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Emmanuel Macron sera-t-il comparable à un héros de Fitzgerald?

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 26.03.2017 à 16 h 28

[BLOG] L'ascension d'Emmanuel Macron ressemble au parcours d'un personnage échappé d'un roman de Francis Scott Fitzgerald: tout lui réussit avec cette insolence radieuse propre à la jeunesse. Reste à ne pas finir comme Gatsby, seul et désillusionné.

Emmanuel Macron gestures visite le marché de Saint-Leu sur l'île de La Reunion, le 25 mars 2016 | Eric FEFERBERG / AFP

Emmanuel Macron gestures visite le marché de Saint-Leu sur l'île de La Reunion, le 25 mars 2016 | Eric FEFERBERG / AFP

Comme tous les héros des romans et nouvelles de F. Scott Fitzgerald, Emmanuel Macron croit en lui. En sa bonne étoile grosse comme le Ritz. Au destin qui a bien voulu s'occuper de son sort et l'a déposé aux abords de la quarantaine, beau et frais comme un jeune premier. A cette chose innée qui ne s'explique pas et sans laquelle pourtant nos vies restent la plupart du temps à l'état de projet: la chance dont ses dents écartés sont la plus parfaite des illustrations.

Et encore à cette façon qu'il a d'avancer dans la vie, d'avancer résolument et tranquillement, de franchir les obstacles dressés devant lui sans donner l'impression qu'il lui en coûte quelque effort, comme si tout était naturel, comme si tout allait de soi, comme si, dans le grand livre de la vie tenu par un merveilleux fabuliste égaré dans des latitudes célestes, il était écrit que rien ne pourrait lui résister.

Cette légèreté de l'âme qui se pâme d'être ce qu'elle est, cet amour de soi qui est le contentement même du cœur épris de lui-même, cette insolence de l'esprit doué pour le bonheur et qui ose, là où tant d'autres optent pour la prudence, cette confiance en soi qui demande et commande à la vie d'aller plus vite, toujours vite, afin de récolter ce qu'elle vous a promis depuis toujours: l'argent, l'amour, la gloire. Le pouvoir.

Et puis aussi ce brin d'exotisme, de mystère, d'équivoque dans le personnage si étonnant de sa femme, cette provocation de vivre avec une mère-amante de près d'un quart de siècle son aînée, la folle incarnation d'un romanesque qui défie le temps, la mode, la bienséance comme si le monde ne pouvait rien lui refuser, comme si tous les possibles s'ouvraient à lui, comme s'il était prédestiné à être président.

Oui, par bien des égards, Emmanuel Macron est ce jeune héros insatiable et farouche, des romans de Fitzgerald, cet être radieux et solaire qui illumine tout ce qu'il touche et donne à la vie un parfum d'éternelle fête foraine.

A l'image de la vie de Fitzgerald

Il devrait pourtant se méfier: l’œuvre comme la vie de Fitzgerald finit toujours par s'abîmer tôt ou tard, et plus tôt que tard, dans une ineffable et inexorable tragédie.

Arrivé au sommet de la fortune, voilà que soudain la chance se dérobe à vous, que les astres se détournent de votre misérable personne, que pâlissent une à une les étoiles de votre flamboyante renommée et que bien vite la fête s'achève dans la désillusion d'une existence moribonde dont on n'attend plus rien si ce n'est sa conclusion afin d'éviter de devenir l'acteur de sa propre déchéance. La vie se venge, et avec quel éclat!

Le soleil ne se lève plus, la lune, d'ennui, se fane, les palais se transforment en prisons, cette vie tant aimée se dissout dans la langueur d'alcools aussi épais que l'amertume de votre destin brisé: l'amour a cessé de régner, les amis s'en vont ; assassin, le temps reprend sa marche en avant et dans cette terrifiante quiétude propre à l'anéantissement, par morceaux entiers votre vie se délite sans que vous ne puissiez échapper à son étranglement fatal.

Et vous mourrez seul dans la plus affreuse des solitudes, votre cercueil mis en bière sous l’œil vaguement intéressé d'un chien errant, unique spectateur de votre dernier voyage.

La vie de Fitzgerald ne fut que cela: montée irrésistible vers un azur resplendissant de promesses, champagnes, petits fours, ivresse de la légèreté, ivresse de l'amour, ivresse de la poésie, ivresse de l'ivresse même avant de se détraquer, de se craqueler, de se fêler et de foncer dans la nuit noire d'une infinie désolation.

Ce n'est évidemment pas ce qu'on souhaite à Emmanuel Macron dont la trajectoire semble illustrer à propos cet axiome fitzgeraldien dans La Fêlure: «La marque d'une intelligence de premier plan est qu'elle est capable de se fixer sur deux idées contradictoires sans pour autant perdre la possibilité de fonctionner. On devrait par exemple pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir, et cependant être décidé à les changer.»

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Laurent Sagalovitsch
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