Réchauffement climatique: n'oublions pas la biodiversité
Emballement climatique et bouleversement des équilibres naturels. «Dormez bien, tout va bien!» En êtes-vous si sûr...
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La diversité de vie sur terre a toujours su s'adapter à l'évolution des climats. Soit. Ce discours, combien de fois l'avons-nous entendu? Cent, mille fois? Alors à quoi bon s'inquiéter? «Dormez bien, tout va bien»: voilà en substance ce qu'il faudrait en déduire. Ne surtout pas s'inquiéter. Après tout, qu'est-ce que la biodiversité? Un truc d'écolos avec son train de petites fleurs et d'insectes dont on ne sait trop que faire. Après tout, à quoi bon s'offusquer de la disparition d'un quelconque insecte qui, une fois disparu, aura au moins à première vue l'avantage de ne plus piquer...
A quoi bon s'inquiéter aussi de la disparition de cet «étrange» grand hamster, dont le seul intérêt, du point de vue médiatique au moins, semble s'arrêter à sa capacité à contrarier les projets de grand stade ou de grand contournement ouest dans l'agglomération strasbourgeoise? Serait-ce si grave si, demain, orchidées, vautour fauve, vipère péliade, jaguar, corail rouge, poisson clown, et autre grand hamster venaient à disparaître? Non, si l'on se fie à la théorie selon laquelle on a toujours su s'adapter aux évolutions climatiques. A un détail près: si rien n'est fait, l'augmentation des températures moyennes mondiales sera au cours des cent prochaines années plus importante qu'au cours des 10.000 dernières! Quant aux conséquences...
Migrations et disparitions
A titre de «teaser», au cours des dernières décennies, de nombreux insectes ont déjà migré vers le Nord, la propagation de certains ne sera pas sans effet sur nos forêts, l'élevage et l'agriculture. Dans le même esprit, certaines espèces d'arbres se raréfient, voire disparaissent. Conséquence humaine directe: une part de l'industrie du bois sera inévitablement appelée à se déplacer, avec pour corolaire des conséquences économiques et sociales incontrôlables. Sans parler de l'abeille, dont la disparition signifierait le signe avant-coureur de la fin de l'espèce humaine....
L'homme a-t-il idée de l'importance de cet insecte pour l'agriculture et pour la préservation de la biodiversité? Les abeilles pollinisent: par leurs déplacements et leur butinage de fleur en fleur, elles permettent la reproduction des espèces végétales. La production de plus des trois quarts des cultures dans le monde bénéficie de l'activité pollinisatrice. Selon une étude de l'INRA et du CNRS en 2005, 35% de la production mondiale de nourriture résulte de la production de cultures dépendant des pollinisateurs. La pollinisation est un service rendu par la nature qui est estimée par cette même étude à 153 milliards d'euros, soit 9,5 % de la valeur de la production agricole mondiale.
Autant dire que dans un tel contexte il faudra bien plus pour rassurer un forestier, un éleveur ou un agriculteur qu'un «Dormez bien, tout va bien».
Autre exemple, non sans conséquences tant écologiques qu'humaines, l'un n'allant pas sans l'autre, des équipes de chercheurs britanniques et de l'Ifremer ont relevé qu'en vingt ans sur 36 espèces de poissons étudiées dans l'Atlantique Nord, 24 se sont déplacées de 50 à 400 km plus au nord ou en des eaux plus profondes. Autre constat: le plancton dont se nourrissent les poissons se déplace également sous l'effet du réchauffement climatique. Quelles conséquences sur le milieu marin et l'activité humaine liée?
Un impact considérable sur la sécurité alimentaire
En Europe, plus de 40% de la faune est aujourd'hui en danger et ce sont plus de 800 espèces végétales qui sont menacées d'extinction totale. En soixante ans, nous avons perdu plus de la moitié de nos zones humides. Et la liste est loin d'être exhaustive. D'après le Fonds mondial pour la nature, le changement climatique aura un impact considérable sur la sécurité alimentaire et l'approvisionnement en eau de millions de personnes.
Augmentation des tempêtes, d'inondations, de canicules, des épidémies de maladies infectieuses, pour l'Organisation mondiale de la santé le changement climatique est déjà responsable d'au moins 150.000 décès par an et ce chiffre devrait doubler d'ici à 2030. Enfin le rapport Stern estime que les coûts du changement climatique pourraient représenter 5 à 20 % du PIB mondial en 2050. Ce choc climatique provoque de profondes modifications de l'environnement et accélère les menaces sur la diversité du monde vivant, la nature, la biodiversité dont l'humanité dépend et fait partie.
Alimentation, santé, accès à l'eau et aux matières premières, emploi, tout (ou presque) ce qui compose notre quotidien est menacé parce que directement lié de près ou de loin à la préservation de la biodiversité. Dormez-vous toujours bien? Tout va-t-il toujours bien?
L'urgence est réelle et n'a rien à voir avec une simple préoccupation d'écolo. Ce qu'il nous faut aujourd'hui est une politique en matière de recherche sur les impacts des changements climatiques sur le milieu naturel. Une politique, ambitieuse, volontariste mais aussi, et c'est essentiel, assortie de financements véritablement à la hauteur des enjeux en présence.
Différentes sections de l'ONU tentent déjà de se coordonner sur le sujet, dont celles la Convention sur la diversité biologique et de la Convention-Cadre sur les changements climatiques, mais nous sommes encore loin du compte. A seul titre d'exemple, le GIEC de la biodiversité, pourtant réclamé avec insistance par plusieurs groupements de chercheurs, attend toujours de voir le jour. Quelle raison rationnelle à cela au regard des enjeux en présence?
La sonnette d'alarme a beau avoir été tirée de nombreuses fois depuis 1992 et le Sommet de Rio, les stratégies internationales, européennes et nationales sont loin d'avoir atteint les objectifs fixés pour 2010, déplorait encore récemment l'UICN, l'Union mondiale pour la nature. Principale raison, l'absence criante de transversalité des politiques publiques menées en la matière. Continuer à gérer indépendamment politique de l'eau, politique agricole, politique des transports, urbanisme et autre gestion du patrimoine naturel nous mènera droit dans le mur.
Seule issue possible: tout plan mis en place dans le monde ou en Europe doit désormais prendre en compte l'impact de tous les secteurs sur la nature et reposer sur une connaissance exhaustive du patrimoine naturel par une haute qualité scientifique. A défaut, nul doute que nous serons peu à aller bien et à pouvoir encore tout simplement dormir...
Il est encore temps de se réveiller!
Sandrine Bélier
Image de Une: Un ours polaire porte la tête d'un ourson qu'il a tué et cannibalisé, à environ 300km au nord de la ville canadienne Churchill. REUTERS/Lain Williams
Mis à jour le 14/12/2009 à 15h15














































L'abeille ne risque pas de disparaître, n'exagérons rien. Elle se raréfie, ce qui pose un problème pour l'agriculture, mais elle n'a aucun risque de disparaître. Elle a même, paraît-il, tendance à coloniser les villes.
De même, le grand hamster risque de disparaître de France, ce qui serait certes regrettable, mais ne court pas actuellement le risque d'une extinction planétaire.
Et les millions d'espèces inconnues qui disparaissent dans la déforestation, ne présentent pas de risque pour notre économie, puisque précisément elles sont inconnues et qu'on s'en passe très bien. Elles auraient, en revanche, pu nous apporter quelque chose, on ne le saura jamais.
Mais tout cela est une vision bien trop matérialiste (au sens courant) des choses. Préserver les espèces, ça ne sert peut-être pas notre économie, mais ça n'en est pas moins fondamental : le monde serait bien triste s'il n'était peuplé que d'humains, de chiens et de pigeons. Il faut préserver les espèces comme des fins en soi, pas comme des moyens.
Cette manie qu'à l'Homme de tout ramener à sa petite personne, est assez désagréable.
A moi, le monde, à moi les richesses de cette terre, à moi les récoltes, à moi les profits, je suis le Maître du monde...sauf que sans le petit brin d'herbe, la minuscule goutte d'eau, la brise légère qui permet aux insectes de polliniser les plantes, l'Homme n'existerait pas.
