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Vu de l'étranger, Mélenchon est le double rouge maléfique de Marine Le Pen ou le Bernie Sanders français

Galaad Wilgos, mis à jour le 13.04.2017 à 14 h 51

La percée du candidat de la France insoumise dans les sondages à quelques jours du premier tour de la présidentielle capte l’attention des médias internationaux.

Jean-Luc Mélenchon visitant la bibliothèque de l'Université Lille 1 de Villeneuve-d'Ascq, le 11 avril 2017 | FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Jean-Luc Mélenchon visitant la bibliothèque de l'Université Lille 1 de Villeneuve-d'Ascq, le 11 avril 2017 | FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Pour la plupart des médias étrangers, Jean-Luc Mélenchon est le candidat de «l’extrême gauche», ou de la «gauche dure». Selon le Financial Times, il a développé «l’une des campagnes les plus innovantes de l’élection présidentielle française –et en a récolté les bénéfices». Des bénéfices qui tiendraient entre autres à son «message anti-austérité et à son opposition sans compromis à l’Union européenne, à la mondialisation et aux interventions militaires occidentales.» Son succès serait carrément responsable de la déchirure de la gauche française. Mais encore?

The Independent rappelle que les marchés financiers réagissent à la perspective d'un second tour Mélenchon-Le Pen en se cabrant, en particulier après les récents sondages qui placent le candidat de la France insoumise dans le quarté de tête de la présidentielle, «car M. Mélenchon et Mme Le Pen veulent un référendum sur l’appartenance du pays à l’Union européenne».

À la différence que le candidat de gauche parle de «Plan B» concernant une éventuelle sortie de l'UE et désire avant tout «sortir des traités» qui imposent une politique d'austérité. Bloomberg, magazine spécialisé dans la finance, n’est pas moins alarmiste: la popularité croissante du candidat, qualifié de «fan du précédent dirigeant vénézuélien Hugo Chavez et du cubain Fidel Castro», «agite les marchés» et est «une mauvaise nouvelle pour les obligations françaises».

L'Europe en panique

 

Dans la presse allemande, Stefan Ulrich, qui parle de «cauchemar de l’Europe» dans le cas d’un second tour Mélenchon-Le Pen, estime dans un article du quotidien Süddeutsche Zeitung –traduit par Courrier International– que «les extrêmes se touchent» car «ils vouent la mondialisation aux gémonies, n’ont que mépris pour les réformes économiques libérales, tempêtent contre l’Allemagne et maudissent l’Union européenne».

Il n’est pas le seul à faire la comparaison. Le site The Economist annonce en effet une «option cauchemardesque», car «le succès de l’un ou l’autre candidat amènerait immédiatement une crise de l’Union européenne qui pourrait même être plus grave que celle de 2011-2012» –et le journal d’affirmer, sans source, que Mélenchon se verrait en Chavez français. Le Wall Street Journal affirme en outre que «Marine Le Pen n’est pas la seule outsider radicale qui menace l’establishment politique français en ce mois d’élection présidentielle», et le New Statesman se demande si les élections françaises s’acheminent vers un duel Le Pen-Mélenchon.


L’une des rares notes dissonante vient du Harpers, classé du côté de la gauche radicale. Loin d’être effrayé par l’euroscepticisme du camarade Jean-Luc, le magazine critique au contraire son absence de radicalité en matière de sortie de l’euro et de l’UE: Mélenchon aurait sous-estimé en 2012 la «puissance des tendances nationalistes en France, tant à gauche qu’à droite», et à l’inverse de Marine Le Pen, la seule capable de «comprendre le sens dans lequel souffle le vent».

Mélenchon «apparaît comparativement équivoque, bien qu’il soit plus sincère que Le Pen». La solution? Un véritable «nationalisme de gauche patriotique». Enfin, Foreign Policy vient lui aussi mettre un bémol à ces comparaisons: malgré quelques points communs, «il y a un monde entre la xénophobie et le provincialisme de l’extrême droite et l’esprit fraternel et cosmopolite de la gauche marxiste».

Le populiste de gauche

 

L’autre comparaison, plus proche de la réalité, se fait entre Jean-Luc Mélenchon et les candidats de gauche alternatifs –de Jeremy Corbyn à Bernie Sanders en passant par Pablo Iglesias. Rien de surprenant, quand on sait l’inspiration populiste de gauche commune à ce dernier et à Jean-Luc Mélenchon. Ainsi, Courrier International mentionne un article d'El País qui note qu’il s’est inspiré de Podemos et de Sanders, en apprenant notamment de leurs erreurs:

«De la campagne américaine, Sophia Chikirou [la conseillère en communication de Mélenchon qui a fait partie du staff de Sanders, ndlr] a retenu comme principal enseignement de “ne pas se laisser attraper par le système”, raison qui a entraîné Mélenchon à ne pas participer à la primaire socialiste. Son importante présence sur les réseaux sociaux s’est aussi révélée fondamentale. À 65 ans, il est le politique français le plus influent sur YouTube, une idée empruntée à Podemos.»

Foreign Policy rappelle que le candidat «de gauche populiste» se compare à Bernie Sanders, qui comme Mélenchon fait appel au désir répandu des électeurs de gauche de refaçonner les règles orthodoxes de la politique. Des électeurs qui selon le journal ont été généralement négligés, et qui sont «l’autre versant (…) de la polarisation de la politique en Occident».

Quant au New York Times, il observe que Mélenchon a «exploité le zeitgeist populiste –et la révolution des réseaux sociaux– il y a déjà plusieurs années». Malgré tout, le Wall Street Journal, traduit par Courrier International, pense que les choses sont incomparables:

«Mélenchon fait passer Bernie Sanders pour le [très conservateur] sénateur américain Ted Cruz, et sa plateforme de campagne anéantirait même les plus modestes réformes en faveur de la croissance adoptées en France ces dix dernières années, tout en ajoutant un radeau de nouvelles mesures étatistes

Galaad Wilgos
Galaad Wilgos (17 articles)
Etudiant Université Libre de Bruxelles
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