s'est approchée de moi, et elle m'a demandé, c'est authentique “pourquoi elle est méchante Marine Le Pen?” (rires du public) (...) avant que j'ai le temps de lui répondre, un petit garçon qui était à côté d'elle lui a dit: “elle est méchante parce qu'elle est chrétienne”, (rires du public) et ça m'a fait penser, je vais vous dire, comme un miroir terrible à cette autre petite fille qui, à Angers, avait traité Christiane Taubira de “guenon”, et comment, comment a-t-on pu en arriver là? Comment des idées aussi rudimentaires, odieuses ont-elles pu se nicher dans la tête de nos enfants?»

Les propositions: Benoît Hamon promet un référendum sur le droit de votes des étrangers (serpent de mer, s'il en est), d'accueillir le lanceur d'alerte Edward Snowden, et de mettre en place le récépissé aux controles d'identité.

7.Jean Lassalle (Résistons!)


Le lieu: Ce meeting qui remonte au 6 avril est un des rares de Jean Lassalle que l'on trouve en intégralité sur YouTube. Il s'est tenu à Sévérac d'Aveyron dans la région Occitanie, 4.134 habitants d'après le recensement de 2014. Le maire UDI a parrainé Jean Lassalle tout comme plusieurs autres édiles du département.

La scénographie: L'ambiance est rustique dans ce petit local municipal où sont réunis curieux et amis du candidat. Jean Lassalle est seul debout derrière un micro devant un fond noir filmé de face. Après une longue allocution, Jean Lassalle prend des questions de l'auditoire auxquelles répond également la directrice de sa campagne.

L'angle: Jean Lassalle se pose comme les défenseur des faibles, des marginaux, des oubliés à commencer par la campagne, aucun des autres candidats n'accordant une aussi grande place à la ruralité. Inquiet par la détérioration du tissu social et la dépossession du pouvoir politique aux mains notamment des fonds de pensions américains, le candidat veut recréer du lien et lutter contre la peur de son voisin qui a peu à peu gagné les esprits. Il développe tout un discours sur ce que doivent réapprendre les générations futures pour retrouver ce lien avec le bon sens et la terre. Il évoque à plusieurs reprises les écueils de la mondialisation. Sans vouloir sortir de l'Union européenne, il demande une plus grande marge de manœuvre pour financer notamment le développement des services de proximité dans le monde rural. Il faut se sortir de ce monde «sans idéal et sans valeur».

La déclaration à retenir: «Nous [les politiciens] avons perdu le pouvoir. Nous ne sommes plus qu’un théâtre d’ombre. Et nous continuons pour vous distraire. Nous avons renoncé en votre nom. Nous avons trahi.»

Les propositions: Retirer les troupes françaises du Proche-Orient. Accroître la lutte contre la cybercriminalité. Lancer un grand projet de transmission du savoir. Revenir sur l'école obligatoire jusqu'à 16 ans pour permettre à des jeunes d'accompagner des artisans. Apprendre la vraie vie à l'école (internet, arts martiaux, voir tuer une poule...). Mettre en place un service militaire ou civique de dix mois. Alléger le nombre de lois. Faire de la campagne de France une grande cause nationale. Lancer une espèce de plan Marshall de 10 milliards d'euros pour relancer l'économie et recréer du tissu économique de proximité.

8.Marine Le Pen (Front national)


Le lieu: Marseille, le 19 avril. La cité phocéenne est devenue, bien malgré elle, enjeu des questions sécuritaires. Si elle a longtemps été considérée comme une terre socialiste, deux secteurs y sont administrées par des membres du Front national. C'est aussi une terre d'abstention: dans certains quartiers, lors, des régionales de 2015 elle a atteint jusqu'à 70%. 

La scénographie: Cyclorama bleu marine, deux drapeaux français, et nombreux plans de coupes sur la salle archi-éclairée. Si elle a laissé sa nièce Marion Maréchal Le Pen et Stéphane Ravier chauffer la salle à blanc en faisant huer Christian Estrosi, Marine Le Pen est seule sur scène et multiplie les pauses pour permettre au public de s'esclaffer lors de mini-saynetes, et d'adresser «crasseux» à Jean-Luc Melenchon. Il faut noter également les nombreuses scansions «on est chez nous», que l'on avait pourtant moins souvent entendu dans les appartitions publiques des membres du FN, ces dernières années.

L'angle: Étrangement, l'islam et les questions migratoires n'arrivent que tardivement dans le discours par rapport aux meeting de 2012. Plus que l'identité, c'est la souveraineté qui tient lieu de ligne, ici avec de multiples mentions sur la culture et l'éducation. Mais c'est bien quand elle cause sécurité et identité nationale qu'elle se fait le plus véhémente et qu'elle est vigoureusement acclamée par le public.

La déclaration à retenir: «Je suis assez bonne en bras de fer moi.»

Les propositions: Marine Le Pen promet d'«expulser les fichés S», de «dissoudre l’UOIF», d'«instaurer un moratoire sur l’immigration» et évoque l'état d'urgence sans préciser si elle le lèvera dès sa fin théorique en juillet 2017.

9.Emmanuel Macron (En Marche!)


Le lieu: L'AccorHotels Arena, ex-Palais Omnisports Paris Bercy, à deux pas du ministère où il a fait ses premiers pas en politique. Voilà pour le symbole. Pour le reste, toute ressemblance avec un concert de variété ne serait pas tout à fait fortuite.

