Life

Johnny Hallyday, grand corps malade livré en pâture

Jean-Yves Nau, mis à jour le 13.12.2009 à 10 h 34

L'exposition publique des souffrances d'un chanteur est sans précédent en France.

Johnny Hallyday, hospitalisé à Los Angeles et plongé dans un coma artificiel, «va mieux» et «est hors de danger», a affirmé samedi 12 décembre le fils du chanteur, David Hallyday, au site parismatch.com. «Mon père va mieux, il se réveille doucement. J'ai vu son médecin, il est hors de danger», a déclaré David Hallyday qui venait de rendre visite à son père à l'hôpital de Cedars-Sinaï.

Un peu plus tôt, le chanteur Patrick Bruel, qui s'était lui même rendu au chevet du rocker, avait déclaré que les nouvelles étaient «bonnes». Autre proche à avoir fait le déplacement à Los Angeles, Line Renaud s'était dite «extrêmement confiante».

 

Combien de temps le nouveau spectacle donné par Johnny Hallyday pourra-t-il durer? L'exposition publique des souffrances d'un chanteur devenu, au fil du temps, à la fois héros et mythe national est, en France, un phénomène sans précédent; un phénomène qui, brutalement, s'accélère.

Il y avait eu, on s'en souvient, la révélation d'une intervention chirurgicale pratiquée cet été après la découverte  d'un cancer du côlon alors qualifié de « petit ». L'affection avait été découverte à l'occasion d'un bilan de santé demandé par les assureurs des spectacles du chanteur. Cette intervention faisait elle-même suite à une précédente hospitalisation due, avait-on expliqué, à une chute du rocker sur son yacht. Autant d'éléments dramaturgiques  pimentant alors à souhait «Tour 66», longue et monumentale tournée de ses adieux à la scène.

Puis nouvel épisode en date du 29 septembre: une «extinction de voix» conduit à l'annulation en urgence du concert programmé à Bruxelles. Fans et observateurs croient déceler les difficultés grandissantes du chanteur à se déplacer sur scène. De fait, le 26 novembre, il faut intervenir chirurgicalement sur, dit-on, une hernie discale. L'opération neurochirurgicale est pratiquée à la Clinique Internationale du Parc Monceau de Paris. L'heure est encore, pour l'entourage omniprésent, aux communiqués de presse rassurants; un peu sur le mode des bulletins de santé des chefs d'Etat quand ils sont hospitalisés. Un grand classique de la communication en temps de crise. Tout est toujours normal, jusqu'au moment où rien ne l'est plus. Aucune crainte à avoir, donc. Dans un cas: le président est pleinement en état de remplir ses fonctions. Dans l'autre: Johnny, 66 ans, assurera comme prévu la totalité de ses prestations scéniques.

Or voici qu'aujourd'hui commence le troisième acte avec une nouvelle hospitalisation à Los Angeles. L'évolution de la situation, les enjeux financiers et la grande contagiosité émotionnelle font que le temps est venu de la tragédie ; ainsi, déjà, que celui des premiers règlements de compte. C'est sans doute là un éclairant symptôme de l'affolement des membres de l'entourage du héros. Avec deux formules violentes : « massacre » et « coma artificiel ».

«Massacre».

Le terme a été prononcé vendredi 26 novembre sur RTL par Jean-Claude Camus, producteur  du chanteur. M. Camus se fonde sur les termes d'un communiqué publié la veille; un communiqué du service de presse du chanteur indiquant que  les médecins de l'hôpital Cedars-Sinai de Los Angeles avaient observé des lésions résultant de l'opération subie le 26 novembre et qui imposaient  «une opération réparatrice». Pour M. Camus la chose est entendue: les médecins américains «ont constaté qu'il y avait des séquelles et des choses pas du tout normales», que l'infection «était en train d'attaquer sa moelle  épinière» et qu'«il aurait pu y avoir des suites fâcheuses».Pour le producteur le responsable de ce «massacre» est le Dr Stéphane Delajoux, neurochirurgien exerçant la Clinique Internationale du Parc Monceau à qui il serait notamment reproché de ne pas avoir posé de drain après l'opération.

