Economie

Vos retraites mises à mal par la crise

Gérard Horny, mis à jour le 10.12.2009 à 6 h 49

D'un côté, la crise financière a durement touché les fonds de pension, de l'autre, la crise économique coûte cher aux régimes par répartition.

Certains chiffres font peur. En raison de la chute des marchés d'actions, la valeur des actifs des fonds de pension a baissé de 23% en 2008 en moyenne dans les pays de l'OCDE. Dans certains pays, la situation est encore beaucoup plus grave. Ainsi, en Irlande, où la plus grande partie (les deux tiers environ) de ces fonds était investie en actions, la perte s'est établie à 37,5%. De quoi donner quelques angoisses aux retraités ou futurs retraités et renforcer l'attachement des Français à leurs régimes par répartition. Mais cela ne doit pas faire oublier que la sécurité de ces derniers régimes a un coût et que leur équilibre à long terme est loin d'être assuré. Si un système n'avait que des défauts et l'autre que des qualités, les choix à effectuer pour l'avenir seraient d'une merveilleuse simplicité. Ce n'est pas vraiment le cas.

La crise fournit une excellente occasion de voir, concrètement, comment les différents régimes de retraite encaissent une récession. La plupart des indications chiffrées qui suivent ont été fournies lors d'un colloque organisé le 3 décembre à Paris par le Conseil d'Orientation des retraites, leur interprétation est strictement personnelle.

Première question à se poser: la situation est-elle vraiment dramatique pour les Américains, les Anglais, les Australiens, bref pour tous ceux qui constituent leur retraite par le biais des fonds de pension? La réponse est plus nuancée que la chute des indices boursiers ne le laisserait penser. D'abord, on l'oublie un peu trop souvent ici, même dans pays à économie libérale comme les Etats-Unis, il existe un régime de retraite public. Selon les données les plus récentes de l'OCDE, il n'y a qu'un seul pays où le pourcentage des revenus des retraités provenant de l'épargne privée dépasse 50% du revenu total, c'est le Canada, à 50,6 %. Ensuite viennent les Pays-Bas, à 46,5%, les Etats-Unis, à 45,1%, etc..., la moyenne OCDE se situant à 19,5%. Autrement dit, dans les trente pays membres de l'organisation, les quatre cinquièmes des revenus des retraités proviennent de régimes publics.

Ensuite, il importe de voir quel est concrètement l'impact de la crise financière sur la situation des retraités ou futurs retraités. Là encore, la réponse est plus nuancée qu'on ne le croit généralement. Les plus touchés sont les retraités ayant gardé le capital accumulé sans avoir encore opté pour une sortie en rente, surtout si les fonds étaient investis majoritairement en actifs en risques. Mais la majorité des retraités a déjà opté pour le versement d'une rente et n'est pas concernée. L'autre catégorie la plus durement éprouvée est celle des personnes en fin de carrière qui ont vu la valeur de leur capital s'effondrer brutalement et n'auront pas le temps de reconstituer leur épargne avant de prendre leur retraite. Mais on peut noter que le fort rebond des marchés à partir du mois de mars a déjà permis de regagner une partie non négligeable du terrain perdu. Enfin, il faut signaler que certains fonds à prestations définies (par opposition aux fonds à cotisations définies) se sont heurtés à des problèmes de solvabilité; dans ce cas, le retour à l'équilibre implique nécessairement une baisse des prestations, c'est-à-dire des rentes. La crise n'a fait qu'accélérer la disparition progressive de ce type de fonds, jugés trop coûteux pour les entreprises.

Si les difficultés des fonds de pension sont loin de ressembler au cataclysme parfois décrit, il n'en demeure pas moins vrai que les régimes de retraite publics par répartition semblent constituer en comparaison un havre de paix. Cette impression est trompeuse. Ces régimes ont évidemment pu traverser la crise financière sans encombre, mais ils ont été rejoints par la crise économique. Un chômage en hausse, des hausses de salaires plus faibles, c'est moins de cotisations. En France, la branche retraite de la Sécurité sociale a pu enregistrer un léger excédent jusqu'en 2004; mais, depuis, elle s'enfonce dans le rouge. Le déficit risque de dépasser 10 milliards d'euros en 2010 et d'augmenter encore ensuite. Car, si la crise a coûté environ 5 milliards au régime général, le déficit devient structurel.

Face au départ à la retraite des générations du baby boom et à l'allongement de l'espérance de vie, le rapport entre le nombre de bénéficiaires de pensions et celui des cotisants ne cesse de se réduire. Avec plus ou moins d'acuité selon leur situation démographique et leur recours à l'immigration, tous les pays industrialisés sont confrontés au même problème et agissent en puisant dans le même réservoir de solutions: relèvement de l'âge de la retraite, hausse des cotisations, baisse des prestations.

La rapidité avec laquelle se succèdent les crises financières (déjà deux en moins de dix ans) laisse penser que la sauvegarde des régimes par répartition est indispensable pour garantir une certaine sécurité aux retraités et assurer une certaine justice sociale. On remarque d'ailleurs que l'OCDE, après avoir milité pour le développement des régimes privés en capitalisation, défend aujourd'hui l'idée que «la meilleure méthode pour les individus et les gouvernements est de panacher les sources de revenu au titre de la retraite». Pourtant, même si la retraite publique par répartition doit être la base, l'épargne privée en vue de la retraite est indispensable, sauf à exiger des jeunes qu'ils cotisent à des niveaux  aberrants pour entretenir leurs aînés. Cela suppose qu'au niveau mondial on fasse quelques progrès en matière de stabilité financière...

Gérard Horny

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Image de Une: Reuters

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