Que reste-t-il de la Fnac?
L'agitateur culturel n'est plus qu'un souvenir. Il va être racheté au groupe Pinault par un fonds d'investissement.
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Depuis quelques années, pour limiter les coûts d'exploitation et diminuer les stocks, l'offre s'est sérieusement réduite dans les rayons livres, disques et vidéo. Désormais, l'enseigne mise clairement sur les produits à fort potentiel commercial, ceux qui s'écouleront le mieux et le plus vite: les best sellers dans la littérature ou la variété internationale dans la musique. Peu à peu, la Fnac a perdu son caractère de «spécialiste», capable de proposer dans tous les domaines un choix très large. Ce qui faisait la différence avec les hypermarchés s'est estompé. Une partie de la clientèle préfère maintenant s'approvisionner sur des sites Internet ou dans des boutiques spécialisées pour y trouver des auteurs plus confidentiels ou des labels indépendants. Les derniers fidèles de la marque ont vieilli.
Il y a aussi bien longtemps que la Fnac ne dynamite plus la consommation en cassant les prix. C'était, dans les années 50 et 60, sa raison d'être: proposer des rabais de 20% sur toutes sortes de produits (photo, électronique, électroménager...). Un champion du pouvoir d'achat avant l'heure, en guerre contre les industriels, au nom de la défense des consommateurs. Un combat poursuivi en 1974 par l'introduction des livres vendus avec 20% de remise, semant l'agitation dans le milieu de l'édition. A l'époque, André Essel, l'un des deux fondateurs, se battait pour une diffusion plus large des biens culturels. Mais avec la loi Lang sur le prix unique du livre en 1981, puis l'abandon de la réduction automatique de 5% en 2007, la Fnac est rentrée dans le rang. En définitive, le «distributeur de produit culturels» n'en est plus un: aujourd'hui, 60% du chiffre d'affaires est réalisé dans l'électronique (micro, TV, photo, Hi-Fi).
Alors que reste-t-il de l'esprit Fnac, celui insufflé par ses deux créateurs, André Essel et Max Théret? Certains, comme le consultant Didier Toussaint, auteur de «L'inconscient de la Fnac» (Bourin Editeur), estiment que le style de management «libertaire» pratiqué par Essel a tellement marqué l'entreprise en profondeur que l'effet s'en ressent encore aujourd'hui dans les rapports entre salariés mais aussi entre le personnel et les clients. Ancien militant trotskiste, Essel entretenait avec ses employés une «révolution permanente» contre les directeurs de magasin. Les vendeurs, souvent surdiplômés, n'étaient pas sommés de faire du chiffre mais d'accueillir les clients comme des «amis». Ceux d'aujourd'hui, même s'ils paraissent moins passionnés que dans les années 70 et 80, officient avec une certaine décontraction. Ils prennent le temps de conseiller les clients et ne vont pas les orienter forcément vers les produits les plus chers. Rien à voir avec ceux que vous croisez chez Darty ou chez But. Dans les magasins, une large place est accordée à des espaces «non marchands» (expos, concerts, débats) et il y règne une ambiance plus feutrée et plus cool que dans la plupart des autres grandes surfaces. Enfin, de l'avis général, les produits électroniques sont bien sélectionnés. Ils font d'ailleurs l'objet de tests sérieux par un laboratoire technique interne. Max Théret était un passionné de technologie et vénérait Apple.
Ce qui reste encore de «l'esprit Fnac» après le passage du groupe Pinault sera-t-il bientôt balayé? On peut le craindre. Le fonds d'investissement ou le distributeur qui reprendra l'affaire voudra améliorer la rentabilité. La Fnac n'a jamais perdu de l'argent mais elle n'a jamais non plus été une formidable machine à cash. Fermetures de magasin, rationalisation accrue des achats et de l'offre, diminution de la masse salariale auront raison des dernières spécificités de l'enseigne. L'«agitateur culturel» sera alors bien mort et enterré. Ce n'est qu'une question de temps.
Bruno Askenazi
Image de Une: A la Fnac de Nice Eric Gaillard / Reuters
Mis à jour le 14/12/2009 à 5h33







































La Fnac , agitateur agité ? Pinault quitte le navire, en quête d'un nouveau repreneur ... Encore une aventure qui se termine, véritable révolution culturelle lorsqu'elle fut lancée ! De nos jours, tout le monde le sait, une enseigne n'est qu'une machine à faire du fric ... Bon vent, tout de même !
La Fnac, Tati, le Bon Marché ou le sous-sol du BHV ... autant d'enseignes commerciales qui ont su lancer et profiter d'un modèle à un moment de leur vie et on pourrait en citer quantité d'autres.
Qu'en reste t-il aujourd'hui ? Celles qui ont survécu se sont adaptées, les autres ont été emportées par le changements de mode, de tendance, de modèles.
Il a été une époque ou le besoin de marge était moindre qu'aujourd'hui, ou les canaux de distribution étaient peu nombreux et surtout, ou le commerce n'était que physique.
Les envies des consommateurs ont changées, la fidelité et les relations qu'ils entretenaient avec une enseigne se sont délitées. J'ai presque 50 ans et me souviens avec bonheur des heures passées dans les rayons BD de la Fnac, assis par terre à dévorer les aventures de mes héros favoris. C'est ce lien avec l'enseigne qui avait fait de moi un client fidèle et attaché.
