Sciences / Santé

Le cancer est-il vraiment de la faute à «pas de chance»?

Temps de lecture : 2 min

Deux ans après la publication d'une étude controversée sur le rôle du hasard dans le cancer, une nouvelle étude en ce sens vient d'être dévoilée dans la revue Science.

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L'hôpital régional d'Apatzingán au Mexique lors de son inauguration en 2015 / PRM via Wikimedia

Il y a deux ans, au début de l'année 2015, une étude secouait la communauté scientifique et médicale. Dans sa présentation, celle-ci rapportait que deux tiers des tumeurs relèveraient de mutations aléatoires dans le corps humain, plutôt que de facteurs environnementaux ou héréditaires. Les critiques sur la méthodologie n'avaient pas tardé à se faire entendre, reprochant à l'étude de ne s'être intéressée qu'à un public américain et d'avoir occulté le cancer les plus nombreux, celui du sein et de la prostate.

Deux ans plus tard, les deux auteurs, Cristian Tomasetti et le très réputé oncologue Bert Vogelstein, accompagnés de Lu Li, persistent et signent. Leur nouvelle étude, publiée dans la revue Science, est allé bien plus loin que la première et a pris compte des critiques qui lui ont été faites. Les deux médecins ont donc scruté et analysé dix-sept types de cancers différents –dont celui du sein et de la prostate– dans soixante-neuf pays différents. Leur conclusion reste inchangée: deux tiers des tumeurs cancéreuses résultent de mutations aléatoires. Dans leur nouvelle étude, cependant, les auteurs ont évité de réutiliser le mot «malchance» («bad luck»).

En moyenne sur tous les cancers étudiés, près de 66% des cancers seraient dûs à des mutations aléatoires, contre 29% provoqués par des facteurs environnementaux (le tabac, la pollution, l'air...) et 5% par l'hérédité. Bien sûr, écrit le Huffington Post, les pourcentages varient selon les types de cancers. Les cancers du poumon, par exemple, sont à 65% liés à l'environnement –le fait de fumer du tabac–, alors que les cancers du cerveau sont, eux, liés à 95% au hasard pur.

Des progrés... et des critiques

La nouvelle étude, bien que plus complète, continue de diviser la communauté scientifique. Dans Le Monde, le journaliste Hervé Morin rapporte les propos de chercheurs qui continuent de pointer des faiblesses dans l'étude. «Si ce cancer était d’origine essentiellement aléatoire, comment expliquer que les Amish en souffrent très nettement moins qu’une population comparable de l’Ohio?», s'interroge alors le quotidien.

Comme en 2015, Yusuf Hannun, de l'université Stony Brook à New York, n’est pas plus convaincu par cette nouvelle étude. Pour rappel, à partir du même jeu de données, il était finalement arrivé à des conclusions complètement opposées, rappelle Le Monde. D'après ses travaux et les observations de ses équipes, «le comportement des cellules-souches ne permet pas de distinguer les mutations qui auraient une origine aléatoire ou externe.»

«La nouvelle étude apporte plusieurs éléments intéressants. Mais selon moi le lien de causalité entre fréquence des mutations spontanées dans un tissu donné et risque de cancer n’est toujours pas établi.»

Pour en savoir plus, l'article du Monde est à retrouver ici.

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