Culture

Comment Bret Easton Ellis a voulu poursuivre Ben Stiller pour «Zoolander»

Elise Costa, mis à jour le 23.03.2017 à 15 h 35

Ou quand un auteur culte veut attaquer un film culte.

Ben Stiller dans Zoolander | United International Pictures (UIP)

Ben Stiller dans Zoolander | United International Pictures (UIP)

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Si vous êtes de ceux qui lisent les sections «Trivia» des films sur imDB, vous trouvez à la page de Zoolander, film de (et avec) Ben Stiller sorti en 2001: «Bret Easton Ellis, auteur du roman Glamorama sorti en 1998 […] a poursuivi Ben Stiller en justice après la sortie de son film pour atteinte au droit d’auteur.». L’anecdote a de quoi surprendre lorsque l’on connaît la personnalité des deux auteurs. S’agit-il alors d’une énorme coïncidence?  

Glamorama est un livre-pavé de près de 800 pages qui raconte l’histoire de Victor Ward, top-model idiot aux abdos ciselés, bullant dans un Manhattan des années 90 obsédé par les apparences et la célébrité et qui devient membre d’un groupe terroriste travaillant dans l’industrie de la mode. Zoolander est un long-métrage écrit par Ben Stiller qui a pour personnage principal Derek Zoolander, un top-model narcissique et débile, qui devient malgré lui membre d’un groupe terroriste dirigé par un magnat de la mode. Les deux œuvres sont sorties à quelques années d’écart. Leurs ressemblances ne s’arrêtent pas au synopsis. Chacune a essuyé son lot de critiques: le livre était considéré à l’époque comme «trop long» voire «répétitif», le film a été en proie à un mauvais timing puisqu’il fut projeté dans les salles peu de temps après les attentats du 11-Septembre, une période où complot terroriste et humour s’accordaient assez peu. Le temps aidant, Zoolander et Glamorama ont acquis leur statut d’œuvres cultes. Mais le public n’est pas dupe: le premier serait une adaptation comique du second. Au mieux, une influence, au pire, un plagiat.

«Fuck Ben Stiller, Bret Easton Ellis»

En 2005, Bret Easton Ellis, qui ne rechigne jamais à faire un peu de cinéma en public, avoue à la BBC qu’il a poursuivi Ben Stiller en justice pour contrefaçon mais qu’il ne peut en dire plus à cause de l’action en justice en cours. Mais à une fan qui lui pose la question lors d’une de ses lectures à Los Angeles la même année, Bret Easton Ellis répond : «J’ai assigné Ben Stiller en justice. (…) Non en fait, je ne l’ai pas vraiment fait. Mais je voulais le faire. Il y a eu des coups de fil échangés, mais au bout du compte je ne pouvais pas faire grand-chose. » En France, comme aux États-Unis, l’idée-même n’est pas protégeable. Il accepte tout de même de signer sur son livre: «Fuck Ben Stiller, Bret Easton Ellis». Aux dernières nouvelles, Bret Easton Ellis cherchait à noyer le poisson et ne souhaitait plus vraiment s’exprimer sur le sujet.

Est-il possible d’imaginer des accointances entre les univers de Bret Easton Ellis (misanthrope, violent pour ne pas dire malsain) et de Ben Stiller (burlesque, hilarant et probablement sensible)? A distance d’oiseau, probablement pas. Il faut prendre les petites routes pour comprendre ce qui rapproche les deux hommes.

L'air du temps

Tout d’abord, il y a cette relation avec Hollywood. Ben Stiller est un acteur, réalisateur et producteur bien établi sur la côte ouest américaine. Bret Easton Ellis –s’il est admis que ses romans ont une esthétique très cinématographique– n’est pas une superstar des studios. Son rapport avec le cinéma est compliqué, comme une liaison à sens unique. Dès 2004, une rumeur court: Glamorama serait adapté à l’écran par Roger Avary, peut-être sous le titre Glitterati. L’idée restera dans les cartons. Plus étonnant, ce papier du Guardian qui compare les manières de l’écrivain à Stiller. Ou plutôt à un personnage joué par Stiller. Quelque part, c’est comme si les deux créateurs partageaient une vision du monde.

Car Bret Easton Ellis est plus grotesque, au sens comique du terme, que l’on peut a priori imaginer. Funny or Die a par exemple publié une vidéo parodique de ses histoires. Son humour est qualifié de «très noir», «au vitriol», de pince-sans-rire. C’est un satiriste hors-pair. Tout comme Ben Stiller qui est, de son propre aveu, plus cynique qu’il n’y paraît. Il ne s’est jamais exprimé sur le sujet de Glamorama, mais il est cité dans le livre, name-dropping parmi tant d’autres. Lui seul connaît ses influences, et celle de Zoolander restera un mystère. Reste qu’entre la naissance de l’idée d’un script et la réalisation finale d’un projet porté à l’écran, il ne s’écoule rarement que 22 mois. A moins qu’il ne s’agisse, tout simplement, de deux grands esprits qui ont su capter l’air du temps.

Elise Costa
Elise Costa (88 articles)
Journaliste
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