Culture

Pourquoi Avatar sera forcément une réussite

Geoffroy Blondeau, mis à jour le 15.12.2009 à 19 h 40

Film évènement de cette fin de décennie, Avatar rompt 12 ans d'une attente insoutenable. Oui, James Cameron est bel et bien de retour.

Il ne sert à rien de tourner autour du pot. Prédisons sans risque (même si, à l'heure de l'article, nous n'avons pas vu le film), qu'Avatar, de James Cameron, n'est pas et ne ressemblera jamais à un vulgaire blockbuster dopé à l'hormone de croissance puis surmarketé par la toute-puissante mais néanmoins fragile Hollywood. Question de statut, de filiation aussi. Tournant technologique de la prochaine décennie cinématographique, Avatar doit servir de test grandeur nature à la 3D stéréoscopique, innovation toujours dans l'attente de ses premières lettres de noblesse. En cas de plébiscite, l'effet boule de neige semble inévitable: les Majors y verront un nouvel Eldorado. Car Avatar, par la maîtrise de son géniteur, doit démontrer la capacité du cinéma à se réinventer en proposant de l'exclusif, du sensationnel, du jamais vu.

D'ailleurs, James Cameron ne s'en cache pas et veut rendre aux salles de cinéma leur éclat d'antan. Un mur d'images uniques et innovantes comme réponse au piratage, à la VoD ou au Home Cinéma... Véritable gageure pour les uns ou simple exagération pour les autres, la 3D est en marche. Rien ni personne ne pourra l'arrêter.

En attendant le succès annoncé de la 3D, arrêtons-nous plus modestement sur les raisons «objectives» du futur succès planétaire d'Avatar.

1/ Parce que c'est James Cameron...

La liste de ses films parle d'elle-même (Terminator 1&2, Abyss, Alien le retour, True Lies, Titanic) et force le respect, légitime les attentes et condamne Avatar au «carton» planétaire. James Cameron appartient désormais à la catégorie des cinéastes capables de fédérer sur son seul nom au même titre qu'un Spielberg ou un Lucas. Comment imaginer un seul instant l'échec, fut-il relatif, pour celui qui est aujourd'hui considéré comme le pape de la SF moderne. En effet, il est inconcevable qu'un cinéaste aussi talentueux et novateur revienne sur le devant de la scène et débourse pas moins de 250 millions de dollars dans une épopée interstellaire approximative. Impensable, effectivement!

Cameron réussit toujours à tricoter des histoires enivrantes où s'entremêlent technologie, aventure, héroïsme, passion et tragédie, l'excès de guimauve en moins. Cet exploit, pas mince, explique la raison pour laquelle il touche un public très large, quelque soit le genre abordé. Homme, femme, vieux, jeunes, pauvres ou riches sont donc parés pour l'Avatar show. Et puis, lorsque les plus réticents avouent du bout des lèvres que «ça» doit quand même valoir le coup, on se dit que l'affaire est plutôt bien engagée.

A l'aise avec la technologie, les machines, les gros budgets et les effets spéciaux, James Cameron, conteur hors pair maîtrisant comme personne le mélange des genres, est capable de créer des univers cohérents quels que soient les enjeux soulevés. Patchwork improbable de formes et de couleurs, Avatar sera grandiose, épique, dépaysant. Très loin, en somme, des habituelles surenchères visuelles découpées à la hache pour cacher l'affreuse indigence des scénarii actuels. Ni Michael Bay (Transformers), ni McG (Terminator Salvation), ni Roland Emmerich (2012), ni J.J Abrams (Star Trek) ou encore Stephen Sommers (G.I Joe), responsables des blockbusters estivaux 2009, ne sont aux manettes d'Avatar. C'est vrai, on le savait déjà, mais quel plaisir de pouvoir l'écrire.

2/Parce que la révolution technologique est en marche...

Le père de «Terminator» n'est pas sorti de sa semi-retraite pour amuser la galerie. En effet, explorer de nouveaux procédés de tournage aussi bien dans la capture des mouvements que dans la restitution d'un univers foisonnant de détails (autour du désormais célèbre plateau appelé le «volume»), représente beaucoup plus qu'un simple challenge. Il s'agit, au-delà du spectacle, de se confronter à l'histoire en lui faisant franchir une étape nécessaire à l'expression d'un cinéma novateur. Une nouvelle ère se dessine au même titre que celle du parlant, de la couleur, des effets photographiques ou, plus récemment, numériques. L'utilisation de la 3D stéréoscopique n'a donc rien du gadget visuel, fun et tendance vu récemment sur quelques «films démonstration» de piètre qualité. Elle doit s'intégrer au récit, participer à son développement et à sa richesse visuelle pour rendre crédible une aventure se déroulant à des années-lumière de la Terre. Au même titre que 2001 de Stanley Kubrick ou Star Wars de Lucas, il risque bien d'y avoir un avant et un après Avatar.

