France

La folle campagne de François Fillon, en graphiques

Sophie Gindensperger, mis à jour le 01.04.2017 à 11 h 26

Retour sur sur les deux derniers mois légèrement compliqués du candidat Les Républicains.

DataYolo

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C’était il y a à peine plus de deux mois. Le 14 janvier dernier, François Fillon, candidat victorieux inattendu de la primaire de droite avec 66,5% des suffrages, est officiellement investi par son parti. Le favori des sondages savoure alors sa position confortable et son image de réformateur honnête, austère mais sobre, au combat sincère.

Ce fier aplomb est de courte durée. Le 25 janvier, c'est la panique: Le Canard enchaîné sort ses premières révélations. L’hebdomadaire satirique assure que l’épouse du candidat a été remunérée pour un travail d’attachée parlementaire entre 1998 et 2007, pour 500.000 euros brut au total. Employer sa femme à l’assemblée n’est pas illégal. Sauf que la réalité du travail fourni semble compliquée à démontrer. Par ailleurs, de mai 2012 à décembre 2013, elle aurait aussi reçu 5.000 euros brut par mois de la Revue des deux mondes, dirigée par un ami de François Fillon, Marc Ladreit de Lacharrière, pour un travail dont la réalité, là aussi,  est mise en doute.  

Le parquet national financier (PNF), soupçonnant des emplois fictifs, ouvre alors une enquête préliminaire pour  «détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits». Et ce n’est que le début d’une longue série de révélations, qui minent depuis la campagne du président LR, étiolant ses soutiens et sa cote de popularité.


Nouvelle semaine, nouvelles révélations. Le 1er février, le Canard enchaîné écrit que Penelope Fillon a touché au total 900 000 euros brut: 831.440 euros brut comme assistante parlementaire sur différentes périodes entre 1988 et 2013, ainsi que 100.000 € à la Revue des deux mondes pour la période mai 2012-décembre 2013. Deux des enfants du couples ont par ailleurs été rémunérés comme assistants parlementaires entre 2005 et 2007 et auraient perçu 84.000 euros brut.

Le lendemain, sur France 2, l’émission «Envoyé spécial» diffuse des extraits vidéo d’une interview accordée en 2007 au journal britannique Daily Telegraph, dans laquelle Penelope Fillon explique n’avoir «jamais été l’assistante» de son mari. Le 7 février, le Canard révèle encore que Penelope Fillon a touché 45.000 euros d’indemnités de licenciement payées par l’Assemblée nationale.

Des excuses au complot, la trumpisation du disours de Fillon

Après un premier déminage infructueux tenté au 20 heures de TF1 dès le lendemain de la sortie du Canard enchaîné, François Fillon présente le 6 février ses excuses aux Français, mais assure que tout était légal et qu’il n’y aura pas de plan B quant à sa candidature. Gage de sa sincérité, sa déclaration de patrimoine est mise en ligne. Sauf qu'il en profite aussi pour déformer les propos de la journaliste du Daily Telegraph, qui s'en offusque sur Twitter.

Pendant ce temps-là, l'enqupete continue. Et quand le parquet national financier, dont le candidat met la compétence juridique en doute, passe la main à un juge d'instruction, la mise en examen commence à se rapprocher.

Le premier mars, le candidat tente alors une contre-attaque: il annule sa visite à haut risque attendue au Salon de l’agriculture, et improvise une conférence de presse pour annoncer sa prochaine convocation devant les juges en vue d'une mise en examen et annonce: «Je ne céderai pas, je ne me rendrai pas, je ne me retirerai pas.» Ses soutiens, eux, ne sont pas aussi certains, et commencent vite à alimenter le compteur des lâcheurs de Fillon lancé par le journal Libération.

Pour tenter de reprendre la main, l'équipe de François Fillon tente d'allumer des contre-feux sur le thème du complot, en commençant par dénoncer un «acharnement médiatique».

Lui-même a ensuite parlé d’«assassinat politique», avant d’aller un cran plus loin et, le jeudi 23 mars sur France 2, évoquer un «cabinet noir», «une officine» au service de François Hollande qui agirait en secret pour le mener à sa perte.

Samedi dernier, enfin, il a estimé être «sur écoute». Des déclarations qui en rappellent d’autres, de l’autre côté de l’Atlantique. «C’est dur à tenir car, pour beaucoup, on s’est engagés derrière FIllon pour défendre ses convictions de gaulliste social, dans la lignée de Séguin, et là on se retrouve à suivre Trump», déclarait d’ailleurs au Monde un membre de l’équipe Fillon, en porte-à-faux avec cette stratégie.  

Le temps des cadeaux

Le 11 mars, c’est le Journal du dimanche qui assure que depuis 2012, l’ancien Premier ministre se serait fait offrir pour près de 48.500 euros de vêtements dans la boutique Armys où il s’habille depuis des années. Le généreux donateur, révèle Le Monde, est l’avocat et pilier des réseaux de la «Françafrique» Robert Bourgi. Quelques jours après, l’enquête a été étendue aux conditions dans lesquelles ces constumes lui ont été offerts. Côté sondages, la dynamique ne va pas vraiment dans le sens du candidat de droite.

Le 14 mars, François Fillon est  mis en examen pour «détournement de fonds publics», «complicité et recel de détournement de fonds publics», «complicité et recel d’abus de biens sociaux» et «manquement aux obligations déclaratives».  

Le 20 mars, lors du Grand Débat organisé par TF1 face à quatre autres candidats, François Fillon apparaît en retrait.  

Dans son éditions du 22 mars, le Canard écrit cette fois que Fillon aurait touché 50.000 dollars, par le biais de sa société de conseil, d'un industriel libanais pour lui présenter le président russe Vladimir Poutine et le PDG de Total.

Tandis que le volet des emplois fictifs supposés de son épouse et ses enfants suit son cours, avec notamment l'extension de l'information judiciaire aux suspicions d'«escroquerie aggravée», de «faux et usage de faux» après la saisie de documents à l'Assemblée nationale, s'ajoutent les révélations sur les cadeaux faits à l’homme politique par de puissants hommes d’affaires, loin de l’image d’austérité sobre que le candidat s’était construite jusque là. Costumes, montres, vacances… Des cadeaux désintéressés, assure le candidat.

Sans compter un déjeuner aux frais de la princesse: selon Closer, François Fillon aurait filé fissa après un déjeuner avec des journalistes, en leur laissant payer l'addition. Et le chemin de croix n'est sans doute pas fini.

Sophie Gindensperger
Sophie Gindensperger (13 articles)
Journaliste indépendante, elle a travaillé à arretsurimages.net et à Libération, où elle a notamment cofondé le P'tit Libé.
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