Science & santé

Pourquoi jure-t-on plus facilement dans une autre langue?

Repéré par Galaad Wilgos, mis à jour le 29.03.2017 à 10 h 57

Repéré sur The Guardian

Une doctorante finlandaise de l'université de Glasgow a approfondi le sujet.

Un manifestant fait un doigt d'honneur en face de la Maison Blanche, le 4 septembre 2014 / SAUL LOEB / AFP

Un manifestant fait un doigt d'honneur en face de la Maison Blanche, le 4 septembre 2014 / SAUL LOEB / AFP

Qui n’a jamais ressenti une espèce de libération grisante en allant à l’étranger à s'exprimer dans une autre langue? Comme si on était moins émotionnellement impliqué dans le choix des mots prononcés. Ce phénomène que l’on nomme en jargon scientifique «résonance émotionnelle réduite de la langue» a été étudié de plus près par la doctorante Wilhelmiina Toivo, en se basant sur son expérience d’étrangère bilingue.

Elle raconte ainsi, dans une tribune pour le Guardian, qu’éduquée de manière libérale en Finlande mais avec une condamnation du langage injurieux, elle n’a jamais été à l’aise avec les jurons. Puis, tout a changé:

«Quand j’ai emménagé pour la première fois en Écosse, j’ai remarqué que c’était en réalité très facile de jurer en anglais. Autre détail intéressant: j’ai trouvé aussi plus facile de parler à mes colocataires de sujets qui me semblaient beaucoup trop intimes pour en parler dans ma langue maternelle.»

Rien à voir, pourtant, avec la désinhibition des milieux estudiantins. Il s’agirait d’un phénomène plus profond qui touche tous ceux qui vivent dans des contextes de multilinguisme:

«Beaucoup de bilingues remarquent “moins ressentir les choses” dans leur seconde langue. Se sentir moins connecté émotionnellement pourrait rendre plus facile l’utilisation d’un vocabulaire très émotionnel, ce qui est précisément ce que je vivais avec ma facilité à jurer et à parler de sujets sensibles en anglais.»

C’est un sujet étudié en long et en large, mais de nombreuses questions spécifiques n’ont pas encore été répondues, affirme-t-elle. Elle a donc consacré son travail à ces dernières, notamment: pourquoi une seconde langue est-elle moins émotionnelle? Comment cela impacte-t-il les communités d’immigrés?

Bonus et malus du bilinguisme

Son projet utilise une technologie eye-tracker pour mesurer la réponse des pupilles des bilingues à des mots émotionnels en anglais. En effet, lorsqu’on leur montre des mots ou des images très émotionnelles, les pupilles des gens se dilatent de manière incontrôlée. Or, les recherches précédentes ont montré que l’effet est plus petit dans une langue étrangère, suggérant une résonance émotionnelle réduite.

«Même si vos compétences linguistiques sont plus qu’adéquates [pour tenir une conversation], ne pas être capable de structurer tout votre environnement au travers de la langue peut vous donner l’impression d’être aliéné; de ne pas faire partie de la société dans laquelle vous vivez. Ou peut-être êtes-vous perçu comme désagréable ou socialement maladroit pour avoir utiliser les mauvais mots dans le mauvais contexte émotionnel.»

Mais tout n’est pas négatif, car les bilingues peuvent bénéficier de cette distance. Ils ont tendance à prendre plus de décisions rationnelles dans leur seconde langue. De même, ce phénomène peut être utilisé dans le cadre de thérapies pour résoudre des difficultés émotionnelles ou des expériences traumatisantes.

Dans un monde globalisé, où l’on étude plus souvent à l’étranger, où l’on voyage plus souvent, où l’immigration a pris une place plus importante et où le nombre de polyglottes ne cesse de grimper, il est important de comprendre ces aspects.

«La langue est tellement plus qu’un simple outil de communication, conclut Wilhelmiina Toivo. C’est une manière de comprendre le monde autour de nous, de définir notre réalité et ce que signifie être un humain.»

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