Sports

Liga: la fin du championnat des étoiles

Aurélien Le Genissel, mis à jour le 09.12.2009 à 17 h 32

Le gouvernement veut mettre fin à la «Loi Beckham» qui offrait une fiscalité avantageuse aux stars étrangères du championnat espagnol.

Nous sommes peut-être en train d'assister à la fin de ce que l'on a appelé, en Espagne, «la Liga de las Estrellas» (le championnat des étoiles). Le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero, avec l'appui d'Izquierda Unida (comunistes) et du Bloque Nacionalista Galego (nationalistes de Galice), veut en finir avec celle que l'on surnomme la Loi Beckham. Approuvée au moment de l'arrivée du joueur anglais au Real Madrid, en 2003, cette particularité fiscale permettait aux résidents étrangers, vivant depuis moins de 10 ans en Espagne et avec des revenus supérieurs à 600.000 euros annuels, de payer leurs impôts à un taux de 24% au lieu de 43%. Une initiative qui cherchait à favoriser l'arrivée de professionnels de haut niveau et à rendre le pays attirant pour une main d'œuvre hautement diplômée. Mais il est rare que les chercheurs en biologie, les mathématiciens de pointe ou les geeks des nouvelles technologies gagnent ce genre de sommes. De fait, l'exonération a plutôt été bénéfique pour les grands clubs de foot qui ont pu offrir des salaires plus juteux aux grandes stars du ballon grâce à des charges plus faibles que dans les autres championnats européens.

La chute de l'empire espagnol

Un avantage qui s'est, en autres, matérialisé cet été avec l'impressionnante vague de recrutements réalisée par Florentino Perez à la tête du Real. Avec l'arrivée de Zlatan Ibrahimovic au Barça et l'amélioration de contrat dont a bénéficié Lionel Messi, la Liga compte quelques-uns des joueurs les mieux payés du monde. 13 millions d'euros pour Cristiano Ronaldo par an, 9 millions pour Kakà et Ibrahimovic, 11 millions pour Messi...Des salaires qui ont fait grincer des dents, en début de saison, plus d'un dirigeant, homme politique ou leader spirituel espagnol en ces temps de crise dans le pays ibérique, et qui ont peut-être poussé le Premier Ministre espagnol à décider de supprimer cet atout indispensable pour le foot ibérique. Un manque à gagner gigantesque pour la Liga de Futbol Profesional (LFP), qui a provoqué de vives réactions, et qui menace maintenant de paralyser la compétition.

«Dans deux ou trois ans, la Liga, en ce moment un des meilleurs championnats du monde, deviendra vulgaire et ne pourra plus attirer les grandes figures du foot», a déclaré Javier Tebas, vice président de la LFP. Un malaise similaire à celui exprimé par Joan Laporta, président du FC. Barcelone, qui rappelle l' «énorme préjudice que cela peut causer à la capacité compétitive du foot». Curieusement, Laporta devrait être un des dirigeants les moins préoccupés étant donné que le Barça est un des seuls clubs qui négocie en termes de salaires bruts avec les footballeurs et leurs agents. La règle veut que les agents et les dirigeants s'accordent sur un salaire net et que les responsables financiers de l'équipe s'arrangent pour payer un minimum au final.

Loi Beckham et DIC: même combat ?

Un discours que l'on retrouve curieusement dans la polémique qui s'est crée autour de la suppression du droit à l'image collectif (DIC) pour les sportifs professionnels, en France, votée il y quelques jours par le parlement. «On dit depuis des années et des années qu'on n'arrive pas à avoir des clubs de football qui sont au niveau des meilleurs européens et on sait pourquoi: on est plus taxé qu'ailleurs» a affirmé Xavier Bertrand tout en arguant que «cet avantage était nécessaire». Des mots qui pourraient être ceux du discours de Mr. Tebas.

Il est indéniable qu'il existe des différences importantes entre les clubs européens, à salaire égal, en ce qui concerne les couts d'un joueur. Comme on l'expliquait déjà sur Slate, au moment du recrutement de Karim Benzema par le Real Madrid, la pression fiscale espagnole, pour les stars du ballon rond, est la plus faible d'Europe. Selon une étude publiée cet été par l'entreprise Ernst & Young Abogados, l'Espagne est le pays européen qui présente le moins de coûts fiscaux pour les joueurs et donc pour les clubs.

Pour autant, la fin de la Loi Beckham ne supprimerait pas les inégalités car il existe d'autres facteurs qui jouent sur le cout d'un footballeur dans chaque état européen. Si l'on prend, par exemple, un pays comme l'Angleterre, qui (pour l'instant) a les mêmes impôts qu'en France (40%), il existe encore une grande différence due, principalement, aux coûts de la sécurité sociale dans l'Hexagone. Le droit collectif à l'image peut permettre de ne pas le payer mais ne peux jamais dépasser 30% de la rémunération brute totale du sportif, ce qui reste insuffisant pour se hisser au même niveau que le reste du continent.

