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Tiger Woods n'a pas 11 «maîtresses»

Jesse Sheidlower, mis à jour le 16.12.2009 à 9 h 48

Ses multiples relations extraconjugales ne méritent pas ce terme...

Les maîtresses de Tiger Woods seraient au nombre de 11, a expliqué mercredi le Boston Herald. Si le golfeur voulait avoir une maîtresse dans chaque port, il n'aurait pas dû s'embêter à se marier, a estimé récemment un contributeur de l'Examiner.com. Et alors que toutes ces «supposées maîtresses (...) font leur apparition», écrivait mardi le Seattle Post-Intelligencer, les sponsors jadis aveuglement fidèles commencent à se méfier. Je vous assure, c'est choquant. Plus la presse couvre le scandale Tiger Woods, plus elle abuse du terme «maîtresse». Nous ne savons pas exactement combien Tiger Woods a eu de relations extraconjugales, mais le mot «maîtresse» marque généralement un niveau d'engagement envers la (les) pépée(s) en question que l'on ne semble pas retrouver ici. Une femme qui couche avec un homme une ou même plusieurs fois, mais sans réel attachement, n'est pas vraiment sa maîtresse.

C'est par l'intermédiaire du français que le terme «maîtresse» est apparu dans la langue anglaise au XIVème siècle. Le mot «maître» suivi du suffixe féminin «esse» renvoyait à l'origine à une «femme qui a le contrôle ou l'autorité» - par exemple une femme qui dirigeait une maison. Au XVème siècle, le terme a pris le sens de «femme aimée par un homme, 'chérie'». Ce n'est qu'au début du XVIIème siècle que le sens spécifique de «femme qui a une longue relation d'ordre sexuel avec un homme marié» a fait son apparition. Cette signification est particulièrement claire quand le poète et prédicateur John Donne mentionne dans un de ses sermons ces «femmes, que les rois allaient prendre pour épouses et non pour maîtresses (autrement appelées courtisanes)».

Même si elle insiste sur la durée de la relation, cette simple définition de dictionnaire ne rend pas vraiment compte des nuances du terme «maîtresse». Une maîtresse est exclusivement dévouée à un homme. Même si ce dernier peut avoir d'autres partenaires, sa relation avec sa maîtresse est sérieuse et stable. Il peut même subvenir financièrement à ses besoins, ou au moins payer certaines de ses dépenses. Cette signification transparaît chez certains auteurs comme Edith Wharton («Est-ce c'est que vous souhaitez alors - que je vive avec vous comme une maîtresse, puisque je ne peux être votre femme?»), F. Scott Fitzgerald («On s'arrêtait toujours ici au moins une minute, et c'est comme ça que j'ai rencontré pour la première fois la maîtresse de Tom Buchanan. Partout, on racontait qu'il en avait une. Ceux qui le connaissaient n'appréciaient guère qu'il se montre avec elle dans des restaurants réputés.»), John Updike («Il a téléphoné la nouvelle non pas à sa femme - ça l'aurait attristée - mais à sa maîtresse.»)

Le type de relation romantique que le terme maîtresse évoque est un peu désuet, ce qui rend de nos jours son usage problématique: il renvoie à un rôle social de plus en plus rare pour les femmes, parce que de plus en plus inutile dans l'Amérique d'aujourd'hui. Un homme attaché à une autre femme peut désormais divorcer sans être stigmatisé. S'il ne veut que s'amuser, il peut avoir des aventures sans avoir à mettre la main au  porte-monnaie. A l'inverse, les femmes n'ont plus besoin de vieux protecteurs pour subvenir à leurs besoins. La plupart des femmes d'aujourd'hui n'ont plus à soumettre à un homme marié pour gagner de l'argent et avoir des relations sexuelles.

Ce n'est pas forcément le cas dans tous les pays. En France par exemple, avoir une maîtresse est toujours considéré comme une chose relativement normale - il n'y a pas de meilleur exemple que les funérailles de l'ancien président François Mitterrand, où la femme et les deux fils de ce dernier étaient assis à côté de sa maîtresse de longue date, Anne Pingeot.

Si le terme «maîtresse» ne fait pas l'affaire dans le cas Tiger Woods, il n'est pas facile de trouver une alternative. «Petite amie» s'applique généralement à une relation continue, tout comme «amante», que beaucoup de médias rechignent de toute façon à utiliser car trop explicite. Il y a aussi des expressions qui décrivent la relation elle-même, comme «avoir une liaison»  (qui peut aussi être utilisé en cas de relation qui dure) ou «une histoire d'un soir», ou encore «sortir avec quelqu'un». Ces expressions, ou des descriptions plus paraphrastiques comme «la femme avec qui Tiger Woods a eu une aventure», sont maladroites et ne sont donc pas appropriées pour les unes des médias.

Si notre coureur de jupons était une femme, ce serait encore plus compliqué, parce qu'il n'y a pas en anglais d'équivalent masculin pour «maîtresse» - ce genre de relation n'est pas assez commun pour avoir généré un mot. Le terme «paramour» peut être utilisé pour les deux sexes, mais il est poétique et quelque peu archaïque. En outre il ne désigne pas seulement celui ou celle qui aime une personne mariée. «Chevalier servant» est parfait, mais seulement en cas de relation entre un jeune aristocrate célibataire et une aristocrate mariée dans l'Italie du XVIIIème siècle - ce qui limite quelque peu l'utilisation du terme.

Jesse Sheidlower

Traduit par Aurélie Blondel

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Image de Une: Tiger Woods demande au public le silence lors d'un tournoi en août 2009, REUTERS/Aaron Josefczyk

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