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Que pensent les scientifiques de l'Intelligence artificielle dans les films hollywoodiens?

Repéré par Galaad Wilgos, mis à jour le 01.04.2017 à 9 h 26

Repéré sur Scientific American

Le magazine Scientific American a interrogé plusieurs spécialistes pour avoir leur avis.

Rutger Hauer dans Blade Runner, interprétant le monologue final de Roy le Replicant, un robot intelligent qui refuse l'esclavage des hommes / Copyright Warner Bros. France

Rutger Hauer dans Blade Runner, interprétant le monologue final de Roy le Replicant, un robot intelligent qui refuse l'esclavage des hommes / Copyright Warner Bros. France

L’Intelligence artificielle est probablement l’un des sujets les plus rebattus par le cinéma hollywoodien de science-fiction. Et ce depuis quelques décennies déjà. De 2001, l’Odyssée de l’espace (1968) à Matrix (1999) en passant par Terminator (1984), ces machines futuristes sont rarement présentées de manière positive, bienveillante ou même simplement neutre. Il est vrai que les univers dépeints se rapprochent généralement de la dystopie, et mettent en scène un monde sombre où la technologie a pris le pas sur l’homme, que ce soit en cherchant à le tuer comme dans Terminator, ou à le hacker comme dans le tout récent Ghost in the shell (2017). 

Cette vision de l'intelligence artificielle «est souvent divertissante, généralement pessimiste et rarement réaliste», selon le magazine Scientific American, qui a, pour cette raison, décidé de demander aux experts leur avis sur la production hollywoodienne.


Pour Brian David Johnson, professeur à l’Arizona State University’s School for the Future of Innovation in Society, les trames narratives peuvent être synthétisées très sommairement en: «une fois que vous créez quelque chose de conscient, cette chose se soulève et vous tue». Or, ce qui l’intéresse, ce sont les films qui prennent justement le contrepieds de cette tendance: Robot and Frank (2012) par exemple, dans lequel un vieux prend un robot soigneur et part cambrioler avec. Her (2014) aussi, qui parle d’une IA consciente (sans l’aspect robotique) mais qui ne tue personne –elle préfère «rompre avec nous et passer à autre chose».

Tuomas Sandholm, créateur du Carnegie Mellon’s Libratus (l’IA qui a récemment battu quatre joueurs de poker professionnels), voit par ailleurs dans le film de Spike Jonze avec Joaquin Phoenix et Scarlett Johansson en OS une illustration éloquente la tristesse de la solitude humaine dans un monde peuplé de machines (déjà en cours en Chine avec les chatbots).

Une image plus complexe

AI, Intelligence Artificielle (2001) de Spielberg, qui dépeint un monde dans lequel les robots ont gagné une place substantielle dans le fonctionnement de la société, a été aussi cité plusieurs fois. Selon Selmer Bringsjord, directeur du Rensselaer Polytechnic Institute’s Rensselaer AI and Reasoning Laboratory, nous allons vers une époque où les IA auront un comportement impossible à distinguer des êtres humains, comme les Replicants dans Blade Runner.

Or, à ses yeux, peu de films ont atteint ce degré de prescience sur le futur de l’IA, si ce n’est A.I. Intelligence Artificielle. Timothy Persons, directeur scientifique de l’U.S. Government Accountability Office, y voit quant à lui une mise en scène troublante sur l’empathie que peut éprouver un robot, sa compréhension de nos émotions, ainsi que notre capacité à l’aimer et avoir de l’affection en retour.

Daniela Rus, directrice du Massachusetts Institute of Technology’s Computer Science and Artificial Intelligence Lab (CSAIL), se pose quant à elle la question de savoir ce que cela ferait de pouvoir «reprogrammer» le cerveau, rajouter ou enlever de la mémoire –notamment des traumatismes précédents. Sujets très justement traités, selon elle, par Eternal Sunshine of Spotless Mind (2004) de Michel Gondry, «histoire visionnaire» selon ses dires, qui l’ont inspiré dans ses réflexions sur ces sujets, et notamment sur la nature de la mémoire.


Aux yeux de Stuart Russell, enfin, directeur à l’University of California, Berkeley’s Center for Human-Compatible Artificial Intelligence, ce qui est intéressant dans les films qu’il aime c’est qu’ils permettent d’illustrer l’importance d’une différenciation entre les robots et les hommes. Dans Interstellar, TARS est justement un robot qui ne ressemble en rien à un homme, là où dans Ex Machina c’est l’inverse –or l’on sait qu’un être humain a des réactions conditionnées par l’apparence anthropomorphique d’une machine. 

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