France

Les vacances et la météo ont-elles un impact sur la présidentielle?

Temps de lecture : 4 min

Les congés de Pâques et du 8 mai et le beau temps pourraient-ils peser sur les résultats?

Emmanuel Macron (R) et son épouse, Brigitte Trogneux, dans un télésiège lors d'une visite de campagne à Bagneres de Bigorre le 12 avril 2017. I Eric FEFERBERG / POOL / AFP
Emmanuel Macron (R) et son épouse, Brigitte Trogneux, dans un télésiège lors d'une visite de campagne à Bagneres de Bigorre le 12 avril 2017. I Eric FEFERBERG / POOL / AFP

Le 23 avril, 25% des Français voteront alors que leur région est en pleines vacances scolaires, et 45% alors qu'elle les finit. Le 7 mai, jour du second tour, tombe lui pendant un week-end prolongé à cause de la commémoration de la fin du Second Guerre mondiale le 8 mai. Un hasard du calendrier qui fait craindre pour l'abstention (même s'il est évidemment possible de s'organiser en conséquence, notamment en faisant une procuration) et repose la question de la fixation des dates de l'élection présidentielle.

Comment les dates de l'élection sont-elles fixées?

Contrairement aux élections américaines, qui ont toujours lieu un mardi du début novembre, la date de la présidentielle française a bougé au fil des années.

À l'origine, elle devait avoir lieu dans la première quinzaine de décembre, ce qui fut le cas en 1965. Une période qui, contrairement à avril-mai, ne connaît ni jour férié ni vacances. La seconde aurait dû avoir lieu en décembre 1972, mais se déroula dès juin 1969, car Charles de Gaulle démissionna de ses fonctions après la défaite du «oui» lors du référendum d'avril 1969. La présidentielle suivante, qui aurait donc dû avoir lieu en juin 1976, eut lieu dès mai 1974 à cause du décès de Georges Pompidou le 2 avril 1974. Depuis, elle a eu lieu à la même période, fin avril-début mai, d'abord tous les sept ans puis tous les cinq ans.

Le gouvernement, chargé de fixer officiellement les dates de la présidentielle, n’a que très peu de marge de manœuvre, puisque «l'élection du nouveau Président a lieu vingt jours au moins et trente-cinq jours au plus avant l'expiration des pouvoirs du Président en exercice», selon l’article 7 alinéa 3 de la Constitution, avec un délai obligatoire de deux semaines entre le premier et le second tour. François Hollande ayant été investi le 15 mai, cela ne laissait que deux combinaisons de dates possibles, les 23 avril et 7 mai ou les 16 et 30 avril, cette deuxième option correspondant à deux week-ends de pont. «Le choix des dates doit […] prendre en compte le calendrier des congés scolaires, afin d'éviter, dans toute la mesure du possible, l'organisation du scrutin pendant ces congés», rappelait le Conseil constitutionnel en 2007.

Quelles zones sont concernées?

Entre 2012 et 2017, les zones de vacances ont été redécoupées. Le premier tour aura donc lieu en plein milieu des vacances de la zone A (Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Nouvelle-Aquitaine), ainsi que celles de la Corse et la Guyane. S’agissant de la zone B (Bretagne, Centre-Val de Loire, Grand Est, Hauts-de-France, Normandie, Pays de la Loire, Provence-Alpes-Côte d'Azur), de la Guadeloupe et de la Martinique, le dernier jour de vacances correspond au dimanche du premier tour. La zone C (Île-de-France, Occitanie) est elle épargnée, contrairement à la Réunion et Mayotte, qui seront elles en vacances pendant le second tour. Cette année, deux zones sont donc touchées par les vacances scolaires, situation identique à l’élection de 2007 – en 2012, les trois zones étaient touchées à des degrés divers.

Comment les zones de vacances de 2017 ont-elles voté en 2012?

La zone A, celle qui sera en plein milieu de ses vacances dimanche, affichait en 2012 un vote FN dans la moyenne nationale, mais aussi un vote en faveur des trois principaux candidats de la gauche et du centre (Hollande, Mélenchon, Bayrou) légèrement supérieur à la moyenne, et un vote Sarkozy inférieur de un point en moyenne. La zone B, celle qui les finit dimanche, affichait elle un fort survote FN (20% au lieu de 17,9%). Enfin, la zone C, qui a déjà fini ses vacances et regroupe l'Île-de-France et l'Occitanie, terre favorable à la gauche, donnait près de 31% pour Hollande et 12,5% pour Mélenchon, et seulement 15% pour Le Pen.

Que faut-il en conclure pour l’élection à venir?

Certes, l’élection de 2012 n’a pas grand-chose à voir avec celle à venir, les cartes ont été largement rebattues. Emmanuel Macron n’existait pas dans le paysage politique, Nicolas Sarkozy et François Hollande ne sont pas candidats, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon n’ont jamais été aussi haut dans les intentions de vote. Mais les vacances scolaires auront-elles un impact sur l’élection?

Si les vacances de Pâques sont une période «d’absence» de l’ordre de 20%, selon Christophe Terrier, auteur d’un ouvrage sur la mobilité touristique, leur effet global sur l’abstention reste contesté. Les économistes Eric Dubois et Christian Ben Lakhdar, dans une étude consacrée à l'influence des vacances sur les élections, concluaient à un effet négatif sur la participation, «évaluant à 1,7 point de participation en moins l’impact des vacances sur le premier tour du 21 avril [2002]». Une étude contradictoire avec une autre menée sur «la mosaïque électorale de la France» qui considère que l’effet des vacances sur l’abstention apparaît «guère évident: dans les zones du Nord qui n’étaient pas en vacances, l’abstention progresse tout autant». Ces deux études sur le scrutin historique de 2002 s’accordaient en revanche sur un point: les vacances de Pâques n'avaient pas à elles seules fait basculer le premier tour en défaveur de Lionel Jospin et en faveur de Jean-Marie Le Pen.

Un bonus beau temps?

Parce que pendant une élection aucun détail ne doit être laissé au hasard, Eric Dubois et Christian Ben Lakhdar ont également étudié l’effet de la météo sur la participation à des élections. En se basant sur les élections législatives entre 1988 et 2002 et les indicateurs de pluie et de températures, ils ont démontré que contrairement à une idée reçue, le beau temps (notion par ailleurs subjective) fait augmenter la participation d’un point. Au contraire, la pluie peut faire augmenter le taux d’abstention d’un point. Par chance pour les électeurs, et les vacanciers, Météo France prévoit pour dimanche un temps ensoleillé.

Capture d'écran, Météo France.

Florian Adam Journaliste

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