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Doit-on mieux traiter Depardieu, le plus célèbre des Français?

Vincent Brunner, mis à jour le 24.03.2017 à 8 h 31

Après avoir enquêté sur le fonctionnement de l’Élysée, le dessinateur Mathieu Sapin a enchainé sur un autre monument français, Gérard Depardieu. Le livre qu’il a tiré de ses cinq années de fréquentation rendre l'image de l'acteur plus complexe, humaine et émouvante.

Génie. Gros con. Beau comme un dieu. Minable. Sensible. Ogre. Légende. Débile. Voyou. Esthète. Bourru. Féminin. Bon vivant. Mort en sursis. Acteur de sa génération. Traître à la nation.

A propos de Gérard Depardieu, on a tout dit, tout entendu. Il suffirait de sacrifier à la tradition du micro-trottoir et on pourrait augmenter la liste jusqu’à la nausée. Si vous avez des propositions, n’hésitez pas. Oui, Depardieu, 68 ans cette année, est un peu tout ça, en tout cas, dans l’esprit des Français. Dans la relation entre lui et nous, c’est compliqué. Pour certains, son exil fiscal a constitué un motif de rupture, comme s’il nous trompait tous d’un coup. Ses dernières apparitions d’acteur n’ont pas marqué l’histoire du cinéma ou de la série télé (Marseille valait surtout, paraît-il, pour ses incohérences technologiques) même si A pleines dents, l’émission culinaire d’Arte, a fait remonter sa cote. Sa relecture récente du répertoire de Barbara a également rappelé qu’un émouvant artiste-interprète subsistait en lui.

Et puis, bien sûr, il y a la filmographie monstre que l’on ne peut occulter tant elle éclipse les errements. Depardieu a joué pour Ridley Scott, Maurice Pialat, Marguerite Duras, Alain Resnais, François Truffaut, Jean-Luc Godard et quantité d’autres. Normalement, tout le monde âgé d’au moins 20 ans doit se souvenir de lui dans plusieurs rôles –selon la génération, ça sera les Valseuses et Vincent, François, Paul et les autres, Loulou et Inspecteur La Bavure, Le Dernier Métro et La Chèvre, Cyrano de Bergerac et Green Card, les Astérix et Mammuth. Il continue de tourner deux-trois films par an mais le cinéma semble l’occuper plus que de le passionner. En tout cas, c’est ce que l’on comprend quand on lit Gérard, l’album du dessinateur Mathieu Sapin qui l’a suivi de ci de là lors des cinq dernières années.

«Depardieu aime faire le mariole, c’est tentant de tout noter»

Depardieu rejoint ainsi une galerie de personnages éclatés, de Francis Blatte, le rasta blanc qui croit parler à Bob Marley à Supermurgeman, le super-héros dont les super pouvoirs sont déclenchées par l’absorption de binouze. Enfin, non, ceux-là existent dans le monde loufoque que Mathieu s’est créé dans ses albums les plus personnels (les Supermurgeman ou l’extra Journal de la jungle). Gérard, lui, rejoint Joann Sfar, Nicolas Demorand ou François Hollande, les figures de proue des albums de BD de reportage dont Mathieu est devenu un spécialiste autodidacte depuis sept ans. Il a ainsi débuté avec  le tournage du Gainsbourg de son pote Sfar (Feuille de Chou), a arpenté les couloirs de Libération (Journal d’un journal) puis a été le témoin privilégié et amusé de la campagne présidentielle de 2012 du côté d’Hollande (Campagne présidentielle). Avec toujours le même modus operandi: se fondre dans le moule, profiter de sa discrétion naturelle et de sa petite taille pour déambuler là où il a en envie, tout noter dans ses carnets et surtout goûter l’ironie de la vie.  De la BD documentaire réalisée en dessin subjectif où il prend sans cesse du recul (sur les événements, sur les autres, sur lui), avec beaucoup d’humour. Oui, on rit beaucoup en lisant Gérard.

