France

Les commentaires grinçants et moqueurs de la presse étrangère à propos du débat présidentiel

Grégor Brandy, mis à jour le 21.03.2017 à 14 h 34

Si vous vous êtes ennuyé en regardant les trois heures de débat sur TF1, il valait mieux s'amuser des analyses des journalistes américains et européens.

François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, et Benoît Hamon, lors du premier débat présidentiel, le 20 mars 2017. Patrick KOVARIK / AFP

François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, et Benoît Hamon, lors du premier débat présidentiel, le 20 mars 2017. Patrick KOVARIK / AFP

Ils sont onze, et dans six semaines, il n'en restera qu'un. Le premier débat présidentiel a eu lieu ce lundi 20 mars: cinq des onze candidats étaient présents sur le plateau de TF1. Les six autres, qui n'ont pas été conviés, ont vécu des soirées radicalement différentes. Ils n'auront donc pas profité du coup de projecteur sur leur programme, le débat ayant rassemblé 9,8 millions de téléspectateurs, selon Médiamétrie. Et c'est sans compter sur les chiffres de France 24 qui a également retransmis le débat à l'étranger en le doublant en anglais, mais aussi en arabe. Le Guardian était sur le pont aussi, et a suivi en direct.

Si des commentateurs en France ont pu trouver cela morne (allant jusqu'à dire que «quelque chose était mort sur Twitter», haut lieu de l'écho télévisuel), il fallait regarder ailleurs. L'humour avait traversé les frontières. Certains des journalistes étrangers pensent qu'il fallait suivre, rien que pour voir les publicités françaises (celle d'Alain Afflelou, soutien de François Fillon?).

Qui veut gagner la présidentielle?

Tout ceci a permis à de nombreux journalistes anglo-saxons de suivre le premier débat de la campagne après ceux des primaires à l'automne. Les Britanniques traumatisés par le Brexit et les Américains par l'élection de Trump ont en effet eu envie de savoir ce qui allait pouvoir se passer en France. Et notent au passage tout ce qu'ils croient très français: à commencer par les cinq minutes de retard du débat, souligne Quentin Aries, journaliste à Politico Europe.

Ou à quel point ce débat ressemble à un jeu télévisé, selon Steve Goldstein de MarketWatch. On ne peut pas nier la ressemblance avec «Qui Veut Gagner des Millions?», et le journaliste espère que personne ne l'utilisera pour l'appel à un ami.

C'est sur les oreilles de Benoît Hamon que s'attarde Matthew Yglesias, du site Vox: elles sont «Obama-esque» selon lui, puis il passe à autre chose et ne parlera que de politique américaine le reste de la soirée.

Passage obligé: la critique des tenues avec Benjamin Grinspan, qui compare Jean-Luc Mélenchon à Bernie Sanders. Car, si tous les autres candidats portaient un costume-cravate (ou une veste de costume pour Marine Le Pen), lui était venu avec une simple veste (le journaliste parle de sweat), ce qu'il trouve assez génial.

Et se raccroche à ce qu'il connaît en comparant Marine Le Pen et Donald Trump qui ont, selon lui, beaucoup en commun dans leur façon de s'exprimer.

Qui est qui?

Josh Barro, journaliste à Business Insider a également repris une comparaison entre la France et les États-Unis sur la question de la sécurité et du «degré de panique qu'il faudrait avoir». Emmanuel Macron serait ainsi notre Hillary Clinton et Marine Le Pen notre Donald Trump.

Ce petit jeu de comparaison a d'ailleurs été repris par une autre utilisatrice, et un analyste du langage qui écrit parfois sur Bloomberg.

C'est le mépris envers le choix du Brexit, à l'exception de Marine Le Pen, que retient l'attention d'une journaliste de The Economist. Il est vrai qu'à moins que le présidente du Front national ne soit élue le 7 mai prochain, le Royaume-Uni va devoir se préparer à de dures négociations avant sa sortie de l'Union européenne, qui doit être officiellement lancée le 29 mars prochain.

Le débat = Game of Thrones?

Certains comme la correspondante de CBS à Paris, Elaine Cobbe, se sont félicités de la tenue des débats, et ont trouvé rafraichissant d'entendre des candidat parler de politique et de plans plutôt que de faux emplois (en référence à l'affaire Fillon), et de sondages. 

Benjamin Grinspan remarque ainsi que le débat a pris très au sérieux les questions d'environnement (même s'il a mis une heure et demi à apparaître et n'a finalement duré que quelques minutes), et regrette que les débats américains ne soient pas à la hauteur. L'écologie avait été l'une des grandes oubliées des débats entre Donald Trump et Hillary Clinton, à l'automne dernier.

Mais les débats ont aussi parfois pris un tour un peu plus violent. Une personne a ainsi vu dans le débat français un peu la série Game of Thrones.

C'est vrai que le ton est monté à plusieurs reprises, une caractéristique très française aux yeux de la presse étrangère. Pierre Briançon, journaliste à Politico Europe s'amuse de voir tous les candidats qui se crient dessus conformément à l'image qu'il se fait de nos débats houleux où personne ne peut plus comprendre qui que ce soit. Et se moque des journalistes/modérateurs muets qui semblaient «être partis s'en griller une», dans la plus pure tradition française.

On n'est pas couché

Reste que le temps passé devant leur écran a fini par en fatiguer certains. Après 3 heures et 17 minutes de débats, Josh Barro s'est demandé si l'émission allait continuer jusqu'à ce que tous les candidats sauf un ne meure.

L'un d'entre eux est allé jusqu'à reprendre l'anaphore de François Hollande pour indiquer que lui président, il raccourcirait les débats télévisés.

Pour le responsable du bureau étranger du magazine allemand Der Spiegel, le débat commençait déjà à sembler long une heure plus tôt: Macron n'ayant cité aucun philosophe, Hamon n'ayant pas encore mentionné les perturbateurs endocriniens (il le fera plus tard dans la soirée), et Mélenchon ayant conservé son calme.

Il fallait se rendre à l'évidence, malgré les airs d'émission de divertissement du «Grand Débat», aucun candidat n'a défendu la taille de son pénis (ou celle de ses mains d'ailleurs).

Sans surprise, Matt Drudge, fondateur du très conservateur et très lu Drudge Report a trouvé Marine Le Pen «spectaculaire» lors du débat.

Tandis que le Financial Times retient ce matin, qui parle souvent de lui, qu'Emmanuel Macron a déçu. Visiblement, tout le monde ne devait pas regarder le même débat, puisque Reuters se fait l'écho d'un sondage dans lequel l'ancien ministre de l'Économie a «solidifié son statut d'homme de tête» avant cette élection présidentielle, et ce, particulièrement grâce à son clash sur l'immigration avec «sa rivale principale», Marine Le Pen.

Grégor Brandy
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