Economie

Avec le Brexit, la fin des fonctionnaires européens britanniques

Gilles Bridier, mis à jour le 08.04.2017 à 16 h 16

Même si les autorités de Bruxelles ont voulu être rassurantes, le compte à rebours a commencé pour les eurocrates anglais de l’Union européenne.

L'ambassadeur britannique de l'UE Tim Barrow sert la main à Donald Tusk après la lettre déclenchant le Brexit, à Bruxelles, le 29 mars 2017 | YVES HERMAN / AFP

L'ambassadeur britannique de l'UE Tim Barrow sert la main à Donald Tusk après la lettre déclenchant le Brexit, à Bruxelles, le 29 mars 2017 | YVES HERMAN / AFP

En officialisant, le 28 mars dernier, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne par une lettre envoyée le lendemain à Bruxelles, Theresa May, le Premier ministre britannique, a déclenché un compte à rebours implacable pour l’avenir des fonctionnaires européens de nationalité anglaise. Car, même si les conditions du divorce vont devoir être négociées pendant au moins deux années, il est évident que la participation de Londres aux travaux des membres de l’Union va vite être réduite à la portion congrue. Jusqu’à disparaître, même si, à ce jour, personne ne peut dire dans quelles conditions ni à quelle échéance. Theresa May n’a laissé planer aucun doute dans son discours du 17 janvier dernier: la rupture devra être sans ambiguïté

La démission du commissaire européen britannique Jonathan Hill au lendemain du référendum britannique en juin 2016 avait déjà clairement signifié ce retrait britannique des affaires européennes. La décision de ce haut fonctionnaire était cependant cohérente avec la volonté exprimée par les électeurs britanniques. 

La satisfaction manifestée en janvier dernier par les partisans du Brexit lorsque l’ambassadeur britannique à Bruxelles Ivan Rogers annonça lui-aussi sa démission, ne laisse planer aucun doute sur l’attitude du gouvernement anglais au cours de la période transitoire qui vient de s’ouvrir. Pour les fonctionnaires de sa Gracieuse Majesté en poste à Bruxelles, une page se tourne. Leur situation est forcément anxiogène. 

Comment rester à Bruxelles en étant britannique?

Sitôt connu le résultat du référendum britannique, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et son homologue d’alors au Parlement européen Martin Schulz avaient tenu à rassurer les ressortissants britanniques de la fonction publique de l’Union. Ils ont notamment rappelé qu'en entrant dans les institutions de l’UE, les fonctionnaires titulaires sont priés d’oublier leur nationalité d’origine pour ne se consacrer qu’à leur engagement européen. Aussi, s’ils décidaient de rester fidèles à cet engagement, le Brexit ne signerait pas systématiquement leur renvoi. 

Mais tous les eurocrates connaissent aussi un article du règlement qui stipule que «nul ne peut être nommé fonctionnaire s'il n'est pas ressortissant d'un des Etats membres».

Certes, des dérogations sont possibles. Malgré tout, ces fonctionnaires au passeport britannique se trouvent aujourd’hui dans une situation fort précaire. Au point que certain, pour ne pas courir le risque de perdre leur poste, étudieraient l’hypothèse de déposer une demande de nationalité auprès d’un autre pays membre… Ne serait-ce que pour ne pas voir se fermer des opportunités de promotion à cause de leur nationalité britannique.

Les ressortissants du Royaume-Uni ne composent pas la partie la plus importante des personnes en poste dans les institutions européennes. Avec moins de 1.300 employés à la Commission européenne sur un effectif total de 32.500 fonctionnaires et agents , ils sont environ 2.000 sur 56.000 si l’on ajoute ceux affectés au Parlement, au Conseil européen, à la Cour de justice… Soit 3,5% des personnels affectés au fonctionnement de l’Union.

Certes, des économies peuvent être réalisées, la situation des eurocrates étant sensiblement plus confortable que celle des fonctionnaires dans les pays membres. Cette question du coût du fonctionnement de l’Union européenne a notamment été au cœur des critiques formulées par les adversaires de l’Europe au Royaume-Uni. Toutefois, une fois dépassés les fantasmes entretenus par les europhobes sur la situation supposée mirifique des fonctionnaires européens, on n’imagine pas pouvoir réaliser de colossales économies dans le budget européen du fait du Brexit.

D’autant que, passant de 28 membres à 27, l’Union européenne qui consacre 6% de son budget à son administration, va poursuivre les mêmes missions. Aussi, si des compressions d’effectifs doivent intervenir, elles ne seront pas motivées par le retrait du Royaume-Uni, mais par une évolution de la gouvernance des institutions européennes et des objectifs de l’Union. 

L’anglais demeurera une langue officielle de l’Union

Il est notamment un poste qui ne pourra pas être comprimé: celui des traducteurs et interprètes. Compte tenu de l’originalité de l’Union européenne avec son système de multilinguisme, la communauté ne reconnaît pas moins de 24 langues officielles. Chaque pays membre ayant la capacité de faire faire reconnaître sa langue nationale comme élément de souveraineté au même titre que tous les autres, quelles que soient sa taille et l’importance de sa population. Ce qui, arithmétiquement, aboutit a plus de 500 combinaisons linguistiques possibles pour traduire un texte d’une langue dans l’ensemble des 23 autres. Un véritable casse-tête lors des négociations officielles qui impliquent l’Union! 

Ainsi, rien qu’au Parlement européen, environ 1500 linguistes, traducteurs et interprètes sont affectés au dialogue, à la communication et à la traduction des textes officiels. C’est à ce prix que l’Union européenne a choisi de respecter la diversité culturelle inscrite dans les traités. 

Le divorce d’avec le Royaume-Uni aura d’autant moins d’incidence sur ce poste que, même lorsque le Brexit aura été prononcé, l’anglais restera une des langues officielles de l’Union du fait du maintien de l’Irlande au sein de la communauté. Entre outre, compte tenu de l’utilisation de l’anglais dans les institutions internationales, les traducteurs d’anglais devront être maintenus à Bruxelles. Ainsi, au niveau budgétaire, ce poste ne devrait pas pouvoir être comprimé bien qu’il représente à lui seul 1% du budget de l’Union, et donc quelque 16% du budget affecté à l’administration. 

Reste que, avec la défection du Royaume-Uni, l’influence de Londres est appelée à disparaître dans le fonctionnement de l’Union, et les candidats d’autres pays aux postes aujourd’hui occupés par des Britanniques ne va pas tarder à se manifester. Même pour des postes d’interprètes.

Dans ces conditions, de façon plus ou moins progressive en fonction de l’atmosphère qui règnera sur les négociations du Brexit, la population des eurocrates anglais va se dissoudre ou disparaître de façon définitive. Quitte, pour ceux qui voudront demeurer à Bruxelles et capitaliser sur leur expérience, à abandonner la fonction publique pour travailler dans les nombreuses agences privées sous contrat avec les institutions européennes. 

Gilles Bridier
Gilles Bridier (649 articles)
Journaliste
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