France

Électeur de gauche à la ramasse cherche désespérément candidat pour qui voter!

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 16.04.2017 à 12 h 00

Jean-Luc, Emmanuel, Benoît, le trio infernal de l'homme de gauche qui à une semaine du vote ne sait toujours pas à quel parti se vouer, changeant d'avis comme il change de programme.

GREGG NEWTON / AFP.

GREGG NEWTON / AFP.

Je n'en dors plus.

Je suis capable de sombrer dans le sommeil en jurant sur mon Petit Livre rouge que je voterai pour Jean-Luc, de me réveiller en sursaut au milieu de la nuit, de m'agenouiller au bord de mon lit et de prêter serment à Saint-Emmanuel avant de me lever quelques heures plus tard, regonflé à bloc et bien décidé à apporter cette fois mon suffrage à Benoît.

Jean-Luc, Emmanuel, Benoît, le trio infernal de l'homme de gauche qui à une semaine du scrutin ne sait toujours pas à quel parti se vouer, qui change d'avis comme il change de programme, qui entre le vote utile, le vote de cœur, le vote de raison, le vote du n'importe quoi, le vote du je-tire-à-la-courte-paille-et-puis-tant-pis, ne sait vraiment plus où donner de la voix.

Auparavant, au temps béni où le Parti Socialiste était encore capable de proposer des candidats ayant un cœur, un esprit et parfois même un programme, je n'avais aucun souci, je votais systématiquement pour lui, sans atermoiement, sans arrières-pensées, sans l'ombre du début d'un doute, comme le bon chienchien à son parti : Mitterrand puis Jospin (deux fois) ont ainsi eu droit à mes faveurs.

C'était la belle époque.

Et puis le Parti Socialiste, atteint d'une forme de déréliction aiguë, vaincu par une sorte d'atrophie intellectuelle, en plein marasme idéologique, nous a servi des candidats dont on se demandait comment diable ils pouvaient prétendre nous représenter : ce fut l'épisode Ségolène, la folle du régiment, suivi de son ancien souffre-douleur François, dont les rondeurs n'avaient d'égal que sa fadeur.

Bref, un duo redoutable capable de me transformer pour l'une, en abstentionniste contrarié, pour l'autre, en visiteur de la maison d'à-côté, déjà tenue par ce vociférateur hugolien de Jean-Luc.

Ce fut cette drôle d'époque où l'on était socialiste par dépit ou par habitude, où l'on votait à reculons, en catimini, parfois même uniquement au second tour, en désespoir de cause, pour un candidat qui nous enthousiasmait autant qu'un filet de limande acheté d'occasion, un jour de semaine, sur un marché tenu en bordure du périphérique.

Cette année, après des primaires assassines, c'est au tour de Benoît de tenter sa chance : plutôt pas mal le Benoît, intelligent, vif, concis, éveillé, mordant, tout le contraire de ses prédécesseurs mais avec un programme si éthéré, si avant-gardiste, si peu en adéquation avec les préoccupations de l'époque - finalement si peu conçu pour une élection présidentielle - qu'il s'éloigna de nous d'autant plus vite que sa mesure phare, l'intriguant et discutable revenu universel, s’effaça peu à peu dans la grande nuit de la débâcle socialiste.

Adieu Benoît, je t'aimais bien pourtant.

Et nous voilà donc avec Emmanuel, bon pied, belle gueule, ni de gauche, ni de droite, ni de rien du tout, sorte d'Abbé Pierre de la doxa politique, aimant tout son monde d'une passion égale, tiède à en pleurer d'ennui, neutre à en hurler de désespoir, consensuel à regretter le temps des guerres de religions, berger d'un troupeau si disparate que l'électeur socialo-socialiste ne reconnaît plus ses petits.

Adieu Emmanuel, je t'aimais bien pourtant.

Reste Jean-Luc, le cas social, volcan assoupi, humour en bandoulière, vraie sensibilité, vraie culture, vraie sincérité, vraie radicalité, tellement vraie qu'on finit par se demander si tout cela est bien raisonnable : finalement, le Jean-Luc on voudrait bien voter pour lui mais à la seule condition qu'il n'accède pas au second tour et encore moins à l’Élysée !

Adieu Jean-Luc, je t'aimais bien pourtant.

Retour à la case départ donc.

Et comme il n'est pas question de s'abstenir...

Après tout, Fillon, il n'est pas mal, non ?

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Laurent Sagalovitsch
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