3/Parce que de plus en plus de salles s'équipent en 3D...

En corollaire du deuxième point, le parc des salles équipées en 3D ne cesse de s'élargir. En France sur 5.420 écrans, environ 13%, soit 700 salles, sont actuellement équipées en projection numérique à même de diffuser un film en 3D relief (sources CNC). Si le nombre de salles proposant la 3D s'élevait à 215 pour L'Age de glace 3: le temps des dinosaures et 147 pour Le drôle de Noël de Scrooge, pas moins de 500 écrans seront mis à disposition pour le film de Cameron. L'effet Avatar fonctionne à plein régime, les exploitants français, (sauf UGC), rattrapant in extremis leur retard sur les Etats-Unis. Cette accélération est une excellente nouvelle car il faut voir Avatar en 3D et non dans sa version 2D.

4/Parce que son budget frôle l'indécence...

À film exceptionnel, budget pharaonique. La logique est respectée. L'efficacité se paie souvent très chère, surtout lorsqu'il s'agit d'un genre cinématographique consommateur d'effets spéciaux. Si le syndrome Waterworld n'est pas encore évoqué - et ne le sera sans doute jamais, ce chiffre, surtout en période de crise, a de quoi irriter. Le budget (coût de production total marketing compris) varie d'un site à l'autre, allant de 387 millions selon starhfilm.com à 600 millions de dollars. Si James Cameron, invité dimanche 6 décembre 2009 au journal du soir de France 2, n'a pas démenti les sommes astronomiques autour de son film, il a souligné qu'un tel projet ressemble à une microéconomie génératrice d'emplois. Alors, Avatar est-il le film le plus cher de l'histoire? Sans doute mais qu'importe, puisque la magie du cinéma compte avant tout, pas vrai?

5/Parce que l'histoire parle d'écologie spatiale...

Alors que tous les regards sont braqués vers le sommet de Copenhague, James Cameron nous propose, à la lecture du scénario, un long-métrage humaniste teinté d'écologie. Surfant, il est vrai, sur la tendance verte des studios d'Hollywood dans un Etat représenté politiquement par monsieur «governator» en croisade depuis des années contre les gaz à effet de serre, Avatar tombe à pic. Inutile, donc, de revoir Home ou le Syndrome du Titanic pour culpabiliser un bon coup... La parabole Avatar est pour vous, œuvre anticolonialiste contre le pillage des peuples et pour la préservation des cultures, fussent-elles situées sur une exo planète fictive. Bref, le divertissement est à la rescousse de l'écologie.

6/Parce qu'il n'y a pas de stars...

La star du film est le film lui-même. Un peu comme Le Seigneur des Anneaux ou Star Wars. Hormis la légendaire Ellen Ripley d'Alien (Sigourney Weaver for ever) et la «presque» star Sam Worthington vue récemment dans Terminator Salvation, aucune tête d'affiche. De toute façon on s'en moque un peu, car nous voulons voir du Na'vi sur Pandora. Un point c'est tout!

7/Au cas où on se tromperait quand même...

On ne sait jamais, il convient donc de le signaler, même si un tel scénario reste plus qu'improbable. Et puis, tout dépend où nous plaçons la marche du succès. Pour un film du statut d'Avatar, ne pas dépasser les 200 millions de dollars aux Etats-Unis, serait effectivement considéré comme une amère déception. De toute façon, je suis convaincu qu'Avatar ne ressemblera pas aux bluettes pour ados en mal d'amour, ne sera pas charcuté au montage, n'héritera pas d'une Bande Originale poussive, méritera amplement les 2 euros supplémentaires pour toute séance en 3D relief et, pour toutes les raisons qui m'échappent, ne peut en aucun cas être un échec.

Geoffroy Blondeau

Image de une: Avatar, DR.

Avatar, en salles le 16 décembre. (Il est projeté ce soir dans certaines salles)

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