Monde

En Syrie, dans la région d'Idlib, «un brouillard d’hiver, pas tout à fait jaune, pas tout à fait blanc»

Repéré par Florian Adam, mis à jour le 05.04.2017 à 19 h 21

Repéré sur Le Monde, The New York Times, The Guardian

Entre 60 et 100 personnes sont mortes dans une attaque au gaz sur la ville Khan Cheikhoun dans la région d'Idlib dans le nord-ouest de la Syrie. Le représentant de la France à l'ONU parle d'actes «constitutifs de crime de guerre».

Des Syriens enterrent les corps des victimes d'une attaque le 4 avril de gas toxique présumée à Khan Sheikhun, une ville au mains des rebelles dans la province du nord-ouest de l'Idlib en Syrie, le 5 avril 2017 I FADI AL-HALABI / AFP

Des Syriens enterrent les corps des victimes d'une attaque le 4 avril de gas toxique présumée à Khan Sheikhun, une ville au mains des rebelles dans la province du nord-ouest de l'Idlib en Syrie, le 5 avril 2017 I FADI AL-HALABI / AFP

Au réveil, l’horreur. Mardi 4 avril, vers 7 heures, la ville de Khan Cheikhoun tenue par des rebelles anti-Assad, dans la province d’Idlib au nord-ouest de la Syrie, a été la cible d’une attaque chimique. La presse fait état d’au moins 72 morts et de centaines de personnes intoxiquées, parmi eux au moins 20 enfants et 17 femmes, selon l’Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Le journal Le Monde évoque lui entre 60 et 100 personnes mortes et de 400 personnes asphyxiées, «un bilan confirmé par la direction médicale de la province d’Idlib». Des photographies et des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent les victimes en détresse respiratoire déshabillées et aspergées d’eau afin de les décontaminer. Les symptômes laissent penser qu’il s’agit d’une attaque plus toxique que le chlore.

Sur place, les médecins parlent d'attaque au gaz sarin, les autorités françaises restent elles plus prudente, souligne Le Monde. Les victimes sont en détresse respiratoire, ont de la mousse autour de la bouche et leurs pupilles ne répondent pas à la lumière. Les secours en arrivant sur les lieux sont eux aussi touchés par les effets du gaz, raconte au Monde Radi Saad, un membre de la défense civile. Mohammad Nejdat Youssef, un fermier de 23 ans, explique au New York Times avoir accouru sur les lieux de l’attaque pour aider les victimes. Il décrit ce qui ressemble à «un brouillard d’hiver, pas tout à fait jaune, pas tout à fait blanc». À l’approche de la zone touchée, il a commencé à perdre l’équilibre, puis ses yeux se sont mis à piquer et son nez à couler. Finalement, de la mousse s’est formée autour de sa bouche. Pourtant restés chez eux à l’extérieur du village, sa femme âgée de 20 ans, enceinte, et son neveu âgé de 9 ans ont été empoissonnés plus sévèrement, le nuage toxique étant poussé par le vent. Par chance, ils ont pu être transporté dans un hôpital turc de Reyhanli, à la frontière truquo-syrienne.

Zadi, un témoin contacté par Yahoo News, explique qu’il a vu une petite fille qui semblait avoir «du beurre qui sortait de sa bouche, puis du sang et respirait difficilement». Mohamad Firas Al-Jundi, présenté par le New York Times comme le ministre de la Santé de la région rebelle, raconte dans une vidéo que les hôpitaux sont submergés. «J’ai vu plein de victimes. L’hôpital en était rempli de gens inconscients, rapporte Yahoo News. Le monde sait et est au courant de ce qui se passe en Syrie, et nous sommes prêts à présenter des preuves aux laboratoires pour prouver l'utilisation de ces gaz, déclare-t-il. J'ai essayé d'aider les femmes, les enfants et les hommes âgés»

Selon des témoins, l’attaque n’est le fait d’un seul avion miliaire qui a largué plusieurs obus. Un peu plus tard, l’hôpital Al-Rahma de Khan Cheikhoun, le seul encore en fonction de la ville, a été la cible d’un missile, explosant à une vingtaine de mètres, rapportent Le Monde et le New York Times. Une autre frappe a également détruit le centre local de la défense civile, qui servait de morgue.

La France et le Royaume-Uni ont tenu pour responsable le gouvernement syrien et, avec les États-Unis, ont présenté un projet de résolution, appelant à une enquête de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Le Conseil de sécurité de l'Onu s'est réuni en urgence ce 5 avril. Pour les rebelles, les auteurs de cette attaque ne font aucun doute. Il s’agit de Bashar el-Assad et son armée. Les autorités syriennes ont elles rejeté toute responsabilité, tandis que la Russie, soutien de Bashar el-Assad, a déclaré ne pas être à l’origine des frappes. Dans un communiqué du ministère de la Défense, le Kremlin rejette l’origine chimique de l’attaque. Il avance que les frappes ont touché un «entrepôt terroriste» contenant des «substances toxiques», une possibilité contestée par le Guardian. Les représentants des États condamnent unanimement les frappes qui ont touché le nord-ouest de la Syrie. Déjà en 2013, la ville de Ghouta avait été vicitme d'une acte chimique de grande ampleur tuant, selon les sources, entre 300 et 1500 personnes. 

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