Boire & manger

L'hôtel de la Mamounia, icône de Marrakech depuis 1923

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 09.04.2017 à 16 h 13

Ce luxueux écrin de verdure est aussi une œuvre architecturale de style berbère et arabo-andalou.

La Mamounia, à Marrakech.

La Mamounia, à Marrakech.

Marrakech tout en verdure et en luxe. Depuis bientôt un siècle, les hôtes prestigieux ont pris leurs habitudes à la Mamounia, un hôtel cossu de la Ville rouge. La profusion de grands hôtels qui se développent dans la cité marocaine –Sofitel, Mandarin, Es Saadi, Royal Mansour, Four Seasons, Naoura Barrière…– n’a pas affaibli son image ni son attractivité. Le centenaire de la Mamounia approche, ce sera en 2023. 

Les jardins de la Mamounia.

L’hôtel de couleur ocre, inauguré au début du XXème siècle, a été édifié, au temps du protectorat, par des architectes français qui ont bien vu la beauté du site en surplomb d’un parc de treize hectares aux essences rares. Le terrain est planté d'oliviers centenaires, de palmiers, d'orangers, de citronniers, de figuiers. A cet écrin de verdure gourmande et fleuris, s'ajoutent les mûriers, les pins, le tipuana tipu, les bananiers, mais aussi 2.500 plantes comme le gingembre, le delphinium, le cosmos, vingt-et-une espèces de cactus et une armada de rosiers. Tout cela en plus du potager aux trente espèces de légumes: salades, tomates, plantes aromatiques et autres pêchers. Certains résidents qui choisissent cet hôtel historique ne serait-ce que pour étudier les cadeaux goûteux des jardins.

Winston Churchill venait y peindre les crêtes de l’Atlas qui se dessinent à l’horizon, des scènes sur le vif, et des bouquets colorés. Une exposition de douze tableaux du grand homme a eu lieu dans ces murs en 2014. Sir Winston, qui a aujourd'hui un bar à son nom dans l'hôtel maricain, a même invité Roosevelt et de Gaulle pour un week-end de confidences –un lit à la taille du grand Charles avait été installé dans sa suite.

Vue d'une terrasse de la Mamounia.

Le merveilleux de la modernité et le meilleur de la tradition

Dès la création de la Mamounia, qui comptait 50 chambres en 1923, la gentry européenne a adopté cet hôtel proche du jardin Majorelle et de la placeDjemaa El Fna, refuge serein hérissé de bâtiments de style arabo-andalou. À Marrakech, le long des remparts, le grand hôtel, propriété de la société des chemins de fer marocains, n’a pas de rival capable de transmettre cet art de vivre.

N’en doutez pas, la Mamounia dirigée par le grand hôtelier français Robert Bergé, puis par Didier Picot pour la rénovation de 2006, et aujourd’hui par Pierre Jochem venu du Raffles de Singapour, reste une destination à part entière. L’ancien riad a façonné sa légende avec le temps. On a respecté la disposition des lieux, l’architecture, le confort des chambres et des suites dotées de terrasses chauffées par le soleil. Oui, le Maroc est un pays froid où le soleil peut être brûlant: début mars 2017, la température s’est élevée de 24 à 30 degrés. Dans le parc de la Mamounia, on dégustait des cornets de glace.

Disons-le, la Mamounia des origines a maintenu son aura, sa splendeur. Car on s’est occupé d’elle, la grande dame arabo-andalouse a surmonté les stigmates du temps, de la météo, des rigueurs hivernales et des touffeurs de l’été. On s’est soucié de son devenir et, surtout, on a préservé sa beauté offerte, ce je ne sais quoi de fabuleux, si bouleversant à vivre.

Suite Al Mamoun à la Mamounia.

Écoutons Jacques Garcia, acteur et auteur de la dernière rénovation de 2006: «Un palace éternel. Il était une fois la Mamounia… Cela sonne comme un conte surgi du fond des âges. Et cependant, quoi de plus neuf, de mieux ancré dans notre monde qu’un tel havre de vie, de repos, d’abondance et de plaisir! Allier le merveilleux de la modernité au meilleur de la tradition, c’est le privilège des lieux si rares qui ont su demeurer fidèles à leur mythe.» Tout un programme.