«On me dit que l'opération était un massacre»  a rapporté Jean-Claude Camus qui affirme d'ores et déjà que le chanteur n'a pas pris de risques particuliers en prenant l'avion pour Los Angeles quelques jours seulement après l'intervention chirurgicale: «J'ai eu personnellement son chirurgien au téléphone il y a une semaine. Il m'a dit: «C'est rien du tout, il peut partir à Los Angeles». Johnny n'a pas fait d'imprudence.»

«Il m'avait appelé juste avant de partir pour Los Angeles, et je lui ai dit que c'était une connerie parce que faire douze heures d'avion après une telle opération, ce n'est pas jouable» a pour sa part déclaré Eddy Mitchell, ami de Johnny.

Le Dr Delajoux est tout sauf un inconnu dans les milieux du spectacle au point d'être surnommé le «neurochirurgien des stars». Spécialiste généralement peu apprécié par ses confrères hospitalo-universitaires il avait attiré l'attention sur lui en juillet 2003 lorsqu'il avait pris en charge à la clinique Hartmann de Paris l'actrice Marie Trintignant alors dans un profond coma  à la suite d'un violent traumatisme crânien.

Le Dr Delajoux aurait aussi -mais il n'est sans doute pas le seul neurochirurgien libéral dans ce cas- été condamné à verser de lourdes indemnités après plusieurs interventions suivies de complications et de séquelles. Pourquoi avoir choisi ce chirurgien? Jean-Claude Camus, en spécialiste, répond : «Les artistes sont très sensibles à la camaraderie, aux relations mondaines».

«Coma artificiel»

Selon une information non démentie, donnée par RTL, les médecins de l'hôpital Cedars-Sinai ont dû avoir recours à cette technique. Il s'agit ici de provoquer, grâce à des médicaments sédatifs ou hypnotiques un coma (pendant quelques heures ou quelques jours) afin de faciliter la pratique de l'intervention chirurgicale. Il semble désormais, toujours selon le service de presse que la situation soit «sous contrôle», le chanteur étant resté un temps éveillé et conscient avec son épouse à son chevet. Cette dernière explique (dans un entretien réalisé avant la dernière hospitalisation à paraître dans le magazine Elle) que le cancer du côlon pour lequel Johnny a été opéré cet été «n'était pas grave en soi puisqu'il a été dépisté très tôt». «Mais les suites opératoires ont été compliquées, ajoute-t-elle. Pendant quarante-huit heures, il a été en danger.»

Et alors, dira-t-on. S'émouvoir d'une telle exhibition des maux d'un chanteur? S'en indigner? Mais à quel titre? Force est bien ici de constater que les règles du secret médical (destinées à protéger les patients) n'ont pas été ici violées: toutes les informations émanent de ses proches et non pas des médecins qui ont été amenés à le prendre en charge. De ce point de vue Johnny est dans une situation similaire à celle d''un chef d'Etat et de gouvernement dont les services officiels publient, lorsque la situation l'impose, des «bulletins de santé». Il y a toutefois une différence de taille. Dans un cas il s'agit d'informer (véritablement ou pas) les citoyens sur la question de la vacance (ou non) du pouvoir. Dans l'autre il s'agit de la mise en scène, à des fins plus ou moins marchandes, des pathologies et des souffrances d'un citoyen-chanteur.

Artistes et autres «stars» ont depuis longtemps appris à goûter aux joies de la mise en scène des différents aspects de leur vie privée. On leur a aussi peut-être parfois volé des joies et des souffrances qu'ils auraient aimé garder secrètes. Avec Johnny on entre dans une nouvelle dimension. Il ne s'agit plus, comme il y a peu avec Michael Jackson, d'enquêter après la mort sur les causes de cette dernière. Il s'agit de dire une vérité biologique et médicale avant qu'elle ne soit découverte. Mais il s'agit aussi et de faire participer le plus grand nombre au chemin de croix du héros inoxydable avant, bien sûr, de le retrouver -une dernière fois - sur scène.

Jean-Yves Nau

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Image de Une: Johnny Hallyday au Stade de France Philippe Wojazer / Reuters

 

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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