Monde

Pourquoi la réalisatrice Laura Poitras était si souvent détenue dans des aéroports

Temps de lecture : 2 min

La cinéaste («Citizenfour») a trouvé les réponses à ses questions, dans les documents fournis par l'administration américaine. La cause de ses soucis remonte à 2004, en Irak.

Laura Poitras, à New York, le 27 avril 2015. Grant Lamos IV / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Laura Poitras, à New York, le 27 avril 2015. Grant Lamos IV / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Pendant plusieurs années, Laura Poitras a connu des problèmes aux aéroports. En 2015, nous racontions que cette réalisatrice –contactée par Edward Snowden pour divulguer les documents de la NSA sur la surveillance mondiale (ce qui a ensuite donné Citizenfour), et dont le prochain documentaire, Risk a pour sujet Julian Assange– a été détenue et interrogée à plus de cinquante reprises à travers le monde.

«À plusieurs reprises, les autorités lui ont dit qu'elle était sur une liste des passagers interdits de vol. Récemment, des agents lui ont confisqué son équipement électronique pendant quarante-et-un jours et elle a été menacée d'être menottée parce qu'elle prenait des notes.»

Dans un article de l'Associated Press, on apprend que son nom clignotait «comme un sapin de Noël», quand des officiers de sécurité le passent dans les listes de vol.

«En Autriche, on lui a dit que son indice de menace était de “400 sur 400”.»

En juillet 2015, Laura Poitras avait donc déposé une plainte pour avoir accès à des documents administratifs. En fin d'année 2016, le gouvernement lui a fourni près de 1.000 pages de documents, qu'elle a partagés avec AP. À l'intérieur se trouve la réponse à ses interrogations.

Imbroglio irakien

Pour la comprendre, il faut remonter au 20 novembre 2004, quand Poitras était à Bagdad pour filmer My Country, My Country, sur la guerre en Irak. Ce jour-là, un soldat américain est tué dans une embuscade, plusieurs autres blessés, et certains assurent avoir aperçu une femme blanche en train de filmer.

«Certains soldats qui ont vu Poitras ont suspecté qu'elle ait eu vent de l'attaque et qu'elle n'ait pas partagé cette information avec les forces américaines, parce qu'elle voulait la filmer. Si c'est vrai, elle aurait enfreint la loi américaine.»

AP raconte également qu'un auteur américain, qui a interrogé plusieurs soldats à leur retour d'Irak, a affirmé à l'armée américaine que Laura Poitras savait qu'une attaque allait avoir lieu. De son côté, la réalisatrice nie en avoir eu connaissance et assure ne pas avoir été présente sur les lieux ce jour-là, car «ça ne semblait pas être une bonne idée. Je n'ai pas de vidéo de ce qui s'est passé dans les rues».

L'armée a enquêté, mais a finalement manqué d'éléments pour inculper Laura Poitras.

«En mai 2006, des officiels de l'armée ont envoyé un résumé de leur enquête sur Poitras au QG du FBI à Washington. Les détentions à l'aéroport, et les retards ont commencé peu après.»

Tout ceci s'est soudainement arrêté en 2012, quand un article de Glenn Greenwald a mentionné ses problèmes dans les aéroports. Officiellement, c'est parce qu'elle ne représentait plus «d'intérêt particulier», ce qui a poussé les Douanes à «mettre fin aux procédures poussées de vérifications». Laura Poitras, elle, craint que son calvaire ne recommence.

Slate.fr

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