«Depardieu aime faire le mariole, c’est très tentant de tout noter, confirme Mathieu. A un moment donné, lui pensait que j’allais en faire une collection, genre "les conneries d’un connard". Mais j’espère que la BD n’est pas que ça. Hier, quelqu’un m’a dit que son père, après avoir lu mon livre, avait conclu: "en fait, il passe 150 pages à se foutre de sa gueule". Ce n’est vraiment pas  ce que je voulais faire. C’est vrai que j’ai une ironie naturelle mais je pense, j’espère, que l’on sent mon attachement».

 

«Je voudrais être ailleurs, je voudrais être demain»

Rassurons Mathieu, si on se marre en lisant Gérard, le livre n’a rien à voir avec les Grosses Têtes ou un Dîner de cons dessiné. On sort de la lecture touché et ému par un homme (Depardieu, quelqu’un suit, bordel?) traversé par les paradoxes et les contradictions comme un fakir qui s’enfilerait continuellement des épées dans le corps. On a tous cette image d’un bon vivant s’empiffrant sans cesse, croquant la vie à pleines dents. Pourtant, dans un des passages les plus désarmants du livre, il crie à son dessinateur-confesseur: «les meilleures émotions, c’est quand je n’existe plus».

Mathieu confirme:

«Manifestement, c’est quelqu’un qui ressent un mal de vivre, qui dit: "je voudrais être ailleurs, je voudrais être demain". En même temps, il est dans le présent, "je ne regarde pas en arrière, les films que j’ai fait on en a rien à foutre". Il y a des moments où je le trouve très down, je pense qu’il est en train de sombrer. Trois mois plus tard, je le retrouve et il est super excité parce qu’il est sur une nouvelle affaire. A un moment donné, je voulais construire une arche narrative mais – et c’est ça qui est marrant - il est toujours dans une espèce d’oscillation. Ce que j’aime beaucoup dans mon bouquin, c’est tout ce qui n’y est pas. Je ne prétends pas faire un travail exhaustif - c’est comme si tu essayais de faire le tour d’une montagne - mais donner un aperçu. J’aime beaucoup le travail de Modiano sur la mémoire, sur ces sensations fugitives et contradictoires où tu as cru entendre un truc alors que quelqu’un entend autre chose. A un moment donné, Depardieu me parle de la mort et je le raconte en train de dire que ça le fait flipper. Quand je lui ai fait lire la page en question, il s’est écrié: "non, je n’ai jamais dit ça" . Le concernant, il est tellement paradoxal et complexe que tu ne peux pas prétendre: "voilà, j’ai cerné le personnage". Hier, un journaliste que je ne nommerai pas m’agaçait. Il voulait à tout prix que Gérard soit comme ci ou comme ça. Je lui ai répondu: "on s’en fout, il est tout et son contraire". On n’est pas une formule informatique».

 

Reprenons toute l’histoire à son début, même à son prequel. Le 11 mars 2012, Nicolas Sarkozy, alors candidat à l’élection présidentielle, est en meeting au parc des Expos de Villepinte. Alors que Gérard Depardieu vient exprimer son soutien, Mathieu Sapin –qui suit la campagne de François Hollande– assiste à la scène, impressionné. Quelques mois plus tard, il reçoit un mail venant d’une chaine de production: elle cherche un dessinateur pour accompagner Depardieu en Azerbaïdjan pendant dix jours. On a proposé à l’acteur, qui a joué des personnages d’Alexandre Dumas et incarné l’écrivain dans L’autre Dumas, de marcher sur ses traces. En 1858, Dumas père est parti au Caucase, accompagné du peintre Jean-Pierre Moynet, ils en ont ramené un récit de voyage. Gérard et Mathieu les imiteront. «Ce qui  est rigolo, c’est que j’étais en bout de chaine, raconte Mathieu. Ils ont proposé à Loustal qui était hésitant –il adore Gérard– puis à Guy Delisle. Comme celui-ci habite la même ville que Lewis Trondheim, il est allé le voir. Lewis, toujours sarcastique, lui a montré la vidéo de Villepinte, ça a douché son enthousiasme. Après coup, je me suis rendu compte que Christophe Blain, mon collègue d’atelier, avait aussi été appelé. Pour moi, cette offre tombait bien, j’étais en train de me demander: "what’s next?" En revanche, je ne pouvais partir que huit jours car je devais aller au festival BD FIL de Lausanne pour un concert dessiné».

