Monde

Les soldats de l'Otan ont-ils tous la même valeur?

Brian Palmer, mis à jour le 09.12.2009 à 14 h 52

Quand il s'agit de tirer sur l'ennemi, tous les soldats de l'OTAN ne sont pas logés à la même enseigne.

Mercredi dernier, le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a annoncé que l'Europe ajouterait 5.000 soldats à son contingent en Afghanistan. Mais il n'a pas encore clairement été décidé quels pays européens déploieront des soldats. L'ex-république soviétique de Géorgie pourrait être le plus grand contributeur. L'Angleterre, la Pologne et l'Italie se sont également engagés à fournir des hommes. La provenance des troupes a-t-elle une importance? Les soldats de certains pays sont-ils meilleurs que d'autres?

Oui, les troupes britanniques et canadiennes reçoivent un meilleur entraînement que celui de beaucoup de leurs collègues européens. Souvent, des plus petits pays - ou des pays disposant de budgets militaires moins importants - ne peuvent pas financer des exercices de tirs avec des vraies munitions. En outre leurs simulations de guerre sont beaucoup moins élaborées.

Les équipements et les tactiques des Britanniques et des Canadiens ressemblent à ceux des Etats-Unis. Il leur est donc plus facile de les intégrer à une opération dirigée par les Etats-Unis. Et contrairement aux autres grands pays contributeurs européens, leurs gouvernements nationaux n'ont pas posé de conditions pour les combats contre l'ennemi.

Les soldats allemands et français sont bien entraînés, mais ils doivent rester dans un certain cadre ou respecter un certain nombre de «restrictions» instituées par leur parlement. Certaines de ces restrictions limitent les zones où les troupes peuvent opérer, ce qui permet aux ennemis de se réfugier dans des secteurs sans risque quand ils sont attaqués. La restriction la plus controversée est l'interdiction de l'«utilisation offensive de la force meurtrière» (en clair, les soldats ont le droit de se défendre, mais pas d'attaquer.) L'Allemagne a notamment mis en place une règle particulière selon laquelle ses soldats doivent porter une fiche dans leur poche leur indiquant dans quelles situations ils sont autorisés à tirer. Cette règle a fait l'objet de vives critiques.

En 2008, les forces spéciales allemandes avaient un commandant taliban dans leur ligne de mire. Mais tant que leur détachement n'était pas activement attaqué par des forces talibanes, elles n'étaient pas autorisées à tirer. Alors au lieu d'éliminer leur cible, elles se sont docilement retirées. (Les conditions imposées par le gouvernement allemand s'assouplissent, mais les changements à ce niveau, effectués par à-coups, ont créé une certaine confusion.) Au total, les pays de l'OTAN ont émis près de 80 restrictions applicables à leurs soldats.

Des pays de plus petite taille, comme la Pologne ou la Géorgie, ont fixé peu de limitations pour les opérations militaires - parfois aucune. Mais leur budget militaire restreint signifie que leurs équipements sont moins perfectionnés et leur entraînement moindre, ce qui est susceptible de compromettre des opérations conjointes. Les combats de nuit posent particulièrement problème. Si des soldats de pays sous-financés - dont l'équipement de vision nocturne est moins bon que celui des Etats-Unis ou inexistant - participent à une attaque, les planificateurs doivent décider s'ils équipent et entraînent les nouveaux soldats ou s'ils les laissent se débrouiller. Même quand ces troupes disposent du même équipement, elles sont moins habituées à les utiliser. Les exercices militaires intensifs engendrent en effet des coûts supplémentaires pour la maintenance et l'achat de munitions.

Cependant, ces limitations ne signifient pas que les forces de l'OTAN autres que britanniques et canadiennes ne sont pas utiles. Elles le sont. En sus de leurs activités de combat (parfois partielles), beaucoup jouent un rôle de soutien essentiel. Par exemple, elles pilotent des hélicoptères d'évacuation médicale, assurent des convois de ravitaillement et s'occupent de la surveillance de nuit dans les quartiers généraux. (Les planificateurs militaires estiment qu'il faut 10 soldats affectés à des opérations de soutien pour un soldat sur le front.) Ce genre d'opérations est de toute façon plus adapté à la coopération internationale. Tandis que les textes fondateurs de l'OTAN stipulent que les membres de l'Alliance atlantique doivent «unir leurs efforts pour leur défense collective», leurs tactiques de terrain sont souvent très différentes. Commander des forces conjointes devient alors une tâche plutôt compliquée. Il est bien plus facile d'affecter huit soldats luxembourgeois à la garde de la base aérienne de Kaboul que de les mettre au fait du protocole militaire de combat italien.

Brian Palmer

Traduit par Micha Cziffra

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Image de une: Reuters/Nikola Solic, soldat croate

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