Double XFrance

Benoît Hamon est résolument «féministe», son revenu universel l’est peut-être moins...

Aude Lorriaux, mis à jour le 10.04.2017 à 14 h 24

Slate.fr explore le programme, les déclarations et le bilan des candidats à la présidentielle, sous le prisme de l’égalité femmes-hommes. Aujourd’hui Benoît Hamon. [3/6]

Benoît Hamon participe à une manifestation contre les violences faites aux femmes en 2011. FRANCOIS GUILLOT / AFP

Benoît Hamon participe à une manifestation contre les violences faites aux femmes en 2011. FRANCOIS GUILLOT / AFP

S’il y a bien un des cinq mastodontes de cette présidentielle qui revendique son féminisme, c’est lui: Benoît Hamon, ex-ministre de l’Education nationale et candidat du parti socialiste, l’a clamé à plusieurs reprises, et notamment ces derniers mois. Il s’est dit d’emblée «féministe» devant les lecteurs et lectrices du magazine Causette, en octobre 2016. Et il a promis, le 19 mars dernier à Bercy, qu’il serait un «président féministe», s’excusant de voler la place à une femme:

«Je dis à la petite fille, à la jeune femme qui m'écoute, dans cette salle ou sur un écran loin de nous: j’ai hâte que tu sois ici à la place que j'occupe. Mais tu me pardonneras de retarder de cinq ans, le jour où la France aura une présidente de la République. Je serai un président féministe. Et je mettrai tout en oeuvre pour que l’inégalité entre les femmes et les hommes, l’inégalité salariale, professionnelle, politique, les stéréotypes, les violences, ne soient, pour la pro- chaine génération, qu’une étrange aberration dans les livres d’histoire.»

Bilan: un député européen plutôt engagé pour les droits des femmes

Voilà pour les mots. Pour les actes, c’est à voir. Benoît Hamon reste tristement célèbre pour avoir dézingué les ABCD de l’égalité, un programme d’enseignement de l’égalité filles-garçons. En réalité, c’est plus compliqué. Le programme a valsé sous la pression de la Manif pour tous et de la très réac Farida Belghoul, qui avait organisé des journées de retrait de l’école pour protester contre le programme. Le remplaçant à l’Education, qui succède à Vincent Peillon, a discrètement exfiltré les ABCD, en promettant l’instauration d’un plan «plus ambitieux». Le nouveau plan l'est effectivement, d’un certain point de vue, puisqu’il est généralisé à toutes les académies, et à tous les niveaux de scolarité. Mais il ne comprend plus le mot «genre», objet de tant de malentendus, ni les exercices proposés aux enseignants. On peut considérer que grâce à lui, l’essentiel a été conservé, tout en corrigeant le tir d’une communication mal ficelée… ou que le nouveau plan ressemble étrangement au statu quo ante, comme l’a fait remarquer Martine Sorti, féministe et inspectrice générale de l'éducation nationale honoraire.

Mais le bilan de Benoît Hamon ne se résume pas à ces ABCD. A l’Assemblée nationale, il a plusieurs fois voté en faveur de textes visant à augmenter les droits des femmes. Il s’est par exemple prononcé en faveur de la suppression du délai de réflexion avant une IVG. Au Parlement européen, l’ex député a de nombreuses fois voté en faveur de résolutions visant à accorder plus de droits aux femmes, comme celle sur les femmes migrantes, sur la situation des femmes dans les conflits armés, sur les femmes et les sciences, le principe de l’égalité de traitement entre femmes et hommes en ce qui concerne l’accès à l’emploi, à la formation et à la promotion professionnelles, le texte de 2008 sur l’égalité entre les femmes et les hommes, etc. 

Le député Européen Benoît Hamon le 29 octobre 2008 à Villemur. REMY GABALDA / AFP

Les bons points et les idées originales du programme  

 

1.De l’hébergement spécialisé pour les victimes de violence

Benoît Hamon est le seul à le proposer sous cette forme: pour lutter contre les violences faites aux femmes, il veut que les victimes soient accueillies dans des structures spécialisées, comme le demande l’association Une femme un toit, et pas simplement augmenter l’hébergement d’urgence, comme le propose par exemple son concurrent François Fillon. «Ce sont des places sécurisées», nous confirme sa porte-parole Laura Slimani, qui explique que dans ces structures, il y aura une organisation mise en place pour que les ex-conjoints violents ne puissent y accéder, un «accompagnement psychologique» spécifique ainsi qu’un «accompagnement à l’emploi».

Visite ce soir de @assoFIT,centre d'hébergement pour les femmes victimes de violences:remarquable travail d'aide, de prise en charge #8mars pic.twitter.com/wZsNKjaxxT

— Benoît Hamon (@benoithamon) 8 mars 2017

2.«Faire honte» aux entreprises et mieux les contrôler

Comme Emmanuel Macron, Benoît Hamon veut publier la liste des entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, pour leur faire «honte», une pratique qu’on appelle le «name and shame». Sa porte-parole reconnaît néanmoins que la mesure n’aura pas le même effet sur les grosses entreprises que sur les petites, que le public connaît moins. Aussi rappelle-t-elle qu’est associé à ce dispositif un renforcement des contrôles, via une «brigade des discriminations». Et là, chapeau: Benoît Hamon est le seul à promettre clairement plus de moyens et notamment «plus d’inspecteurs du travail». Contrairement à son concurrent d’En marche, par exemple, qui veut associer le Défenseur des droits aux contrôles, sans dire s’il va en même temps augmenter ses moyens en personnel, ce qui semble peu probable, puisqu’il a promis par ailleurs la suppression de 120.000 postes de fonctionnaires.