Mélange d'arts berbères et de traditions arabo-andalouses

Avant Jacques Garcia, le décorateur André Paccard avait ajouté le cinquième étage et insufflé de l’Art Déco dans l’ensemble marrakchi, ce qui était censé donner un coup de jeune à la Mamounia déclinante –l’artifice emprunté était grossier et hors de propos. Vingt ans plus tard, c’est Jacques Garcia qui hérite du défi, la restauration du palace que ses cadres et décideurs souhaitent replacer dans son héritage historique: l’architecture arabo-andalouse dont la Mamounia princière représente un monument de référence. Il s’agit pour l’architecte-décorateur de s’appuyer sur les artistes et artisans marocains, porteurs de deux sources principales: les arts berbères et les traditions arabo-andalouses.

Il y a, dans les formes esthétiques, des métiers, des techniques et un savoir-faire transmis de génération en génération. Jacques Garcia va s’appuyer sur les artisans marocains, virtuoses combinant des lignes, la répétition des motifs et une imagination créative fascinante. Dans ces lieux de ferveur, l’œil est aux aguets.

Il faudra trois années pleines –et 120 millions d’euros– pour agencer le bois, le cuir maroquin, les mosaïques de terre cuite, les zelliges de couleurs (mosaïque), le bejmat (carreaux de terre), les pierres de couleur rouge (autour de la piscine extérieure), les plâtres sculptés dans les décors, le tadelakt (les revêtements muraux rouges, orangés, jaunes, havane), le marbre (modelé), le métal martelé pour les portes, les cuivres et les bronzes, les serrures, les objets précieux… une véritable reconstitution d’art à la marocaine.

Décoration intérieure à la Mamounia.

Résurrection fastueuse

Ainsi s’est déroulée, dans l’espace des bâtiments et des jardins orientaux, la renaissance de la Mamounia calme et grandiose grâce au chef d’orchestre Jacques Garcia et aux équipes d’artisans qui ont édifié les colonnes et les piliers, les moucharabieh (grillages de fenêtres), sans oublier l’apport d’eaux, les fontaines, les sept piscines et jacuzzi –il a fallu 750 mètres carrés de marbre italien, comme pour un palais florentin.

Oui, cette reconstitution est à la hauteur du passé et du mythe rajeuni, embelli façon palais des Mille et une nuit, tout cela doublé d’une expérience culturelle, sensuelle qui vous dépasse et force l’admiration. En 2015, la Mamounia a été élue meilleur hôtel du Moyen-Orient et d’Afrique par les lecteurs de Condé Nast, une signature reconnue dans l’univers du voyage et une distinction méritée.

Le plus étonnant dans cette résurrection fastueuse et discrète à la fois, jamais tape à l’œil, c’est que l’ex-riad princier bucolique a gardé toute sa magie et son âme des origines.

Patio à la Mamounia.

La demeure accueille des clients de tous pays (Français, Marocains, Anglais, Allemands, Suisses…) unis par la splendeur du lieu. On s’y sent tellement bien que certains habitués –certains viennent trois à quatre fois par an– ne quittent pas ces lieux de plaisirs esthétiques, et n'ont même pas le désir de flâner dans la ville et d'arpenter la place Djemaa El Fna.

Le bonheur, c’est de guetter la caresse des sens près des orangers, au cœur des jardins entretenus comme à Versailles, ou de lire près de la piscine turquoise, de prendre le thé à la menthe près du menzeh, cette maison marocaine sous les feuilles et de contempler à l’horizon les sommets de l’Atlas, visibles depuis certaines des terrasses des 126 chambres, 71 suites, et des 3 riads.