Aujourd'hui, je suis comme tout le monde. Je m'informe par un tas de moyens mis gratuitement à ma disposition, j'évalue les avis sur les forums, je compare les prix sans bouger de mon fauteuil et d'un clic je commande ... souvent ailleurs qu'à la Fnac.
Pourquoi ailleurs ? parce qu'il n'y a aucune différenciation à acheter à la Fnac le même produit qu'ailleurs et qu'en plus, les pages descriptives de son site ne sont pas mieux voire moins bien renseignées qu'ailleurs.
Beaucoup de ce qui faisait la différence de l'enseigne s'est perdu dans le marketing, l'approche standardisée mille fois vue partout, des catalogues toujours plus restreints et ... l'éloignement de l'offre due à une vie provinciale.
En fin de compte, ce qui faisait mon attachement à la Fnac, je le fais perdurer chez mon commerçant de proximité comme j'allais à la Fnac étant adolescent. J'ai un excellent libraire qui se démène pour vivre dans ce monde hyper concurrentiel. Il est cultivé, emploi des collaborateurs à mon écoute, peut me fournir n'importe quoi rapidement ... le bonheur.
De même, en électronique, j'ai un fournisseur qui sait caler ses prix sur le web et me fournir à peu près tout dans des délais raisonnables.
Je n'ai plus besoin de la Fnac, son modèle s'est répandu et est venu à moi. Merci à elle d'avoir existé, merci aux autres de s'être adaptés.
J'aimerais que les vendeurs de la Fnac prennent un peu moins de temps pour conseiller car vraiment, et je ne suis pas le seul à le constater (sauf l'auteur de l'article apparemment) dans l'électronique leurs conseils sont souvent erronés et dès que le sujet devient pointu, ils sont perdus. Ils ne font pas mieux qu'à Darty mais il y a en plus chez eux ce petit côté "je sais tout" qui est agaçant.
Pour les livres, l'enseigne a chuté en flêche: ils sont mal rangés, le choix et les vendeurs-conseillers se font rares. Je pense que Cultura représente une bonne alternative au modèle qu'était la Fnac même si les prix ne sont pas toujours très intéressants. Mais on ne peut pas tout avoir, n'est-il pas?
Bon article sur le service de la FNAC, qui propose toujours une différentiation "qualitative" mais à quel coût ?
Effectivement, les chefs de rayons sont vraiment extras, de très bon conseils et toujours assez "cool"...Apparemment le premier concurrent est le site FNAC.COM pour répondre au besoin très bien exprimé par marchassyn de pouvoir tout comparer et acheter chez celui qui propose le meilleur coût sur le Net.
Et là il y a de biens meilleurs sites Internet, ce qui prouve que pour l'acheteur de la FNAC il y a des poches de productivités...
Ce qui est génial à la FNAC, c'est de pouvoir voir, toucher, acheter, se tromper changer, et changer encore...C'est franchement incroyable pour l'avoir testé encore et encore...Vous pouvez toujours chercher sur le net un meilleur service, cela n'existe pas, mais vous trouverez toujours moins cher.
Évidement, pour cela il faut payer et entretenir ces énormes paquebots que sont les magasins FNAC à comparer aux sites Internets et structures "lean" des précurseurs en la matière. A vue de nez 15/20 % de profitabilité en plus pour ces derniers....
Au moins dans le luxe, la différentiation paye bien, ou mieux...personne n'ira vendre (legallement) votre sac YSL 3 Euros moins cher tous les 3 jours et amener vos prix à la baisse constante, tout en gardant des coûts fixes importants.
Et à n'en pas douter les vendeurs et vendeuses de Gucci ne sont pas moins sympathiques et compétents que ceux de la FNAC, sans parler des clients...Je vois bien là de vrais raison objectives et subjectives au choix de PPR.
Compte tenu de l'environnement ultra compétitif et de l'historique culturel original, je trouve que la transition de la FNAC a été plutôt bien (même très bien) accompagnée par le groupe Pinault.
Non, ce qui m'étonne c'est que Slate ne fasse pas le parallèle entre la FNAC et d'autres tenants du particularisme culturel, économique ou social français...
Si, dans ce monde, qui devient de plus en plus uniforme on veut continuer à rester "leader" il faut sans cesse se remettre en cause et trouver de nouvelles idées. On ne peut éternellement rester sur les idées premières car les autres on tôt fait de vous les prendre. Avoir un cran d'avance ...
C'est ce que réussit par exemple Apple.
La FNAC au travers de ses nouveaux dirigeants n'a pas su avoir ce cran d'avance et s'est banalisée. De fait, si personne n'a de nouvelles idées, j'ai bien peur que la FNAC coule corps et biens.
Dommage, c'était une belle idée...
Avec des prix sur les DVD qui vont du simple au double entre Internet et les prix "verts" (à savoir "avant augmentation"), des vendeurs un peu hautains pas très au fait dès qu'on cherche à creuser, une politique de fidélité des membres parfois ubuesque, je ne trouve pas que la FNAC ne soit un agitateur.
Pour ma part, celà fait longtemps que la FNAC me sert de vitrine pour ce que je vais acheter sur internet car je n'aime pas payer des prix prohibitifs. Mais comme beaucoup, j'utilise le magasin pour les achats informatiques.
Mais qu'est ce que la FNAC a vraiment en plus? Je ne sais pas vraiment
la fnac, depuis le début des années 2000, s'est éloignée des fondamentaux qui ont fait son succès, et a laissé ses concurrents on et off line se développer.
les conséquences de ce futur rachat sont elles aussi assez prévisibles...
http://gilleslanier.typepad.fr/2eme_round/