Monde

Être journaliste au Mexique est si dangereux qu’un journal a préféré fermer  

Repéré par Florian Adam, mis à jour le 04.04.2017 à 15 h 33

Repéré sur The New York Times, Quartz

Entre 2000 et 2016, plus d’une centaine de journalistes ou professionnels des médias ont été assassinés.

Une femme habillée comme un journaliste participe à une manifestation contre le meurtre récent de la journaliste correspondante Miroslava Breach, à l'Angel de la Indepencia à Mexico, le 25 mars 2017. I ALFREDO ESTRELLA / AFP

Une femme habillée comme un journaliste participe à une manifestation contre le meurtre récent de la journaliste correspondante Miroslava Breach, à l'Angel de la Indepencia à Mexico, le 25 mars 2017. I ALFREDO ESTRELLA / AFP

«¡Adiós!» Dimanche 2 avril, Norte, un quotidien régional mexicain de la ville de Juárez, dans l’État de Chihuahua, a fait ses adieux à ses lecteurs. Dans un dernier éditorial publié en une, Oscar Cantú Murguía, le rédacteur en chef, annonce que le journal ne sera plus imprimé après 27 ans de publication, car la sécurité des journalistes n’était plus assurée, reporte le New York Times. «Tout dans la vie a un début et une fin, un prix à payer. Si c’est comme ça, je ne suis pas prêt à ce qu'un autre de mes collaborateurs en paye le prix, et je ne le suis pas non plus». Le Washington Post fait savoir également que l’édition numérique sera fermée

La décision est motivée par la mort de trois journalistes le mois dernier dont, le 23 mars, Miroslava Breach, correspondante pour La Jornada, 103e personne de la profession assassinées au Mexique depuis 2000, note Le Monde. La journaliste, dont le nom, l'année de naissance et de mort écrit en noir apparaît en hommage sur le bandeau du site de Norte, a été abattue de trois balles dans la tête sur le pas de sa porte avec le message: «Pour ta langue pendue». Le Mexique a été en 2016 le troisième pays le plus meurtrier pour les journalistes, après la Syrie et l’Afghanistan selon Reporters sans frontières. Le pays est classé 149e sur 180 au classement mondial 2016 de la liberté de la presse, les journalistes connaissant des pressions du cartel de la drogue et du gouvernement. Il s’agit d’«une crise profonde de liberté d’expression» pour Carlos Lauría, directeur du programme Committee to Protect Journalists (CPJ) et coordinateur principal des programmes pour les Amériques. «Il y a un climat de violence et un terrible bilan d'impunité, qui crée une atmosphère où les journalistes sont terrifiés d'aller au travail», affirme-t-il au New York Times. 

Les journaux désireux de couvrir les activités du gouvernement peuvent faire face à des pressions financières. Le magazine Quartz rappelle que les agences gouvernementales sont importants acheteurs d’espaces publicitaires. Elles n’hésitent pas à retirer des annonces officielles ou tout simplement à arrêter d’en acheter aux journaux écrivant des articles qui leur sont défavorables, les privant ainsi de revenus importants. Avant l’annonce officielle de sa fermeture, le journal Norte connaissait des difficultés financières et était décidé à fermer l’édition papier plusieurs, relève le New York Times. L'arrêt du journal entraînera la suppression d’environ 150 emplois selon Oscar A. Cantú Murguía, touchant encore un peu plus la liberté de la presse. 

En 2010, un autre quotidien de Ciudad Juárez avait carrément publié une lettre adressée aux cartels pour leur demander ce qu'ils «voulaient d'eux».

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte