France

La présidentielle? Et alors?

Temps de lecture : 2 min

«Et alors?», ou la formule qui symbolise le mieux la campagne électorale pour l'Élysée.

You only YOLO once. RJ via Flickr CC License by.
You only YOLO once. RJ via Flickr CC License by.

«Et alors?»

Désormais, à chaque fois qu'une information gênante sort sur la campagne de François Fillon, il y a un petit malin pour la poster sur Twitter en la faisant précéder de cette expression, employée par le candidat lui-même lors de l'affaire des costumes: «Et alors?» La formule qui symbolise le mieux cette campagne présidentielle 2017: le dictionnaire m'apprend qu'elle «indique une indifférence à la logique de l’interlocuteur», on ne saurait mieux résumer.

Un candidat qui, après avoir lancé durant sa campagne «Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen?», après avoir dit qu'il se retirerait s'il était lui-même mis en examen, l'est et se maintient. Et alors?

Un candidat (le même) qui dénonce un «cabinet noir» mis en place par le président de la République en exercice, président tellement machiavélique qu'il n'a même pas réussi à être candidat à sa propre succession. Et alors?

Une candidate «tête haute et mains propres» qui refuse de déférer à la convocation d'un juge. Et alors?

Une candidate (la même) qui, lors d'une récente perquisition, «coince son téléphone portable dans son décolleté de manière qu’il puisse toujours filmer et demande en souriant aux policiers si on viendra le chercher». Et alors?

Une candidate (toujours la même) qui s'affiche en compagnie d'un chef d'État étranger dont on sait que son pays donne dans la manipulation électorale. Et alors?

Un ex-Premier ministre qui annonce qu'il ne votera pas pour le candidat issu des primaires de son propre parti, primaires auxquelles il a participé s'engageant à rallier le vainqueur. Et alors?

Un président qui pourrait ne pas voter pour le candidat issu de son propre parti, parti qu'il a dirigé pendant onze ans, imité en cela par son ministre de la Défense, président d'une région gagnée grâce au travail des militants du même parti. Et alors?

Un favori de l'élection qui, après un parcours brillant dans les plus hautes sphères (ENA, inspection des finances, banque d'affaires, cabinet élyséen, ministre de l'Économie) se présente parfois comme «anti-système». Et alors?

Un favori de l'élection (le même) qui est censé symboliser le renouvellement politique mais qui reçoit aussi le soutien d'une des dynasties les plus contestées de la politique parisienne. Et alors?

Deux formations historiques de la gauche qui se retrouvent à un niveau de faiblesse (25% combinés) leur interdisant l'accès au second tour, mais qui échouent à faire candidature commune. Et alors?

L'ennui, évidemment, c'est que ce «Et alors?» est contagieux. Selon les derniers sondages, à peine deux tiers des Français seraient certains d'aller voter le 23 avril.

Ce texte est paru dans notre newsletter hebdomadaire consacrée à la crise de la démocratie. Pour vous abonner, c'est ici. Pour la lire en entier:

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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