Monde

La ministre de l'intérieur britannique veut un accès aux communications cryptées des terroristes

Repéré par Galaad Wilgos, mis à jour le 27.03.2017 à 17 h 04

Repéré sur Reuters, Bloomberg, Wired

La ministre Amber Rudd a déclaré que les compagnies technologiques devaient plus coopérer avec les forces de l’ordre afin d’arrêter d’offrir aux terroristes des moyens de «communiquer secrètement». En ligne de mire? Le chiffrement de bout en bout offert par certains services de messagerie.

JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Plusieurs journaux ont rapporté les propos incendiaires de la ministre de l’Intérieur britannique Amber Rudd contre les échanges cryptés permis par certains services de messagerie. Depuis que les médias locaux ont découvert que Khalid Masood, le terroriste de l'attaque du Parlement à Londres, avait envoyé, peu de temps avant son attentat, un message crypté via Whatsapp grâce à son système de chiffrement de bout en bout, celle-ci est en effet partie en croisade contre ce système utilisé par quelques compagnies.


Comme le rappellent sur leur blog les co-fondateurs de WhatsApp Jan Koum et Brian Acton, le chiffrement de bout en bout est «une idée simple»:

«Quand vous envoyez un message, la seule personne qui peut le lire est la personne ou le groupe à qui vous l'envoyez. Personne ne peut voir le contenu du message. Aucun cybercriminel. Aucun pirate. Aucun régime oppressif. Pas même nous. Le chiffrement de bout en bout aide à rendre privée la communication via WhatsApp. Un peu comme une conversation en face-à-face.»

Ce procédé est aux yeux de la ministre «inacceptable»:

«Il ne devrait pas y avoir d’endroits où les terroristes peuvent se cacher. On doit s’assurer que des organisations comme WhatsApp, et il y en a plein d’autres comme elle, ne procure pas aux terroristes un endroit secret pour communiquer entre eux.»

Bras de fer mondial

Bloomberg rappelle que depuis les attentats, les ministres du gouvernement n’ont eu de cesse de critiquer les compagnies en ligne pour n’avoir pas pris les mesures nécessaires afin d'endiguer la diffusion des messages de haine. La ministre de l’Intérieur a, en outre, affirmé vouloir tout faire pour donner la possibilité à ses services de s’occuper de situations comme le chiffrement WhatsApp. Certains gouvernement ont déjà pris des mesures allant dans ce sens: WhatsApp a ainsi été bloqué temporairement par le Brésil en décembre 2015, après que l'entreprise a refusé de permettre au gouvernement de voir des communications entre des suspects de trafics de drogue impliqués dans une affaire criminelle.

Mais il semblerait que la Silicon Valley est unie dans un même front contre ces tentatives: WhatsApp a, par exemple, publiquement soutenu Apple dans son affrontement avec le FBI qui voulait débloquer un iPhone qui appartenait à l’un des tireurs du massacre de San Bernardino en décembre.

Comme le note Reuters, tout ceci relance l'éternel débat entre «vie privée» et «sécurité», en particulier depuis que certaines voix ont mis en garde les pays occidentaux qu’ils seraient de plus en plus visés par l’État islamique au fur et à mesure où il perdrait du terrain au Moyen-Orient. De fait, Rudd voudrait que les compagnies reconnaissent leur propre responsabilité et dès lors acceptent de s’entretenir avec le gouvernement, avec les services des forces de l’ordre quand il y a une situation de terrorisme. Mais Brian Paddick, un porte-parole pour les affaires intérieures pour l’opposition Libérale Démocrate, s’interroge:

«La vraie question est: est-ce que l’on aurait pu sauver des vies à Londres la semaine passée si le chiffrement de bout en bout avait été banni? Toutes les preuves suggèrent que la réponse est non.»

Bataille perdue

Enfin, James Temperton, un des rédacteurs en chef du Wired britannique, a récemment publié une lettre ouverte enjoignant la ministre à ne pas aller plus loin dans sa cabale. Inquiet des dérives sécuritaires menaçant les libertés individuelles ainsi que la vie privée, il met en avant le fait que «casser le chiffrement pour un, c'est le casser pour tous». Selon lui, cela serait même dangereux puisqu'à l'inverse d'une lettre que l'on ouvrirait facilement, le chiffrenement ne fonctionne pas de cette manière: 

«Pour casser le chiffrement, les compagnies devraient insécuriser tous les messages envoyés sur leur plateforme et les ouvrir aux interceptions de tout le monde.»

Depuis la mise en place de la Charte de Snooper, devenue loi en novembre 2016, le Royaume-Uni dispose de l'un des pouvoirs les plus intrusifs du monde démocratique. Pourtant, Temperton est sans ambiguïté: 

«Poursuivez WhatsApp et les autres services similaire et vous risquez aussi de tomber dans un jeu dangereux de tape-taupe. Si vous persuadez WhatsApp d'introduire un backdoor, les gens l'utilisant pour planifier des activités criminelles vont simplement bouger vers un autre service. Cassez ce service et ils iront dans un autre. Ce n'est pas une bataille que vous allez gagner.»

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