Monde

Et soudain, Donald Trump s'émeut de la mort des enfants en Syrie

Temps de lecture : 2 min

Le président américain vient de se découvrir une sensibilité toute nouvelle face à la mort des enfants de Syrie.

Un homme syrien et une petite fille fuient Hamouria, dans la région de Ghouta, près de Damas, le 4 avril 2017 | ABDULMONAM EASSA / AFP
Un homme syrien et une petite fille fuient Hamouria, dans la région de Ghouta, près de Damas, le 4 avril 2017 | ABDULMONAM EASSA / AFP

Donald Trump semble avoir été particulièrement bouleversé par des images qu’il a vues à la télévision d’enfants tués et blessés lors de l’attaque aux armes chimiques dans la région d'Idlib, en Syrie, le mardi 4 avril. Mercredi, de la Maison-Blanche, Trump a déclaré que voir des «personnes innocentes, y compris des femmes, des enfants en bas âge et même d’adorables petits bébés» était si épouvantable que «mon attitude vis-à-vis de la Syrie et d’Assad a beaucoup changé.» Elle a apparemment tellement changé qu’il a pris la décision de bombarder une base aérienne syrienne en représailles, une idée qu’il avait condamnée lorsqu’il faisait campagne contre Hillary Clinton. Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson avait annoncé jeudi que «des démarches étaient entreprises» pour démettre Assad de ses fonctions, un stupéfiant volte-face par rapport à la semaine dernière lorsque Tillerson avait annoncé que démettre le dirigeant syrien n’était plus une priorité américaine.

Certes, les vidéos de l’attaque sont dures à avaler. Mais comment ne pas s’étonner que l’humanité de Trump n’ait pas été touchée de la même façon par les enfants tués en 2013 lors de l’attaque chimique à la Ghouta, par les abominables témoignages de tortures systématiques d’enfants par les forces syriennes, par les nombreux enfants tués par des barils explosifs ou par la photo devenue emblématique d’un petit garçon sonné, couvert de poussière, dans une ambulance à Alep, sans parler de l’autre image devenue un symbole, celle d’un petit garçon syrien réfugié, mort noyé et échoué sur une plage en Turquie. Pendant tout ce temps, Trump affirmait que les États-Unis feraient mieux de collaborer avec Assad, qu’il qualifiait «d’allié naturel.»

Pour en tuer moins

Peut-être qu’au vu de son choc émotionnel, Trump devrait arrêter d’essayer d’interdire à tous les réfugiés syriens de venir aux États-Unis. Peut-être qu’étant donné son tout nouvel état d’esprit, il devrait avoir une petit discussion avec Sean Spicer, le directeur de la communication de la Maison Blanche, qui a répondu en janvier dernier à une question sur la détention d’un enfant iranien de 5 ans que «conjecturer que juste l’âge ou le genre des gens ou autre chose suffit à croire qu’ils ne représentent pas une menace serait peu judicieux et faux» Peut-être que compte tenu de cette nouvelle attitude, le président devrait envisager une possibilité intéressante pour aider les enfants de Syrie: en tuer moins.

Pendant sa campagne, Trump a accusé l’administration Obama de mener une guerre «politiquement correcte» contre l’Etat islamique et affirmé qu’il était pour tuer les familles des terroristes. Depuis son accession au pouvoir, il a modifié les mesures mises en place par l’administration précédente pour éviter de faire des victimes civiles lors des raids aériens américains, et incroyable mais vrai, il y a eu une augmentation spectaculaire du nombre de ces victimes, notamment des enfants.

Trump n’a pas eu l’air de tellement s’inquiéter de savoir si les frappes aériennes américaines étaient responsables de la mort d’au moins 200 personnes à Mossoul le mois dernier, dont des enfants, des nourrissons et des femmes enceintes. Et le sort des Syriens innocents ne l’a jamais apitoyé au point d’estimer que les États-Unis aient le devoir d'en accueillir quelques-uns. Mais désormais, après avoir vu les conséquences de l’attaque au gaz à la télé, il est apparemment si bouleversé qu’il en a décidé de lancer des frappes aériennes, initiative qui, notamment sous son administration, pourrait bien déboucher sur la mort d’encore plus de femmes, d’enfants en bas âge et d’adorables petits bébés.

Joshua Keating Journaliste

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