Aussi étrange que cela puisse paraître, on n’a jamais l’impression que 680 employés sont là pour vous servir comme au Ritz, au Plaza Athénée ou au Palais à Biarritz. En fait, à Marrakech, plus les grands hôtels de chaînes internationales surgissent en ville (Pavillon Naoura Barrière tout près), à l’extérieur vers la Palmeraie ou plus loin (le Royal Palm), plus l’offre hôtelière de luxe s’accroît (l’Oberoi en vue et le Radisson inauguré), plus la Mamounia aux 5.000 rosiers vous paraît être the place to be.

Parfois, on  pourrait croiser le roi Mohamed VI franchissant les murs d’enceinte pour s’offrir un repas en famille au restaurant marocain, en compagnie de son épouse et de ses deux enfants.

Royale, la demeure aristocratique compte 37.000 pièces de porcelaine, des assiettes sublimes, dans l’esprit du lieu, signées de Bernardaud, des brocatelles de soie sur les murs: le moindre détail décoratif semble avoir été inventé pour la Mamounia.

Piscine à la Mamounia.

Les restaurants de l’hôtel

  • La table française

Jean-Pierre Vigato, chef patron de l’Apicius à Paris (VIIIe arrondissement), n’est plus là comme conseil culinaire. Il a été remplacé par Remy Carmignani, venu de la brigade de Guy Savoy à Paris puis à Singapour. Sur la carte: des produits locaux travaillés avec sensibilité, des volailles bio, du bar d’Agadir, accompagnés de garnitures bienvenues. Goûtez l’Opéra de foie gras et le soufflé au chocolat très réussi du chef pâtissier Richard Bourlon, un pilier de l’hôtel. Des viennoiseries exquises sont servies au petit-déjeuner, le long de la piscine. Bollinger rosé à 19 euros le verre, Roubine de Provence rosé à 95 euros la bouteille. Comptez de 100 à 120 euros. Déjeuner le samedi et le dimanche, dîner toute la semaine.

Restaurant français à la Mamounia.

  • La table italienne

La famille Iaccarino, installée au Don Alfonso 1890 de Sant-Agata sur la Côte Amalfitaine, à 80 kilomètres de Naples, dans un Relais & Châteaux charmant, deux étoiles méritées pour la cuisine napolitaine, envoie des chefs bien formés dans l’élégante table italienne au décor cossu de la Mamounia. Déjeuner en terrasse et dîner chic. La carte reproduit les spécialités des Iaccarino père et fils comme les spaghetti Alfonso à la tomate et basilic, les lasagnes classiques, les gnocchi roulés à la main, le soufflé à la mozzarella moelleuse, les risottos et un plantureux dessert semifreddo. Tout cela relève de la cucina italiana de tradition familiale. Des trois restaurants répartis dans l’hôtel, c’est le plus fréquenté. Additions autour de 120 euros. Vins de Barbera et de Toscane. Déjeuner et dîner tous les jours.

Le restaurant italien à la Mamounia.

  • La table marocaine

Aménagée dans une villa du parc, une sorte de menzeh entouré de bougainvilliers, de mûriers, de bananiers et de rosiers, le restaurant de cuisine marocaine est dirigé par le grand chef Rachid Agouray, aidé de cuisinières locales qui travaillent la semoule tout en finesse tandis que cuisent les viandes d’agneau du couscous, des tajines, et les poissons d’Agadir et de Safi, qui seront accompagnés de légumes. Trois musiciens se faufilent dans ce lieu de gourmandises et de bien-être. On peut commander la veille le méchoui et d’autres préparations anciennes, autour de 100 euros. Goûtez les vins AOC du Maroc, rosé excellent. Dîner tous les jours.

Le restaurant marocain à la Mamounia.

• La Mamounia: Avenue Bab Jdid 40043 Marrakech. Tél. : (212) 5243-88600. Chambres à partir de 400 euros selon la saison, SPA, piscine chauffée, jacuzzi, piscine olympique extérieure, en lisière des jardins, où l’on sert le petit-déjeuner très copieux et le repas du midi. Brunch le dimanche. Limousine à l’aéroport. Ballades vers la Gazelle d’Or à Taroudant et ailleurs.

Nicolas de Rabaudy
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