France

Les cinq handicaps qui plombent la candidature de Benoît Hamon

Eric Dupin, mis à jour le 28.03.2017 à 10 h 46

Doublé par Mélenchon, en perte de vitesse dans les sondages, Hamon cumule cinq handicaps: avoir été désigné tardivement, bénéficier assez peu de la primaire, souffrir de la division de son parti comme des contradictions de sa ligne, enfin affronter de vives concurrences électorales.

GUILLAUME SOUVANT / AFP

GUILLAUME SOUVANT / AFP

À moins d'un mois du premier tour de l'élection présidentielle, la candidature de Benoît Hamon est en grand danger de marginalisation. Les sondages réalisés en continu par l'Ifop et OpinionWay indiquent que le candidat socialiste a été doublé, la semaine dernière, par Jean-Luc Mélenchon. Et cela quelques jours seulement après avoir abattu deux cartes maîtresses de sa campagne: la présentation détaillée de son projet, le 16 mars, puis son meeting national, pourtant réussi, de Paris Bercy le 19 mars.

Hamon est en nette perte de vitesse chez tous les instituts de sondage. Les dernières mesures le jaugent entre 10,5% et 11,5% d'intentions de vote au demeurant fragiles. Une forte proportion de ses électeurs peuvent encore changer d'avis.

Le spectre de la présidentielle de 1969 hante dés lors les esprits socialistes. Cette année-là, le candidat de leur parti, Gaston Defferre, n'avait recueilli que 5% des suffrages exprimés. Il avait été victime de la concurrence d'un candidat centriste, Alain Poher (23,3% des voix), qui avait attiré le «vote utile» de ceux qui espéraient une alternance au pouvoir gaulliste...

Hamon a certainement commis quelques erreurs pour en arriver là où il en est. Mais celles-ci compte sans doute moins qu'une série de handicaps structurels qui ont progressivement donné à sa candidature une allure de mission impossible.

Un candidat parti trop tard

La forme d'un candidat est un paramètre à ne pas négliger dans une compétition électorale. Or, si les campagnes sont, par nature, épuisantes, elles se transforment en chemin de croix lorsqu'on est contraint de les enchaîner sans répit.

C'est l'épreuve qu'endure stoïquement Hamon. Le candidat socialiste n'a pas eu le temps de souffler entre sa campagne des primaires et la campagne présidentielle proprement dite. Il est la première victime d'un calendrier concocté par la direction du PS pour servir au mieux les intérêts de François Hollande. Le président sortant entendait descendre éventuellement dans l'arène électorale le plus tard possible.

C'est ainsi que les primaires socialistes se sont déroulées les 22 et 29 janvier, plus de trois mois plus tard que leurs homologues de 2012. Par ce vote, les socialistes ont également désigné leur candidat deux mois après celui des Républicains.

Or, si la nouveauté est un atout dans une compétition primaire, la faible notoriété est un handicap dans la bataille présidentielle. Obligé de tout faire de manière un peu précipitée, Hamon a forcément plus de mal à convaincre, en si peu de temps, de sa stature élyséenne.

Une légitimité électorale biaisée

Face à tous les socialistes qui s'opposent, plus ou moins ouvertement, à sa candidature, Hamon brandit les 2 millions d'électeurs qui ont participé au deuxième tour des «primaires citoyennes» et qui l'ont choisi.

Quantitativement, cette légitimité est toutefois bien moindre que celle du candidat LR. Hamon a recueilli, au final, 1,2 millions de voix contre 2,9 millions pour François Fillon.

Mais, surtout, la primaire organisée par le PS a attiré bon nombre d'électeurs de gauche principalement motivés par le désir de sanctionner le pouvoir sortant. Manuel Valls a fait les frais de ce phénomène. Or, tous ces participants n'avaient pas forcément l'intention de voter socialiste à la présidentielle. On peut imaginer que les plus enragés contre le PS se retrouvent aujourd'hui plus sur le vote Mélenchon tandis que les électeurs de gauche modérés lorgnent du côté d'Emmanuel Macron.

Un parti divisé

La dispersion actuelle du vote socialiste ne peut qu'être accentuée par la division manifeste de ce parti. Jamais le PS n'avait encore donné le spectacle d'une pareille indiscipline.

Ségolène Royal se plaignait, en 2007, du manque d'entrain de ses camarades socialiste à soutenir une campagne «participative» qui les surprenait. Mais le premier secrétaire de l'époque, François Hollande, demeurait fidèle au poste tandis qu'aucun baron du parti ne se permettait d'appuyer un autre candidat.

En 2012, Hollande a même bénéficié de la totale loyauté de Martine Aubry après avoir été rallié par Arnaud Montebourg et Manuel Valls dans l'entre deux tours.

Cette fois-ci, les «trahisons» –pour reprendre l'expression de Hamon lui-même– se multiplient. Toute une série de proches du président sortant (Jean-Yves Le Drian, Jean-Pierre Mignard, Bernard Poignant) ont ouvertement rallié Macron. L'aile droite du PS (Gérard Collomb, Christophe Caresche) a fait de même en invoquant une clause de conscience à l'endroit de l'ancien «frondeur».

Piétinant son engagement de candidat aux primaires, Valls laisse ses amis libres de choisir entre Hamon et Macron tout en disant le plus grand mal de l'orientation politique du premier. Le candidat élu en janvier s'attend même à une prochaine «mise à mort» si l'ancien Premier ministre devait finalement soutenir son ex-ministre de l'Économie...

Une ligne contradictoire

Ce manque de solidarité a des effets d'autant plus délétères que le candidat socialiste est aux prises avec une équation politique difficilement soluble: comment le candidat du parti qui a gouverné pendant cinq ans peut-il défendre une ligne très différentes des choix qui ont été effectués?

Hamon a tenté de surmonter cette contradiction en adaptant son discours et son projet à son nouveau statut de candidat du PS. Il s'est efforcé, ici ou là, de saluer les «acquis» du quinquennat hollandais ou encore de faire applaudir certaines actions du chef de l'État.

Parallèlement, Hamon a arrondi les angles de son projet. Le «revenu d'existence universel» a ainsi perdu de son universalité en devenant un minimum garanti assorti d'un complément pour les revenus modestes.

Tout ceci a un peu brouillé l'horizon du «futur désirable» promis par le candidat. Et Hamon a toujours l'inconvénient de porter une étiquette partidaire honnie par toute une partie de l'électorat de gauche tout en défendant une orientation écolo-socialiste affirmée en profond décalage avec la pratique gouvernementale du PS depuis plusieurs décennies.

Des concurrences vives

Dans ce contexte, la concurrence de candidats qui cherchent à capter l'électorat socialiste est particulièrement dangereuse. Chacun à sa manière, Mélenchon et Macron s'adressent à une fraction de l'électorat du PS avec d'autant plus de succès qu'ils ne sont prisonniers d'aucune formation politique préexistante.

Le leader de la France insoumise attire les électeurs socialistes indignés par la politique droitière du président Hollande. Le candidat En marche! séduit, quant à lui, la composante modérée de l'électorat PS. Entre les deux, Hamon peine à tenir les deux bouts de la chaîne.

Le «vote utile», avec la volonté de l'électorat de gauche d'empêcher une victoire de Marine Le Pen comme de François Fillon, ajoute encore à la difficulté pour le candidat officiel du PS. Au stade actuel, la campagne présidentielle devrait connaître d'importants rebondissements pour qu'il échappe à la malédiction qui le guette. Encore ne peut-on exclure aucune hypothèse dans cette étrange édition 2017 du prix Élysée.

Eric Dupin
Eric Dupin (207 articles)
Journaliste
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