Oui, il faut préserver la biodiversité, mais la première urgence que tout écologiste devrait comprendre, c'est d'arrêter de consommer de l'inutile et de l'éphémère, tous ces objets issus de la mode et des tendances, qui sont sans lendemain et qui produisent du CO2.
Pour les curieux qui voudraient en savoir plus sur le méchant ours qu'on nous montre, allez sur Youphil (un site ecolo militant) et vous verrez le petit ourson faire un calin avant qu'il ne soit trucidé.
Une question se pose : pourquoi les lecteurs de Slate ont ils droit à la version gore?
Faut-il être écolo militant pour voir de belles images?
Pauvres ours, du fait de la disparition annoncée des abeilles , qui va engendrer la disparition de l'homme, ils n'auront plus le plaisir de déguster le miel tant recherché!
Voilà un discours bien propre, moraliste et j'ai peur irréaliste. Nul doute que l'auteure est tout à fait sincère. Mais je crains de voir poindre le travers Bruxellois du bureaucratisme Européen: "tous aux études d'impact" avec immobilisme général au nom du principe de précaution et du "tout est dans tout". Oui à des études d'impact raisonnables et à des évaluations après coup amenant des corrections obligatoires.
De plus, même s'il faut réduire la consommation "carbonnée" pour des tas de raisons (pollution, partage, accès pour les générations futures,..) il n'est pas encore du tout sûr que ça fasse baisser la température de la terre.
Enfin l'abeille et Einstein, on sait bien que c'est une légende, il n'a jamais dit cela même si ça parait vraisemblable. Et l'image de l'ours me parait bien contre productive : vive les animaux qui trucident leurs petits ?
Mais j'ai sans doute mal compris le discours !
"Au Spitzberg, la hausse d'hiver, phénoménale, atteignait 8 à 9 ° dans la décennie 1930, par rapport à la normale..." (Le Roy Ladurie)
Quel impact sur la bio-diversité à l'époque ?
En Islande, le réchauffement hivernal est de l'ordre de 1.5° C entre 1870 et 1950, toujours selon le même auteur, alors que l'Antarctique, lui ne semble pas touché par le réchauffement selon certaines recherches.
Certains chercheurs parlent aussi d'un phénomène de "cooling" depuis les années 40 (refroidissement général-certe faible- de l'ensemble de la planète)
Plus complexe qu'il n'y parait.... J'ai confiance, la nature s'adaptera toujours ! Quant à l'Homme, j'en suis moins sur.... C'est bien la le problème !
6 milliards d’individus (6 828 986 501) et 150 000 morts annuels dus au réchauffement climatique d’après l’OMS.., cela ne fait que 0.0025% de la population mondiale… On peu se rendormir !
Devant un tel catastrophisme, au fil de vos articles successifs, je me dis…
Vive le béton et un bio limité aux besoins de l’espèce humaine.
Cela aurait l'avantage de limiter quand même le coût de cet entretient « du naturel » en permanence. Fini, les 800 espèces végétales menacées, en favorisant leur extinction, le monde a pu concentrer son attention et ses moyens financiers, sur le stricte nécessaire.
Stricte nécessaire qui n’a d’ailleurs plus besoin des abeilles…
Que d’économies de discutions et d’argent réalisés avec une standardisation de l’homme et de son environnement.
Enfin un environnement maîtrisé.
Enfin une sécurité alimentaire assurée.
Enfin une écologie assumée.
Votre intervention se passe de commentaires. Négliger le fonctionnement de son environnement et les interactions qu'il induit constitue tout à fait le style de raisonnement qui conduit un projet doucement vers son échec. En l'espèce, c'est le projet de la société humaine qui serait concerné.
Mais je salue au passage votre omniscience ... 6 828 986 501 humains ! Attention... On aurait pu croire qu'ils étaient 6 828 986 502. C'est que, à la seconde près, vous conviendrez que les choses évoluent très vite. Et avec l'état de santé de Johnny, nous savons tous, maintenant, à quel point elles peuvent également être incertaines.