Science & santé

Et votre chien, ça lui fait quel âge en humain?

Christopher Beam et Peggy Sastre, traduit par Peggy Sastre, mis à jour le 27.03.2017 à 11 h 47

Voici ce que la science a à dire de la règle des «sept ans».

Bella, chienne lumineuse | originalpozer via Flickr CC License by

Bella, chienne lumineuse | originalpozer via Flickr CC License by

Le plus vieux chien du monde vient de mourir. Floppy, mignon bâtard suisse, n'aura pas tenu jusqu'au 8 avril, date à laquelle l'inauguration d'une statue en son honneur était prévue à l'Oasis des vétérans, refuge pour doyens canins situé à Vaulruz, dans le canton de Fribourg en Suisse.

Reste que sa longévité force le respect: entouré des siens, Floppy s'est éteint paisiblement à 23 ans 5 mois et 7 jours, soit «près de 130 ans en âge humain, alors que la durée de vie moyenne pour un chien de sa taille tourne autour des 15 ou 16 ans», précise Le Matin. Quelques mois plus tôt, quand le vénérable toutou fêtait son 23e anniversaire, le même journal estimait que l'ancienneté de Floppy correspondait «à un âge humain de 155 ans». Comment calcule-t-on ces fameuses «années de chien»?

Une première année qui en vaut quinze?

Le but de la manœuvre est de placer l'âge canin dans le contexte de la longévité humaine. En d'autres termes, si Floppy avait été un homme, quel âge aurait-il eu? Une formule connue consiste à faire correspondre une «année d'humain» à sept «années de chien». Mais c'est un mauvais pronostic. Comme le fait remarquer le Wall Street Journal, cela voudrait dire que les humains connaîtraient leur puberté à 7 ans (les chiens atteignent leur maturité sexuelle vers 1 an), avec des doyens de l'humanité survivant jusqu'à 160 ans bien tapés (si on se fonde sur le record de Floppy).

Pour faire les choses dans les règles de l'art, selon l'American Veterinary Medical Association, il vaudrait mieux assimiler la première année d'un chien de taille moyenne à quinze années humaines, sa deuxième à neuf et toutes les autres à cinq. Par exemple, si vous êtes l'heureux propriétaire d'un berger des Pyrénées âgé de 4 ans, en équivalent humain, votre loulou a 34 ans (15+9+5+5).

Sauf que cette formule varie selon la taille du chien. Plus les chiens sont grands, plus ils ont tendance à vivre brièvement –et l'inverse est vrai des petits chiens, qui vieillissent dès lors moins vite. Un dogue allemand ne dépasse pas en tendance les 8 ans –soit environ 76 ans en humain. Ce phénomène est dû notamment au fait que les grandes races ont davantage de risques de souffrir de troubles articulaires et de problèmes intestinaux. Selon les travaux de la biologiste évolutionnaire Cornelia Kraus et de ses collègues, ces réalités sont elles-mêmes causées par des concentrations en hormone de croissance IGF-1 moins élevées chez les petits chiens que chez les grands, ce qui leur offre une plus longue longévité, mais les protège aussi contre de nombreuses maladies liées à l'âge. (La règle générale étant que si vous voulez des chiens qui durent longtemps et en bonne santé, préférez les bâtards aux races «pures»).

Une longévité croissante

La formule aura aussi suivi l'évolution de la longévité humaine... et canine. En moyenne, un humain né en 1901 ne dépassait pas la cinquantaine. Aujourd'hui, dans la plupart des pays développés, une femme peut espérer vivre aux alentours de 85 ans –et un homme 80. Les chiens, aussi, vivent plus longtemps que par le passé. En 1987, seuls 32% des toutous dépassaient les 6 ans. À l'heure actuelle, c'est quasiment un chien sur deux.

La passion que les humains nourrissent pour les «années de chien» ne date pas d'hier. En 1268, une inscription fut gravée dans le sol de l'abbaye de Westminster, à Londres, pour calculer la date du Jugement dernier en fonction de la longévité des créatures divines. Selon ce grand pavé, situé devant le maître-autel, un chien meurt à 9 ans et un individu à 81 ans. Au XVIIIe siècle, le naturaliste Buffon notera qu'un chien vit entre 10 et 12 ans, tandis que l'existence humaine s'étire jusqu'à 90 ou 100 ans.

Selon le Wall Street Journal, la règle des [1 année de chien = 7 années d'humains] serait apparue au cours des années 1950, à une époque où les chiens vivaient grosso modo dix ans et leurs maîtres soixante-dix. Pour William Fortney, chercheur en sciences vétérinaires à l'université d’État du Kansas, l'affaire tiendrait de «l'astuce marketing», histoire de nous inciter à emmener nos meilleurs amis chez le vétérinaire au moins une fois par an.

Christopher  Beam
Christopher Beam (57 articles)
Peggy Sastre
Peggy Sastre (29 articles)
Auteur et traductrice
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