Monde

L’étrange retour de George W. Bush

Pauline Thompson, mis à jour le 28.03.2017 à 8 h 48

À la faveur d'une campagne promotionnelle pour son dernier livre, George W. Bush enchaîne les plateaux télé et devient soudain un vieux papy sympa.

George W. Bush lors de la promotion de son livre «Portraits of Courage: A Commander in Chief's Tribute to America's Warriors» en Californie, le 1er mars 2017 | Mark RALSTON / AFP

George W. Bush lors de la promotion de son livre «Portraits of Courage: A Commander in Chief's Tribute to America's Warriors» en Californie, le 1er mars 2017 | Mark RALSTON / AFP

George Bush s’ennuyait. Alors il a lu La Peinture, Mon Passe-Temps de Winston Churchill. Et dans la lignée de l’ancien Premier Ministre anglais, héros de la Seconde Guerre Mondiale, il s'est mis à la peinture. L'ex-président des États-Unis a commencé par peindre des chiens, puis ses proches, puis des hommes politiques et enfin des vétérans de l’armée américaine, qu’il tente d’aider par l’intermédiaire de sa fondation. C’est la jolie histoire qu’il raconte depuis quelques semaines en faisant le tour des talk-shows les plus populaires, d'Ellen DeGeneres à Jimmy Kimmel, en passant par Sunday Today. Car il est en pleine promo de son livre d’art: une compilation de portraits de vétérans de l’armée américaine, intitulé Portraits of Courage: A Commander in Chief’s Tribute to America’s Warriors. Les bénéfices iront à son association pour la réinsertion des vétérans dans la vie civile...

Phénomène surréaliste –ce n'est pas le premier de cette année 2017– George W. Bush Jr, le quarante-troisième président des Etats-Unis, est en train de devenir un gentil grand-père qui s’adonne à la peinture et distribue ses petites blagues bien senties sur les plateaux télé.

Faisons un retour en arrière, d’une quinzaine d’année.

Guerre et torture

Ces vétérans n’ont-ils pas été envoyés à la guerre par ce même homme qui tente désormais de peindre leurs mutilations et cicatrices en cherchant son «Rembrandt intérieur»? Cette guerre n’a-t-elle pas été lancée par lui-même, et par son gouvernement, en multipliant les mensonges à la presse, aux chambres des représentants et à l’ONU? Pourquoi le fait que Donald Trump est pire que lui rend-t-il certains médias américains totalement amnésiques?

Lors des interviews, George W. Bush n’oublie jamais de se placer sous le parrainage de Winston Churchill pour expliquer sa soudaine passion pour la peinture. L’ex-Président américain tente ainsi de tenir à distance son image désastreuse de chef militaire de la guerre en Afghanistan et de la seconde guerre en Irak pour se placer aux côtés d'un chef militaire héroïque de la victoire contre le nazisme. Une petite anecdote bien pratique pour se montrer sous un autre jour et qui semble passer crème...

L’émission Sunday Today introduisait ainsi l’interview de George Bush: «Cela fait quinze ans et demi qu’ont eu lieu les attaques du 11-Septembre qui ont défini la présidence de George W. Bush. La réponse des Etats-Unis à cet attentat a coûté la vie à des milliers de soldats américains en Irak et en Afghanistan et en a laissé beaucoup d’autres blessés à vie dans des conflits qui continuent aujourd’hui.»

Cette introduction, tout comme les portraits de Bush, ne laisse aucune place aux centaines de milliers de victimes civiles de ces deux guerres. Mais elle sous-entend en outre un lien direct et prétendument limpide entre les attentats du 11-Septembre et la guerre en Irak. Or on sait depuis bien longtemps qu'il n'y en avait pas. Mais tout se passe ici comme si la confirmation d'absence d'armes de destruction massive en Irak n’avait jamais eu lieu. Pas plus que la  déclassification des notes de Donald Rumsfeld, secrétaire à la défense de Bush, qui a pourtant prouvé que les causes officielles de la guerre n’étaient que des prétextes et que l'administration Bush voulait construire un «momentum» pour rallier l'opinion publique à la guerre.

La nouvelle échelle de Trump

Les mensonges et propos outranciers de l’administration Trump semblent tellement pires que les mensonges, crimes et erreurs de l’administration Bush que celui-ci paraît presque devenir respectable. C'est ce qu'esquissait l’humoriste Aziz Ansari dans son monologue du Saturday Night Live le lendemain de l’inauguration de Trump, en rappelant que pour Donald Trump, l’Islam est une religion fondamentalement haineuse, hostile aux Etats-Unis, quand George Bush, au lendemain des attentats de 2001, notait les principes de paix de l'Islam, et l'importance de respecter la liberté de culte de chacun.

Idem sur la liberté de la presse: parce que l'on s'habitue aux attaques répétées de Trump vis-à-vis des journalistes, le fait que Bush rappelle simplement, entre deux blagues chez Kimmel, que la liberté de la presse est un principe fondamental de la démocratie américaine –c'était il y a encore quelques mois le minimum syndical pour le président d'une démocratie– conduit à le porter aux nues. C'est pourtant bien sous la présidence Bush qu’a été voté le Patriot Act, dont les conséquences pour la liberté d’expression ont été maintes fois décriées.

Sous la présidence d'un homme qui justifie l’usage de la torture, l'image d'un président passé sous lequel l’armée américaine, à Guantanamo ou dans la prison d’Abu Ghraib, a torturé illégalement se voit redorée. 

Normalisation générale

En septembre dernier, l’attitude étrangement décontractée et amicale du présentateur Jimmy Fallon envers Trump lui avait valu une pluie de critiques car il «normalisait» le candidat. Or aujourd’hui tout le monde semble vouloir normaliser Bush, en faire une figure drôle et sympathique, l’éternel maladroit qui ne sait pas mettre son poncho lors de la cérémonie d’inauguration et devient instantanément un meme sur les réseaux sociaux.

Ce phénomène ressemble à la manière dont, en France, la pop culture et les réseaux sociaux se sont emparés de Jacques Chirac, le transformant en papi swaggy et figure du cool, ressortant des tiroirs moult photos vintage du président jeune et oubliant bien vite ses «dérapages»: comme «le bruit et l’odeur», probablement l'un des premiers discours à avoir normalisé les propos du Front National et dont Jean-Marie Le Pen s’était d’ailleurs félicité. Oui Nicolas Sarkozy avait ensuite fait un pas de plus vers la droitisation du discours mais cela n’empêche pas que Jacques Chirac lui avait largement ouvert la voie. Décontextualiser l’image des hommes politiques de leur bilan est un jeu dangereux qui annihile totalement la responsabilité politique, et qui n'est jamais bienvenu, mais moins encore en période de populisme. 

Pauline Thompson
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