Santé / Culture

Vous perdez vos cheveux? La confrérie des chauves recrute

Temps de lecture : 3 min

Depuis soixante ans en France, les chauves se réunissent pour rigoler et assumer leur calvitie. Malheureusement pour eux, les effectifs se réduisent.

Image tirée d'un sketch des Inconnus
Image tirée d'un sketch des Inconnus

Dans l'imaginaire collectif, perdre ses cheveux n'est pas forcément un cadeau. Il y a les complexés qui s'endettent plusieurs années pour se payer des implants, ceux qui peignent de manière effrénée les quelques poils qui leur restent sur le caillou pour tenter tant bien que mal de masquer leur crâne nu. D'autres, à l'instar d'Andre Agassi en 1990 optent pour le choix risqué de la perruque. La légende du tennis américain avait, ainsi, raconté avoir invoqué les dieux pour que cette dernière reste sur sa tête lors de sa première finale de Grand Chelem.

«À chaque bond, je l’imaginais tombant dans la terre. Je voyais des millions de téléspectateurs se rapprocher de leurs écrans, les yeux écarquillés, se demandant, dans des dizaines de dialectes et de langues, comment les cheveux d’Andre Agassi étaient tombés de sa tête.»


Certains chauves sont plus à l'aise avec leur calvitie. La preuve, il existe même deux confréries en France et en Belgique.

Assis à la table d'une brasserie typique de la capitale bruxelloise, Yves Catfolis, président de la Confrerie nationale des chauves de Belgique, précise d'emblée le leitmotiv de l'organisation: la camaraderie. «Le but de la confrérie, c'est la convivialité, l'ouverture d'esprit. C'est d'ailleurs notre devise: “Chauve oui, chauvin non”», plaisante-t-il.

Pas étonnant, donc, de voir la confrérie belge très proche de son homologue française. Une amitié qui dure depuis l'initiative d'un coiffeur de Savenay, Robert Guegan, à l'époque président de la confrérie française. Il y a cinquante-deux ans lors de l'émission «Jeux sans frontières», il resta scotché sur le crâne immaculé de Joseph Lambert, le maire de la ville belge de Ciney.

Le comité de la confrérie belge en 1968 / Crédit: D.R.

Il décida d'emblée de lui écrire pour lui proposer d'être membre d'honneur de la branche hexagonale. Une année plus tard, l'antenne belge fut ensuite mise sur pied. «On se côtoie depuis des années. On a sympathisé avec le bureau. On a toujours eu les meilleurs rapports», confirme Christian Grenier, le président de la Confrérie Nationale des Chauves de France.

Pas de prise de tête

Les membres des deux confréries se retrouvent donc pour festoyer une à deux fois par an et tout un folklore a été mis en place pour plaisanter.

La Confrérie Nationale des Chauves de France lors d'une manifestation en 2011 | DR

Lors de l'intronisation, par exemple, chaque membre doit subir l'onction «craniologique». À cette occasion, quelques gouttes d'alcool de myrtille (de l'eau en France) lui sont déversées sur le crâne avant qu'il jure fidélité, la main posée sur une grosse boule de billard. Il est ensuite adoubé au moyen d'un sceptre surmonté d’un grand peigne.

«En faisant ce serment, on fait la promesse de n'utiliser aucune technique pour camoufler notre calvitie, c'est important d'assumer», explique le président belge.

La confrérie belge en 2016 sous les boules de l'Atomium à Bruxelles | DR

Les confrères ont même un hymne qu'ils entonnent notamment lors de la traditionnelle marche des chauves, que vous pouvez écouter ci-dessous.

Des paroles qui encouragent les personnes atteints de calvitie à relativiser. Car la notion de solidarité est très importante pour le groupe afin d'aider psychologiquement les chauves à mieux vivre la perte de leurs cheveux. «Le but, ce n'est pas uniquement de se rencontrer pour boire un verre, c'est aussi rendre service à ceux qui en souffrent», confirme le Français. Et notamment les femmes même si c'est évidemment plus rare. «On a déjà eu deux membres féminines en France, on n'est pas sexistes.»

Recherche chauve urgemment

Populaires pendant plusieurs décennies, les confréries des chauves perdent, pourtant, chaque année des membres. Les entités allemandes, suisses et la fédération internationale qui chapeautaient tous les chauves du monde entier, ont disparu. Toujours vivantes, les confréries françaises et belges sont chancelantes. La première ne compterait plus qu'une vingtaine de membres, la seconde, une quarantaine. Le futur ne s'annonce pas brillant pour Yves Catfolis:

«La moyenne d'âge est assez élevée. Certains membres ont 80 ans et c'est vrai que c'est dur de trouver un jeune de moins de 50 ans. Je crois qu'il n'y a plus le complexe de la calvitie, celui qu'avait les jeunes hommes lorsqu'ils commençaient à perdre trois cheveux. À l'époque, les jeunes croyaient que leur look était atteint. Maintenant, tout le monde a tendance à se raser. Il y a cinquante ans, la confrérie répondait à un besoin mais ce n'est plus comme avant.»

Il est donc loin le temps où les chauves étaient invités sur le plateau de Patrick Sabatier et où plusieurs personnalités faisaient rayonner l'association. Gérard Jugnot a apparemment failli signer, ce que Simon Berryer alias Sim a fait. Alors, si vous connaissez des amis ou des membres de votre famille qui vivent mal leur calvitie et qui rêvent de marcher dans les pas du comique des Grosses Têtes, n'hésitez-pas à faire passer le mot. «Le but c'est de recruter, on veut renouveller nos membres.»

Jacques Besnard Journaliste

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