Il n'est pas donc pas si évident que le DIC serve vraiment à «conserver les talents, à faire revenir des internationaux et à attirer des grands joueurs étrangers» comme le déclarent les représentants des ligues professionnelles. Mais surtout, les deux initiatives législatives ne naissent pas du tout avec le même esprit et sont donc difficilement comparables. La loi française prétendait s'adapter à la réalité économique complexe d'un sportif. A savoir que l'argent qu'il gagnait était en fait le fruit de ses performances sportives et de l'image commercialisée à travers son club. Or, avant le DIC, la loi obligeait les clubs à traiter ces droits d'images comme un salaire et donc à payer la sécurité sociale. Bien différente est la préoccupation de la loi Beckham qui, comme on l'a dit, n'est pas née en principe pour s'appliquer aux sportifs qui, en Espagne, perçoivent directement des droits d'images négociés avec leurs équipes en plus du salaire.

Un vrai faux problème ?

Si, finalement, les deux lois disparaissent, il semble très probable que les différences de coûts se réduiront. L'expansion parle, par exemple, d'une réduction d'impôts de 500.000 euros, grâce au DIC, pour le salaire annuel de 3,5 millions de Claude Makelele au PSG.

Dans les deux cas, la décision des dirigeants politiques n'est pas perçue comme une attaque sur salaires exorbitants des footballeurs mais directement comme une agression contre clubs. José Luis Astiazarán, président de la LFP, parle d'une facture de près de 100 millions d'euros pour les équipes si on pense que la masse salariale de La Liga est de près de 1.800 millions d'euros. Dans la réalité, le changement de statut ne devrait pas avoir d'effet rétroactif et donc Cristiano, Messi et les autres devraient maintenir le même régime... pour l'instant (en principe, pendant 5 ans). En France, on parle de 30 millions d'euros gagnés par an pour les comptes sociaux (tout sports compris).

Quoi qu'il en soit, c'est la question du financement d'un spectacle aussi complexe et important que le foot qui est en jeu. Les dirigeants de la LFP expliquent que si la Loi Beckham est supprimée, les clubs espagnols auront moins de mouvements économiques, moins de stars, moins de téléspectateurs et, surtout, moins de profits. Et qui dit moins de profits dit moins d'impôts pour le gouvernement. L'argument des clubs est que, malgré les faibles impôts sur quelques salaires, ces grands joueurs génèrent une telle activité économique et médiatique que l'Etat (par le biais d'autres impôts) y trouve son compte. C'est à peu près le modèle de Florentino Perez qui se résume par une fameuse boutade qui lui est attribuée en Espagne: «Zidane est moins cher que Faubert». En effet, même si le recrutement et le salaire de Zizou étaient beaucoup plus importants que celui du joueur de West Ham, le capitaine de l'équipe de France générait un tel engouement que le Real faisait des bénéfices et, par effet de ricochet, tout le foot espagnol.

Equilibre économique

Ce n'est pas l'avis des membres du gouvernement espagnol, comme Elena Salgado, Ministre de l'Economie, qui rappelle que ce cadre fiscal s'est mis en place «pour les scientifiques ou les créateurs» ou José Antonio Alonso, porte-parole du gouvernement, qui veut «fomenter la justice et l'équité sociale dans un moment de crise économique importante». Mais cela était aussi un avantage comparatif important par rapport aux autre pays européens où, en majorité, les footballeurs de haut niveau payent les mêmes impôts que le reste.

Car, dans le fond, le problème français et espagnol reste un problème de modèle audiovisuel. Dans des pays comme l'Italie ou l'Angleterre, par exemple, tous les matchs du championnat sont diffusés sur des chaînes payantes. Ce n'est pas le cas en Espagne où il existe toujours plusieurs matchs sur la télé gratuite à chaque journée. Une circonstance qui amoindrit les bénéfices des clubs en ce qui concerne les droits audiovisuels et donc la compétitivité internationale.

En quelque sorte, l'argent que les équipes ne «gagnent» pas en permettant des matchs gratuit, elles le «gagnent» en payant moins d'impôts. Car il faut bien que quelqu'un paye les énormes salaires des joueurs. Tout est question d'équilibre et de modèle économique. Si La Liga veut rester ce qu'elle est...bien sûr. L'Angleterre semble avoir résolu le problème avec les droits télé et l'argent des investisseurs étrangers. Reste à l'Espagne à faire de même. En ce qui concerne la France, pour faire de la Ligue 1 un grand championnat, il semble qu'il faudra élargir le débat au-delà du simple droit à l'image collectif...

Aurélien Le Genissel

Image de Une: Les joueurs du FC Barcelone soulèvent le trophée de la Ligue des champions, REUTERS/Darren Staples

Aurélien Le Genissel
Aurélien Le Genissel (64 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte