France

Les candidats sont devenus de la chair à LOL pour l’industrie du buzz

Vincent Glad, mis à jour le 22.04.2017 à 18 h 27

2017, la campagne présidentielle YOLO.

Le dab de Fillon sur M6 | Slate.fr

Le dab de Fillon sur M6 | Slate.fr

Le dab de Fillon. Le dab de Macron. Le Bottle Flip Challenge de Macron. Le filtre Snapchat de Le Pen. Le filtre Snapchat de Macron. Le filtre Snapchat de Hamon. Le filtre Snapchat de Fillon. Le signe JUL de Poutou. Le signe JUL de Juppé. Le tuto pompes de Lassalle. La tasse Risitas de Philippot. La citation de Naruto de Mélenchon. Le bot de Hamon. Le dialogue Jeremstar-Hamon. La vidéo lolcat de Le Pen. La vidéo lolcat de Mélenchon. La rassrah de Dupont-Aignan. L’arme anti-zombies de Le Pen. L’arme anti-zombies de Dupont-Aignan. La réponse à Kirby-54 de Cheminade. Le kebab de Hamon. Les œuvres complètes d’Henry de Lesquen

La politique en 2017: un papa qui essaye de faire cool auprès de son ado de 12 ans. Suivi d'un long soupir de malaise.

À chaque fois qu'une de ces images est tombé sur notre fil Facebook, on a lâché un :) , on a fait tourner aux potes, ah «qu’est ce qu’ils sont drôles quand même mdr», mais aujourd'hui, après une longue année de campagne, il y a comme un sentiment de :(. Trop, c’est trop. Au prochain Ice Bucket Challenge de Macron ou à la prochaine citation de PNL dans un meeting de Nathalie Arthaud, je fermais définitivement internet et partais m’abstenir dans les bois.

Mais comment la politique française a-t-elle pu devenir une annexe de Snapchat? Il est fascinant de voir qu’aucun des candidats ne rechigne à plonger dans cette culture web et jeune. Dans cette élection où de nombreux candidats se présentent comme anti-système, qu’il y a t-il de plus «système» qu’un dab effectué sur le plateau de M6 ou un filtre Snapchat débile? La culture internet s’est totalement aseptisée, jusqu’à devenir un simple filtre à coolitude au signifiant vide.

Où est le cool?

Si tout le monde est cool, que signifie-t-il encore d’être cool? Un candidat n’aurait-il pas plus intérêt à refuser une interview sur Snapchat et à le faire bruyamment savoir plutôt que de se plier au jeu dégradant (mais totalement inoffensif) des filtres Coachella (une couronne de fleurs sur la tête de Benoît Hamon) et des Bottle Flip Challenge? Il y a sans doute une idée à prendre pour la candidature Dupont-Aignan 2022.

L’accumulation de ces contenus s’explique d’abord par l’inflation des demandes faites aux candidats. Chaque média et chaque groupe d’intérêt s’estime en droit de poser des questions aux onze candidats. Et surtout estime qu’il est normal qu’ils y répondent. 

C’est ainsi que Geek magazine a obtenu les positions de Le Pen, Lassalle et Dupont-Aignan sur des questions aussi essentielles que «la meilleure arme pour affronter une horde de zombies». On peut se demander si leurs conseillers n’avaient pas mieux à faire que de répondre à cette interview (par exemple, répondre aux questions politiques de Atout Chien).

Draguer les jeunes

Les candidats ont enchaîné une série d’interviews vidéos pour des médias jeunes —sur Snapchat, TF1 One ou Topito— qui leur ont demandé leur avis sur JUL, d’effectuer un Bottle Flip Challenge ou de chanter du Dalida. L’objectif est évidemment de s’adresser à un public jeune, qui a quelque peu déserté les médias traditionnels. Mais dans ce grand cirque, leur message politique a-t-il vraiment des chances de passer?

Les candidats à la présidentielle sont devenus de la chair à LOL pour l’industrie du buzz.

 

Il n’existe pas de personnalités avec tant de notoriété  —un passage au grand débat télévisé assure d’être immédiatement connu— et un tel besoin d’exposition médiatique. À part peut-être les stars de télé-réalité (qu’ils sont de fait devenus).

Avant de blâmer les politiques, il faut aussi faire un examen autocritique. Tous ces contenus dont l’accumulation aujourd’hui nous afflige, nous les avons likés, nous les avons partagés, nous les avons commentés. Bref, nous sommes tombés exactement dans le piège tendu par les communicants des politiques.

Ce qui est le plus gênant dans ces images, ce n’est pas tant qu’elles existent mais à quel point elles nous ont marqués, à quel point elles saturent notre fil Facebook. Sur internet, la politique se consomme en snack, avec des captures d’écran, avec des gifs, avec des courtes vidéos. La plupart de ces contenus proviennent d’interviews bien plus longues dont on ne retient que l’écume, ces moments insolites et marrants.

Le contenu des interviews importe peu. Il est de toute façon le même que dans toutes les interviews que le candidat a déjà donné: à quoi bon se fatiguer à l’écouter? Dans cette overdose médiatique, les séquences lol sont la seule «actualité», le seul fait saillant dans la routinière marche des éléments de langage. 

Que retiendra-t-on de la campagne de Fillon à part ses affaires et son dab? Les filtres Snapchat seront oubliés dans l'isoloir.

Vincent Glad
Vincent Glad (156 articles)
Journaliste
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