3.Revaloriser les salaires des métiers non-mixtes

C’est un point essentiel des inégalités de salaire entre femmes et hommes. Pour gommer ces inégalités, il ne suffit pas de vouloir que les femmes obtiennent les mêmes salaires que les hommes «à poste égal». Tout simplement parce que seulement 17% des emplois sont mixtes! Il existe de nombreux secteurs où il n’y a quasiment que des femmes, et ces secteurs paient souvent beaucoup moins que dans les secteurs où il n’y a que des hommes. Au nom de quoi une auxiliaire petite enfance titulaire d’un CAP petite enfance serait-elle beaucoup moins payée (1200 à 1300 euros net en moyenne) qu’un carreleur mosaïste, lui aussi titulaire d’un CAP (1800 nets en moyenne)?

Pas facile de répondre à ce problème, car il faut regarder métier par métier. Mais la problématique est dans le viseur de Benoît Hamon, qui explique dans son programme vouloir mobiliser les partenaires sociaux pour «aboutir à des accords revalorisant les métiers majoritairement occupés par les femmes». Sa porte-parole nous donne quelques détails supplémentaires:

«Nous ferons une conférence sociale sur cette question, en demandant aux partenaires sociaux de faire des grilles. Et nous demanderons dans les grilles des métiers que les compétences qui sont plus présentes dans les métiers féminins, comme les compétences communicationnelles, soient mieux valorisées.»

 

Claire et Martine, ouvrières dans le bâtiment pour Ocre, une entreprise féminine de BTP de Marseille, le 21 février 2006. GERARD JULIEN / AFP

Les points d’interrogation

 

1.Des doutes sur l’impact du revenu universel sur les femmes…

 

«Il n’y a qu’un pas de l’allocation universelle (en principe ouverte à tous) au salaire maternel (qui confine les femmes au foyer)», écrivaient en 2000 les économistes Anne Eydoux et Rachel Silvera. 17 ans plus tard, et tant que les salaires des hommes et des femmes et leurs rôles ne sont pas égaux, cette affirmation reste vraie. Car face à des conjoints parfois très «traditionnels», qui gagnent plus qu’elles et ne souhaitent guère les voir s’émanciper, des femmes, et surtout celles qui ont des petits salaires, sont soumises à un dilemme contraint, plus qu’à un véritable choix: rester à la maison pour «s’occuper des enfants» ou travailler pour ne gagner qu’un tout petit peu plus, et devoir payer un baby-sitter ou une crèche? Et ce d’autant plus qu’elles reçoivent des aides abondantes en ne travaillant pas. «Si l'idée de développer des activités bénévoles, associatives, et citoyennes part d’une bonne intention, les résultats d’un tel redéploiement risquent d’être décevants et de renforcer la division sexuée dans la sphère domestique», écrivent les économistes. Au Canada, les femmes ont été trois fois plus nombreuses que les hommes à arrêter de travailler avec le revenu universel...

Un risque dont Laura Slimani est consciente: «Comme c’est une mesure nouvelle, on ne peut pas en prédire les effets certains. Il faudra les suivre», dit-elle, en ajoutant que le revenu universel ne peut être «la solution à tout», et qu’il faudra aussi «mener une politique de lutte contre la précarité au travail», et «surcotiser les contrats à temps partiel». Mais l’ex-présidente du Mouvement des jeunes socialistes se veut confiante, et apporte une précision: puisque le revenu universel est individualisé, il réduira la dépendance financière des femmes par rapport au RSA, versé à la personne référente du foyer, c’est-à-dire quasiment toujours à l’homme


 

2.Du flou sur les sanctions concernant la parité en politique

Comme d’autres candidats, Benoît Hamon veut «augmenter les amendes infligées aux partis en cas de non-respect» de la parité. Mais il n’est pas plus clair sur le montant de ces sanctions que son concurrent Emmanuel Macron. «Il faut arriver à un montant significatif. Je ne peux pas vous dire de combien», nous répond sa porte-parole. Par ailleurs, comme le souligne Osez le féminisme, «au-delà de l’assemblée nationale, de nombreux problèmes subsistent, dans les exécutifs des collectivités territoriales, et dans les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI)». Et Benoît Hamon n'en dit rien. A noter quand même que le candidat propose une pénalité pondérée quand les candidates sont placées dans des circonscriptions difficilement gagnables, une innovation.

Slate.fr explore le programme, les déclarations et le bilan des candidats à la présidentielle, sous le prisme de l’égalité femmes-hommes. Déjà publiés: À quel point Macron est-il féministe? ; Les mesures de François Fillon vont précariser les femmes.

Aude Lorriaux
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Journaliste
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