Monde

L'opposant russe tué à Kiev se sentait en danger

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 24.03.2017 à 12 h 23

Repéré sur The Washington Post, Le Monde

Dans une interview accordée au Washington Post trois jours avant sa mort, Denis Voronenkov expliquait que pour sa sécurité personnelle, «ils ne doivent pas savoir où nous sommes».

Des policiers ukrainiens près du corps de Denis Voronenkov, le 23 mars 2017 I Sergei SUPINSKY / AFP

Des policiers ukrainiens près du corps de Denis Voronenkov, le 23 mars 2017 I Sergei SUPINSKY / AFP

C'était un ancien député russe, devenu critique féroce de Vladimir Poutine, et recherché par la Russie pour «escroquerie». Denis Voronenkov a été assassiné de deux balles dans la tête, ce jeudi 23 mars, à Kiev, en Ukraine devant un hôtel, en pleine rue, dans le centre de la capitale. Le Monde indique que le patron de la police de Kiev a confirmé l'identité de la victime, «avant de préciser que la piste d’un assassinat commandité était retenue par les enquêteurs».

«Le président ukrainien, Petro Porochenko, a estimé qu’il s’agissait-là d’un acte de “terrorisme d’État” commis par les Russes. [...] Le Kremlin a rejeté des accusations en les qualifiant d’“absurdes”.»

Denis Voronenkov se sentait en danger. Soixante-douze heures avant son meurtre, lors d'une interview avec des journalistes du Washington Post, il avait dit:

«Pour notre sécurité personnelle, ils ne doivent pas savoir où nous sommes.»

«Un système complètement amoral»

Le quotidien américain raconte que l'ancien député russe racontait à ses amis qu'il était devenu une cible. Dans les jours précédant sa mort, des pirates avaient pénétré dans son compte Twitter et dans le compte e-mail de sa femme. Plusieurs menaces lui parvenaient par message, et la police lui avait récemment assigné un garde du corps.

«C'est un système complètement amoral, et dans sa rage, il peut mener à des mesures extrêmes. Nous avons été diabolisés. C'est difficile de dire ce qui va se passer. Le système a perdu la tête. Ils disent que nous sommes des traîtres en Russie.»

Il expliquait également qu'il ne pourrait revenir en Russie qu'une fois que Poutine aura quitté le pouvoir. Dans un tweet, l'auteur de l'article raconte que c'est sur ces mots que son interview avec l'ancien député s'était achevée, trois jours plus tôt.

«Ils disent que nous sommes des traîtres en Russie. Et je demande “Qui avons-nous trahi?” Personne ne peut dire qui est un patriote russe ces jours-ci. Tout le système est construit pourqu'un homme maintienne son pouvoir. C'est dur d'imaginer d'être pardonné.»

Un «second cas Litvinenko»

Le Monde rappelle que ce n'était pas sa seule sortie dans la presse étrangère.

«Dans un entretien accordé en février à la presse ukrainienne, Denis Voronenkov se livrait à une féroce critique du régime de Vladimir Poutine, le comparant à celui de l’Allemagne nazie. Il assurait également avoir témoigné dans le dossier pour trahison d’État visant l’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch, exilé en Russie depuis février 2014. L’ancien député expliquait son départ par la crainte de représailles de la part de responsables corrompus du FSB, les services secrets russes, qu’il aurait contribué à essayer de faire chuter en collaborant à des enquêtes contre eux.»

Le quotidien du soir précise également que «le très sérieux quotidien russe Novaïa Gazeta, cité par Courrier international, dressait toutefois en février un portrait nuancé de M. Voronenkov, dépeignant un personnage pour le moins trouble»: entre actifs disproportionnés, sociétés off-shores et dossiers judiciaires avec des protecteurs hauts-placés, mais «comme tout le monde».

Ce même Novaïa Gazeta parle ce jeudi d'un «second cas Litvinenko», en référence à l'ancien agent du FSB empoisonné au polonium 210, en 2006, à Londres. Le Washington Post mentionne également parmi ces fameux opposants tués, le cas de Boris Nemtsov, abattu devant le Kremlin en 2015.

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