Avant, il faut quand même que Gérard l'adoube. «J’ai eu un brief: "s’il ne te sent pas, il te défonce". Moi, je m’étais dit: "qu’est-ce que je risque? A part de passer un moment désagréable? Je ne veux pas faire une carrière d’acteur"»

Ouf, la première rencontre se déroule plutôt bien. Quelques jours plus tard, Mathieu se retrouve avec Gérard et l’équipe de tournage à Bakou. Et il se demande un peu ce qu’il y fout, avec une méga-star à gérer. Sauf que non. «Au début, j’étais très impressionné mais, peu à peu, tu te rends compte que c’est quelqu’un qui peut être adorable, qui te laisse complètement de l’espace. Il prend la lumière mais, en même temps, il y a un truc de danse, il te prend par la main». Seul souci: au final, Mathieu est loin de connaître à 100% sa filmographie. «J’avais vu Les Valseuses, Cyrano, j’avais un souvenir très lointain des Compères et, j’en parle, La Femme d’à côté m’avait traumatisé. Sinon, Le Dernier Métro, j’avais vu un bout à la télé, Tenue de Soirée, pareil, pas en entier. Je me suis rendu compte très vite qu’il n’en avait rien à foutre, mais vraiment. Il peut lui arriver d’en parler mais il ne se sent pas vexé. Ça m’a aussi mis à l’aise». Du coup, dans le film Retour au Caucase de Stéphane Bergouhnioux et Jean-Pierre Devillers, les deux forment un duo complice et comique à la Laurel et Hardy. «Je me suis senti suffisamment à l’aise pour me rendre compte que, pour que ça soit marrant et intéressant, il fallait que je le provoque un peu, que je le bouscule», témoigne Mathieu.

Au final, l’alchimie fonctionne tellement bien que la production est contrariée de le voir partir avant le terme du voyage pour rejoindre BD FIL à Lausanne. Mathieu demande à Gérard d’appeler l’organisateur. «"Allo, c’est Gérard Depardieu à l’appareil. Je suis là à Bakou avec Mathieu, on a besoin de lui pour le tournage…" Philippe, l’organisateur était aux anges, il a fait écouter à tout le monde le message que Gérard lui a laissé, il n’y a pas eu de problème».


Pendant le séjour à Bakou, Depardieu évoque l’éventualité de l’exil fiscal. «Au départ, pour moi, c’est de la blague, comme à la récré quand tu roules un peu des mécaniques».

Quelques mois plus tard, l’exil en Belgique devient réalité et l’annonce fait les gros titres. Le Premier Ministre de l’époque tacle Depardieu et taxe son exil d’«assez minable». À ce moment, Mathieu n’a pas le moyen de joindre Gérard. «En Azerbaïdjan, on avait vécu un moment super et puis… je ne sais même pas si on s’est vraiment dit au revoir. Après, lui est passé à autre chose. C’est marrant les différences de perceptions. À l’Elysée, j’ai assisté un jour aux remises de décorations. Un mec qui reçoit la légion d’honneur, pour peu qu’il y attache de l’importance, tu te dis que, pour lui, c’est un moment incroyable. Pour Hollande, dans sa journée c’est: "putain, faut que je remette les décorations" ha ha ha».

Au moment de l’explosion médiatique qui a suivi le clash entre Depardieu et Ayrault, Mathieu effectue les démarches pour entrer à l’Elysée et entamer le livre qui deviendra Le Château. «Je recroise Gérard pas longtemps après. Il me parle de mes "copains de Libération" qui ne l’ont pas épargné. Ce qui est étonnant c’est que c’est quelqu’un qui va ruer dans les brancards et fustiger mais il a un tel attachement à l’humain que, si la personne qui est en face lui plait, un dialogue est possible. Un paradoxe de plus! Il est tout le temps à dire: "j’ai envie qu’on me foute la paix, je n’en peux plus". Et, en même temps, il est très empathique. Quelle que soit la personne…il peut s’intéresser à un pompiste, ce qui peut être étonnant de la part d’une telle célébrité».

Tout en enquêtant sur le fonctionnement de l’Elysée, Mathieu veut continuer de suivre Gérard. «C’était long pour qu’il comprenne mon but. Déjà, il ne lit pas de bande dessinée. Mon projet, on peut dire que c’est un documentaire et, en même temps c’est plus subjectif. La première fois que je lui en ai parlé, il me dit: "mais non, on s’en fout, fais plutôt une BD sur mes restaurants". Il y a eu tout un moment où je le suivais sans que je lui dise clairement pourquoi».

Vu qu’il a ses entrées à l’Elysée, Mathieu essaye même de sensibiliser le président Hollande. «L’histoire de Gérard, c’est un peu celle d’une malédiction. Où qu’il aille, les gens le reconnaissent et tu ne peux pas faire plus français que lui. Pourtant, il est dans une position … contrariée (je ne veux pas dire de rejet) par rapport à la France et au fait d’être français. C’est complètement paradoxal. J’essayais d’expliquer ça à Hollande que, certes, il y a des choses qui ne sont pas bien, le fait de ne pas vouloir payer ses impôts en France, ce n’est pas moralement cautionnable. Mais, en même temps, tu ne peux pas non plus dire à Depardieu: "ok, casse-toi, la France tu l’aimes ou tu la quittes". Parce que c’est comme si tu bazardais la Tour Eiffel parce qu’elle pollue. Je trouve qu’il y a une charge symbolique dans cette espèce d’exil du personnage. En France, on n’est pas dans une guerre civile mais il y a un désamour, des gens qui ne se parlent pas, de couches irréconciliables. Un truc dysfonctionnel. Après, de là à dire que si Hollande avait parlé à Depardieu - "reviens Gérard, on va trouver une solution" – tout serait allé mieux et les gens se seraient mis à danser dans la rue…» Et que penser de la relation de Depardieu avec Poutine? «Pour moi, c’est aussi une course en avant. "Ok, vous ne voulez pas de moi? Bah, des gens si". Sur ce dossier-là, je ne veux pas parler pour lui parce que c’est trop complexe. Je sais que Gérard, ce qui l’intéresse c’est la personne, pas du tout de l’idéologie. Il a une forme de fascination pour les bad boys».

Finalement, deux éléments vont convaincre Depardieu de l’intérêt de cette BD. «Quand je lui ai montré la BD sur l’Elysée, ça l’a quand même un peu flatté. Mais ce qui l’a vraiment emballé, c’était beaucoup plus tardivement quand j’ai dessiné les premières pages». De toute façon, Gérard avait déjà pris l'habitude de regarder à l'improviste ce que Mathieu notait/dessinait dans son carnet. «Je ne pouvais rien lui cacher, ça me mettait dans une forme d'inconfort... c'est pas mal pour travailler, ça t'oblige à une certaine acuité».

C'est tout naturellement que le dessinateur se greffe sur le tournage en Europe de la série culinaire A pleines dents, suit Gérard sur le tournage du Divan de Staline (réalisé par Fanny Ardant), à Moscou… «Ce n’était pas comme avec l’Elysée où tu reçois le programme de la semaine et que tu te dis "ça, ça m’intéresse". Gérard, c’est impossible de le suivre, beaucoup de choses ont été faites à l’arrache. Après, j’ai un sens de la débrouille. Par exemple, ce n’est pas dans le bouquin mais je suis allé sur le tournage de Saint Amour, le film de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Ce qui m’a beaucoup marqué lors de cette journée de tournage, ça n’a pas tellement été Gérard mais Poelvoorde. Il m’a traumatisé, il était tellement ravagé. J’ai tellement été estomaqué du côté cirque d’un tournage pareil que Gérard devenait presque anecdotique. Lui était plutôt posé et rassurant, il faisait un peu le point d’équilibre entre Poelvoorde et les réals». Enfin, posé, c’est vite dit. «Avant qu’on ne tourne, Depardieu était fou de rage contre Charlie Hebdo parce qu’ils avaient fait la une sur Deneuve avec la légende "on a trouvé un colis piégé sur la Croisette" en la représentant sous la forme d’un tonneau un peu cubique. Du coup, comme dans sa conception des choses, Delépine c’est un copain de Charlie, il ne voulait pas tourner parce qu’il en avait contre Delépine… qui lui n’avait rien demandé. Gérard était enfermé dans sa loge. Au bout d’un moment, Delépine est arrivé: "heu, je ne sais pas si tu peux faire quelque chose, j’ai tout tenté…"» Au final, ça s’arrangera: Gérard est bien sorti de sa loge.

