France

Les chiffres à connaître avant le «match à quatre» du premier tour

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 21.04.2017 à 18 h 57

Le point sur un paysage électoral extrêmement complexe, où quatre candidats peuvent encore espérer figurer au second tour.

Zach Galifianakis dans le film «Very Bad Trip».

Zach Galifianakis dans le film «Very Bad Trip».

À la veille du premier tour de l'élection présidentielle, les sondages ont mauvaise presse. Accusés (parfois à tort) de n'avoir pas anticipé l'an dernier la possibilité du Brexit ou de l'élection de Donald Trump, ils se voient également reprocher de surdéterminer les comportements des électeurs dans la dernière ligne droite. Leur analyse s'est en tout cas affinée, comme le prouvent la création d'agrégateurs de sondages (celui du Huffington Post, par exemple) ou le travail menés par des sites d'analyse statistique du scrutin (citons Depuis 1958, The Crosstab, DataPol...).

Électeur «stratège» ou «de conviction», voici tous les derniers éléments chiffrés à avoir en tête au moment d'aller déposer votre bulletin dans l'urne, dimanche 23 avril.

Qui est favori pour accéder au second tour?

Sur la moyenne des derniers sondages des huit instituts, Emmanuel Macron se situe autour de 24% des intentions de vote et Marine Le Pen à 22,5%. Suivent François Fillon, autour de 19,5%, et Jean-Luc Mélenchon, autour de 19%, puis Benoît Hamon (7,5%), Nicolas Dupont-Aignan (4%), Philippe Poutou (1,5%), Jean Lassalle et François Asselineau (1%) et enfin Nathalie Arthaud et Jacques Cheminade (moins de 0,5%).

En revanche, en termes de dynamique, les deux favoris sont donnés à la baisse depuis un mois (entre deux et trois points en moins chacun, de même que Benoît Hamon), là où Fillon est légèrement remonté (+1,5) et Mélenchon s'est envolé (+4,5). Ce sont ces tendances qui ont dessiné le «match à quatre» qui s’est imposé dans la campagne ces dernières semaines.

La plupart des instituts accompagnent leurs chiffres d’un tableau précisant les marges d’erreur (notion par ailleurs contestée dans le cas des sondages «par quotas» pratiqués en France). Pour des scores d’environ 20% avec des échantillons de sondés de 1.000 personnes, celle-ci est habituellement estimée à plus ou moins 2,5 points. Dans le graphique ci-dessous, l'institut Odoxa a dessiné les «zones» des quatre grands candidats, dont on voit qu'elles se superposent autour de 21,5% des voix.

La qualification pour le second tour pourrait donc se jouer entre deux, trois ou quatre candidats à quelques dixièmes de point près: et un dixième, c'est environ 30.000 électeurs... En 2002, il avait ainsi manqué moins de 200.000 voix –environ deux voix par bureau de vote– à Lionel Jospin pour être au second tour.

Les sondages s'étaient-ils trompés les fois précédentes?

La plupart des écarts constatés dans le passé se situent dans une fourchette de deux-trois points. En 2002, les sondages avaient bien appréhendé la dynamique à la hausse de Le Pen et celle à la baisse de Jospin, mais surestimaient encore, dans la dernière semaine, le Premier ministre sortant de deux points et sous-estimaient le président du FN de trois points. En 2007, ils avaient surévalué Le Pen de trois points et Sarkozy de trois points, et également sous-estimé d'environ deux points Ségolène Royal. En 2012, enfin, ils avaient bien appréhendé les scores de Hollande et Sarkozy, mais avaient surestimé Mélenchon de près de trois points et sous-estimé Le Pen de deux points.

Quelle sera la participation?

Les chiffres publiés par les différents instituts depuis le début de la campagne officielle définissent une fourchette d'abstention très large, allant de 20% à 34%. Jusqu'ici, le taux d'abstention le plus fort au premier tour d'une présidentielle a été constaté le 21 avril 2002, à 28,4%.

Une participation basse conduit normalement à une surreprésentation dans l’électorat des retraités (qui votent davantage Fillon et Macron que Le Pen) et des électorats les plus «motivés», celui du FN étant le meilleur exemple.

Quel sera l'impact des indécis?

Selon les sondages, un peu moins de 30% des Français sont sûrs de voter mais incertains de leur choix, les électorats de Le Pen et Fillon étant les plus sûrs du leur. Si on tient compte seulement de ceux qui sont certains de leur choix, le tableau des intentions de vote à la veille du premier tour donnerait davantage quelque chose comme: Le Pen 19%, Macron 17%, Fillon 15,5%, Mélenchon 13,5%, Hamon 4,5%.

 

Cela ne veut pas dire que les mouvements peuvent se produire dans n'importe quel sens, comme le montre le tableau ci-dessous, publié par l'institut Ipsos, qui a sondé les électeurs sur leur second choix.

