EconomieMonde

La fin du laxisme-béninisme

Pierre Malet, mis à jour le 10.12.2009 à 15 h 25

Alors que le mur de Berlin tombait, le Bénin abandonnait le communisme. Il est aujourd'hui un pays exemplaire sur le plan démocratique

Et si en 1989, tout avait commencé au Bénin: le début de la chute des régimes communistes. Cela aurait pu débuter dans ce petit pays d'Afrique de l'ouest sans que presque personne ne s'en rende compte. Car cette nation de six millions d'habitants, coincée entre le grand Nigeria et le petit Togo, est loin d'être un poids lourd géopolitique. Dépourvue de ressources naturelles, cette ex-colonie française, qui n'a jamais connu de guerre civile, fait rarement la une des journaux. Et pourtant, au même moment qu'en RDA, le régime marxiste léniniste du président Mathieu Kérékou s'est effondré comme un château de cartes à la fin de l'année 1989.

Le quotidien Le Bénin Aujourd'hui souligne l'importance de cette révolution de velours: «Il s'avère capital de faire remarquer que le Bénin a abandonné son idéologie marxiste-léniniste ou ce qu'il était convenu d'appeler plus exactement le «laxisme-béninisme» presque au même moment que la RDA en 1989. Et cela après que le parti-état, le Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB) avait été contraint de se saborder sous l'effet conjugué de la crise économique et de la pression populaire.»

Avant de s'écrouler brutalement, ce régime marxiste-léniniste avait fait preuve d'une belle vitalité. Ainsi en 1977, il avait repoussé une tentative de coup d'état du mercenaire français Bob Denard. Ses troupes avaient dû fuir après avoir perdu plusieurs hommes dans des combats farouches. La même année, Mathieu Kérékou, un militaire putschiste avait débaptisé le Dahomey (nom hérité de la colonisation) pour transformer son pays en Bénin.

Marxisme tropical

Et la doctrine marxiste-léniniste était enseignée par des professeurs venus d'Allemagne de l'Est  et de Russie. Mais elle s'est vite tropicalisée. «Les Béninois sont de grands libertaires. Ils n'acceptaient pas qu'on leur confisque la liberté de parole. Et puis économiquement, ça ne marchait pas» explique Alain Houssou, enseignant béninois.

Le Président lui-même, Mathieu Kérékou, militaire de carrière,  ne semblait guère convaincu par cette doctrine. Surnommé le «caméléon», Kérékou s'est par la suite converti aux mérites de la démocratie. Il a été le premier président «démocratiquement élu» de l'après marxisme-léninisme. Puis il a accepté l'alternance avant de revenir au pouvoir après une nouvelle victoire électorale.

Entre temps, le «caméléon» avait aussi changé de religion; il était passé du camp du «marxisme- léninisme» à celui des églises évangéliques, influencées par les Etats-unis. Très pragmatique, Kérékou a accepté d'abandonner l'idéologie marxiste-léniniste dès qu'il a senti le vent de l'histoire tourner. Et a constaté le ras le bol des populations locales. Après dix sept ans de régime marxiste, la situation économique était devenue désastreuse. Les Béninois riches avaient placé tout leur argent chez les «voisins capitalistes», à savoir les Togolais.

Les adieux au vieux chauve à barbichette

Quelques mois plus tard, en 1990, Mathieu Kérékou, là aussi sous la pression populaire, a organisé une transition démocratique. Son revirement politique a marqué les esprits. On se souvient encore à Cotonou, la capitale économique, des Russes déboulonnant nuitamment la statue de Lénine, Place Lénine, pour la renvoyer à Moscou. Non sans se faire aider dans leur tâche et même escorter jusqu'au port de Cotonou par une foule de curieux constituée en majorité de «Zémidjan» (Conducteurs de taxis-motos, le moyen de transport le plus répandu à Cotonou).

Avec le départ de Lénine —le «Vieux chauve à la barbichette» comme aimaient à l'appeler les Béninois— disparaissait l'un des symboles forts du régime du général Mathieu Kérékou qui, dix sept ans durant, aura terrorisé les Béninois. Disparaissaient aussi sa police politique et son «goulag version tropicale», en l'occurrence la tristement célèbre prison de Ségbana dans le nord du pays.

Comme si le marxisme-léninisme était fondé sur des symboles destinés à marquer les esprits, resteront tout de même des survivances de cette époque comme la Place des martyrs, la Place de l'Etoile rouge. Et surtout la Place Bulgarie où trône encore une statue que les Béninois ont baptisée affectueusement «Papa Bulgarie».

Premier pays africain à avoir abandonner cette doctrine en 1989, le Bénin fut aussi l'un des «pionniers» dans le domaine de l'ouverture politique. C'est l'un des premiers pays d'Afrique francophone à avoir réussi sa  transition démocratique. Aujourd'hui, vingt ans après, c'est toujours un modèle démocratique en Afrique francophone. Il a connu plusieurs alternances pacifiques. Sa presse est l'une des plus libres du continent. Les droits de l'homme sont respectés à Cotonou comme dans le reste du pays.

Longtemps brocardé pour son «laxinisme-béninisme», ce pays est devenu l'un des modèles politiques de l'Afrique. Il démontre que l'ancrage démocratique n'est pas une chimère en Afrique. Même dans l'un des pays les plus pauvres du continent.

Pierre Malet

Image de une: Flickr, Ouidah, Benin

Pierre Malet
Pierre Malet (91 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte