France

Philippe Poutou, le «héros» que la presse étrangère n'avait pas vu venir

Robin Panfili, mis à jour le 06.04.2017 à 11 h 24

Pour la presse étrangère, le débat télévisé un peu bordélique a eu le mérite de mettre en avant les «petits candidats» du scrutin. Philippe Poutou en tête.

Lors du débat présidentiel, le 4 avril 2017. LIONEL BONAVENTURE/AFP

Lors du débat présidentiel, le 4 avril 2017. LIONEL BONAVENTURE/AFP

S'il fallait désigner les «gagnants» du débat télévisé opposant les onze candidats à l'élection présidentielle française, le 4 avril 2017, il faudrait parler des «petits» candidats qui, dans cet exercice difficile, ont su se montrer pugnaces et particulièrement performants. Philippe Poutou en tête. En s'imposant comme un adversaire coriace et grâce à des prises de parole efficaces, Philippe Poutou, ce mécanicien de l'usine Ford de Blanquefort (Gironde) et candidat du NPA pour la deuxième fois, est parvenu à tenir tête aux «grands candidats», notamment à François Fillon et Marine Le Pen sur la moralité en politique.

En France, la presse a jugé la performance de Philippe Poutou de manière assez variée. Des éditorialistes de BFMTV ont jugé son attitude «irrespectueuse». Christophe Barbier l'a, quant à lui, qualifié de politiquement «dangereux», en dépit de ses airs sympathiques. Libération, à l'inverse, a loué son franc-parler. L'AFP juge, elle, qu'il a «crevé l'écran» et «acquis une légitimité singulière dans la campagne». À l'étranger, au-delà de l'organisation et du déroulé «chaotique» du débat, c'est la performance de Philippe Poutou qui a également interpellé plusieurs observateurs.

Au rang de star

Alors que le Telegraph ou le Financial Times ne semblent pas s'être particulièrement émus de la prestation de Philippe Poutou, le Guardian lui a consacré un article entier dans lequel il parle d'un débat «hargneux et décousu, mais au final, c’était aussi civilisé et mesuré», et où les petits candidats, à l'image de Philippe Poutou, ont eu l'occasion de se faire entendre et de faire respecter leurs idées.

«Un candidat peu connu s'est hissé au rang de star du débat présidentiel télévisé après avoir confronté deux des candidats en tête des sondages sur leur honnêteté et leur implication dans des scandales judiciaires.»

Politico a souligné l'abnégation et la pugnacité et de Philippe Poutou et de Nathalie Arthaud, qui n'ont pas hésité à remettre sur le tapis les démêlés judiciaires de François Fillon et Marine Le Pen. En Espagne, pour El Pais c'est «l'heure des petits candidats» citant  la tirade de Poutou qui, face à l'immunité parlementaire de Fillon et Le Pen, répond que lui n'a pas d'«immunité ouvrière». Une formule qui restera comme la plus marquante des trois heures de débat. L’un des perdants de la soirée a été le candidat de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, doublé dans ses attaques par Philippe Poutou notamment, selon le journal portugais Diário de Notícias, cité par Courrier International

«Lui qui avait attiré l’attention dans le débat à cinq, le 20 mars dernier, n’était plus, cette fois-ci, le seul candidat à gauche.»

Le «héros de la soirée»

Ce débat «chaotique» a eu le mérite de mettre en avant le profil et les idées de Philippe Poutou, pour le pureplayer italien Linkiesta. Le blogueur italien Federico Iarlori parle même du candidat du NPA comme du «héros de la soirée»

«N’ayant rien à perdre –il a déjà déclaré plusieurs fois qu’il ne voulait pas devenir président–, il a pu incarner à la perfection la figure du rebelle. Il n’a pas participé à la photo de groupe avant l’émission, il a demandé à pouvoir s’asseoir –comment le blâmer, vu les quatre heures de show–, il a régulièrement relevé le ton du débat, il y a mis du cœur, et il s’est même débarrassé de quelques cailloux qu’il avait dans la chaussure –il a été le seul à dire les choses en face à François Fillon et à Marine Le Pen en abordant les scandales dans lesquels ils sont impliqués. En cela, il a fait mieux que n’importe quel journaliste, engoncé dans le politiquement correct et la présomption d’innocence.»

Dans un autre registre, plus anecdotique, un journaliste de BuzzFeed a consacré une partie de son live-tweet du débat au candidat du NPA, voyant, sans comprendre, qu'il se passait quelque chose autour de lui. En s'appuyant sur la coupe de cheveux de Philippe Poutou, il a comparé le destin de ce dernier avec ceux de Jeremy Corbyn, chef de l'opposition travailliste au Royaume-Uni, et de Bernie Sanders, ancien candidat à l'élection présidentielle américaine et sénateur du Vermont. 

Dans un autre tweet, il s'essaie à une nouvelle comparaison, un peu plus hasardeuse. Et si Philippe Poutou n'était, en fait, que le double ou le digne successeur du Grand Moineau dans la série Game of Thrones?

Robin Panfili
Robin Panfili (168 articles)
Journaliste
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