Si l'on regarde les chiffres en détail, on se rend compte que les électorats les plus «poreux» sont ceux du centre et de la gauche. On compte ainsi 9% de l'électorat qui hésitent entre Macron et Mélenchon, Hamon et Mélenchon ou entre Hamon et Macron; et seulement 5,5% de l'électorat qui hésitent de la même manière entre Macron, Fillon et Le Pen (pour l'essentiel, des électeurs qui oscillent entre Macron et Fillon...). Cette intéressante infographie élaborée par Anthony Veyssière permet de s'amuser à «transporter» des indécis d'un camp à l'autre.

Qui est le plus populaire?

Ce n'est pas toujours le candidat le plus populaire qui est élu président, et une flambée de popularité peut ne pas se traduire en intentions de vote: en 2007, par exemple, François Bayrou était plus populaire que les deux finalistes du premier tour. Cette année, le candidat le plus populaire, selon les «cotes d'avenir» de l'institut Kantar TNS, est Jean-Luc Mélenchon (47%, soit autant qu'en... mai 2012), devant Emmanuel Macron, à son plus haut (41%), Benoît Hamon (36%), Marine Le Pen (24%) et François Fillon (18%, 23 points de moins qu'après sa victoire à la primaire)

L'extrême dégradation de l'image de l'ancien Premier ministre est aussi visible dans l'enquête électorale Ipsos, selon laquelle il est moins bien noté que les trois autres grands candidats, mais aussi que Benoît Hamon, Nicolas Dupont-Aignan et Philippe Poutou. Dans une enquête de mars 2017 du même institut, moins d'un électeur de droite sur deux jugeait qu'il avait eu raison de maintenir sa candidature après les révélations sur ses emplois familiaux à l'Assemblée nationale.

Qu'est-ce qui motive le vote pour un candidat?

Apparemment, souvent le désir de ne pas voter pour un autre candidat! Dans une note récente, le politologue Jérôme Jaffré pointait que «quatre votants sur dix déclarent émettre un choix par défaut, six sur dix seulement un vote d’adhésion, alors que la large palette des onze candidats aurait pu permettre un taux plus élevé de vote positif». Il ajoute que «le seul des principaux candidats à susciter en majorité un vote par défaut est Emmanuel Macron, de peu avec 48% d’adhésion et 52% par défaut, mais la différence est très nette avec ses principaux concurrents puisqu’elle est au minimum de treize points».

L'institut OpinionWay a demandé aux sondés de se prononcer sur les qualités et défauts des candidats. François Fillon et Marine Le Pen sont mal notés sur leur honnêteté (respectivement 13% et 26%), contrairement à Benoît Hamon (56%), et mieux notés sur l'autorité (57% et 72%), de même que Jean-Luc Mélenchon (70%). Emmanuel Macron présente un profil plus lisse, avec des taux d'approbation allant de 40% à 55% sur les cinq qualités testées (autorité, honnêteté, stature présidentielle, crédibilité, compréhension des problèmes des Français). Une question posée par Ipsos donne des résultats proches (Mélenchon globalement bien noté, Le Pen et surtout Fillon plombés par le jugement sur leur honnêteté), mais place Fillon en tête, ou à égalité avec Macron, sur les critères «a l'étoffe d'un président» et «a déjà prouvé son efficacité».

Les différents sondages sur les enjeux convergent sur l'emploi comme sujet essentiel de la campagne. Une enquête de l'institut BVA souligne un phénomène révélateur: la sécurité et la menace terroriste ont été (avant même l'attaque commise sur les Champs-Élysées le 20 avril) les sujets les plus mentionnés sur internet, mais pas jugés les plus essentiels dans la campagne.

Enfin, l'institut Ipsos a testé l'optimisme des différents électorats, une fois confrontés au nom du futur président. On y constate que des présidences Macron et Le Pen suscitent des niveaux d'optimisme proche (25% et 24%) et des niveaux de pessimisme très différents (34% et 57%) et qu'une présidence Mélenchon est vue avec plus d'optimisme (27%) qu'une présidence Fillon (18%) ou Macron. L'ensemble reste toutefois marqué du sceau du pessimisme puisque le seul électorat qui verrait d'un pas trop mauvais œil l'élection d'un rival est celui de Hamon envers Macron (27% d'optimistes, 26% de pessimistes).

Que nous disent les intentions de vote du second tour?

Face au resserrement généralisé des intentions de vote, la plupart des instituts ont testé l'ensemble des configurations de second tour. Elles concordent dans leurs résultats: Macron l'emporte contre ses trois rivaux, Mélenchon contre Fillon et Le Pen, Fillon seulement contre Le Pen.

En revanche, il n'est pas rare de trouver des écarts de cinq ou six points entre les différents instituts: la même semaine, Fillon a ainsi été mesuré à 52,5% et 58% au second tour contre Marine Le Pen! Des écarts qui incitent à la prudence et rappellent qu'au-delà du nom des deux qualifiés, le paysage du second tour est aussi en partie déterminé par l'ordre d'arrivée du premier, les scores, les consignes des candidats, la campagne de l'entre-deux-tours... Ainsi, en 2012, Hollande était mesuré entre 53% et 58% des voix face à Sarkozy avant le premier tour, mais ne l'avait emporté qu'avec 51,6%. De même, en 1995, Chirac était passé de 57% annoncés face à Jospin au soir du premier tour à moins de 53% le soir de son élection.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (917 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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