Partout mais surtout à l’étranger, Mathieu constate de visu la Depardieumania . «Il ne sait plus ce que c’est de ne pas être Depardieu. Ça fait cinquante ans que les gens, où qu’il aille, le reconnaissent, l’interpellent. Il y a ceux qui l’aiment beaucoup, ceux qui le détestent. Pour lui, les selfies, c’est comme la pluie que tu ne peux pas empêcher de tomber. En tout cas, il ne va jamais envoyer chier les gens». On comprend mieux le moment d’intimité capté par Mathieu entre Depardieu et… un chien. «Je pense qu’il est prisonnier de son personnage. Il est tellement habitué à avoir en permanence un public qu’il lui donne à manger, il va faire exprès d’en rajouter comme s’il voulait correspondre à son image d’ogre ingérable. On le montre du doigt? Du coup, il en rajoute. Au contraire, pendant ce moment passé à discuter avec le chien, là, il ne joue pas. L’équipe n’était pas là, moi j’étais dans l’ombre...je pense qu’il m’avait oublié. Et là, pendant dix minutes, il parle avec le chien sans que personne ne le voie.  Je trouvais ça super touchant parce que l’animal, lui, ne le juge pas, il s’en fout de Depardieu. Du coup, pour Gérard, c’est reposant. J’ai constaté pas mal de fois, combien pour lui ça pouvait être lourd de ne jamais pouvoir enlever le costume».

«Il peut aussi se coucher à 21h avec une tisane»

Une chaine de rôtisserie? La pomme de terre Depardieu? Si on le savait homme d’affaires, propriétaire de vignobles et de restaurants, c’est quand même surprenant de le voir recevoir dans sa suite comme un businessman pour lancer de tels projets. «C’est beaucoup plus important, pratiquement, que sa carrière d’acteur, estime Mathieu. Sa carrière, il la fait pour s’occuper, pour ne pas s’emmerder. Mais il a les yeux qui brillent si tu viens le voir en lui proposant une idée de business. Je ne suis pas persuadé que ça soit un excellent businessman au sens de faire du profit. Lui, ce qui l’amuse c’est plus le côté aventure, "tiens, on va chercher du pétrole avec Fidel Castro !" Tu vois que pour ses interlocuteurs, c’est la poule aux œufs d’or. Il le sent très bien. Si l’autre est plutôt réglo et intéressant, il joue le jeu. S’il voit que c’est un pantin ou un mec foireux, il va s’amuser ou l’envoyer péter». Encore plus surprenant, Depardieu ne bouffe pas tout le temps. Enfin, très souvent mais pas tout le temps. Mathieu Sapin a quand même perdu (et jamais retrouvé) son poids de forme depuis qu’ils se fréquentent. «A un moment donné je pensais garder pour le titre une de ses phrases: "tout beaucoup". Il lit énormément, il bouffe énormément. Il fait aussi des choses parce que l’on attend de lui qu’il les fasse, comme beaucoup manger. Mais je l’ai aussi vu ne pas manger du tout, se coucher à 21h en prenant une tisane».

Moins étonnant pour qui le suit, même de loin, Depardieu est un geyser de culture, un boulimique d’art. «C’est hallucinant, c’est l’inverse de quelqu’un qui a une formation universitaire et il a une connaissance livresque énorme. Ça va dans tous les sens. Il m’a dit: "ça m’occupe les mains de lire". Ça lui évite de fumer… c’est une technique!». Les livres pour faire arrêter de fumer, ça le ministère de la Santé n’y a pas pensé. Et ça relancerait la culture. Allez, Gérard, reviens, le pays a besoin de toi.

Mathieu Sapin, Gérard,

Éditions Dargaud,

160 pages, 19,99 euros

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Vincent Brunner
Vincent Brunner (39 articles)
Journaliste
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