La scénographie: Le public brandit pancartes à l'effigie du candidat et arbore des t-shirt «En Marche» bigarrés. Ils ne font pas de cœurs avec les doigts, mais c'est tout comme. En immersion dans la salle, Mounir Mahjoubi, candidat En Marche/chauffeur de salle tend le micro au nombreuses personnalités présentes (Cédric Villani, Catherine Laborde, Line Renaud, Bernard Montiel...). Il faut attendre 1h45 pour que les préliminaires aux allures de kermesse cessent et que Macron fasse enfin son entrée sur scène. Il arpentera énergiquement l'espace, en boudant pupitre et prompteur et distribuera régulièrement des bisous avec la main. 

L'angle: À gauche toute! Après des semaines de gages offerts à la droite, Macron aborde des thématiques chères à la gauche (l'éducation, les droits des LGBT...) et egratigne beaucoup moins le gouvernement dont il est issu qu'à son habitude. Il assume plus que jamais son image d'homme de la synthèse, voire du consensus mollasson, en faisant scander son célèbre «et en même temps» par la foule.

La déclaration à retenir: «Sur 11 candidats, 10 veulent nous ramener vers le passé.»

Les propositions: Diminuer le nombre de parlementaires, instaurer une dose de proportionnelle, limiter le nombre de mandats dans le temps (le tout, avant la fin de l'année), suppression du RSI, modernisation de l'agriculture, recréer une police de proximité.

10.Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise)


Le lieu: après le coup d'essai réussi du 5 février, le candidat de la France insoumise recrée l'événement en se démultipliant en six endroits (Montpellier, Grenoble, Clermont-Ferrand, Nantes, Nancy, l'île de La Réunion). Au-delà de la prouesse technologique, le procédé aura eu le mérite d'attirer les curieux, comme on peut avoir envie d'assister à une keynote d'Apple. On ne commentera pas ici la dimension nécessairement mégalomaniaque de vouloir être partout, mais enfin, vous voyez l'idée.

La scénographie: au-delà de la magie technologique et de l'image d'homme moderne et technophile qu'elle évoque, Jean-Luc Mélenchon reste fidèle à ses fondamentaux: tout seul sur une scène qu'il va arpenter de long en large, micro-cravate, diction parfaite, bras qui moulinent, multiples interactions avec le public, mots savants qui font lettré, mais suffisament limpides pour ne pas faire snob. Et puis cette façon de gueuler sans jamais donner l'impression qu'il perd ses nerfs. Il faut noter également que, malgré son peu de tendresse pour les journalistes, il fait introduire son meeting par Guillaume Tatu, ex-journaliste/nouvellement insoumis. La prestation commence aussi la présentation de salariés d'un EPHAD, habile façon de faire coucou à François Fillon

L'angle: Il le résume lui-même par cette phrase: «Le programme commun du peuple, c’est de pouvoir vivre dignement de son travail, d’être soigné quand on est malade, de pouvoir s’arrêter de travailler quand c’est l’heure». Mais l'enjeu de ce meeting n'est pas tellement de marteler les mesures prévues dans le programme, mais de se présenter comme l'incarnation du vote utile à gauche et de rappeler que les différentes combinaisons le placent à plusieurs reprises comme l'un des deux finalistes: il n'est plus une utopie, mais une alternative. «On va gagner», hurle la foule. Prudent, il développe peu les questions de politique internationale et de diplomatie, et se contente de se présenter «en candidat de la paix» et en «souverainiste internationaliste». Quoique ça veuille dire. 

La déclaration à retenir: «Ne croyez pas ce qu’ils vous disent: “Il veut sortir de l’Europe, de l’euro (…) allons, un peu de sérieux”.»

Les propositions: le référendum révocatoire, la VIe République, renégocier les  traités européens.

11.Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste)


Le lieu: pas de symbole particulier pour la ville de Rouen. La problématique est davantage dans la temporalité puisque ce meeting a succédé à sa prestation remarquée lors du débat du 5 avril. Il s'agissait alors probablement de consolider l'image d'un candidat qui exhorte ses adversaires à sortir de leur bulle.

La scénographie: Phillipe Poutou se départit de tous les codes du genre: pas d'entrée spectaculaire, pas de regard caméra, ni même de pupitre avec petites fiches. Il tient le micro comme un gros MC. Le meeting tient plus de la harangue que de l'autocelébration ultra-calibrée pour la télé. À ses cotés, deux militantes à moitié hors cadres et zéro plan sur le public dont on entendra pourtant les tapageuses approbations. Le freestyle est total, Poutou enchaîne punchlines, navigue vite (trop vite) d'un sujet à un autre, ne s'arrête que pour quelques gorgées d'eau. Bref. Philippe Poutou est archi à l'aise quand il n'est pas face à deux chroniqueurs hilares, tard le samedi soir. Parole de meuf qui parle pourtant trop vite: on a juste envie de lui filer un coup de Ventoline.

L'angle: difficile à résumer tant il égraine les sujets pas forcéments liés (migrants-agriculture-Goodyear-Cédric Herrou quasiment dans la même phrase). Mais, d'un bout à l'autre, il clame le droit à «être en colère» et appelle à la convergence des luttes. Contrairement à son meeting à Aubervilliers, il ne s'en prend pas frontalement à Jean-Luc Mélenchon pour nier «ses capacités à présenter une alternative» mais condamne l'idée que Mélenchon incarnerait le vote utile et le taxe brièvement de chauvinisme.

La déclaration à retenir: «Nuit debout, c"était super! enfin, je suppose.»

Les propositions: Franchement? Ou alors, j'ai sauté une phrase. Poutou n'a pas listé comme les autres de multiples propositions concrètes (en dehors de l'interdiction des licenciements ou celle du cumul des mandats). Et pour cause, il précise «nous, on a pas un programme de promesses, c'est pas “votez pour nous et on va faire ceci”».

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