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Qui peut arrêter Facebook?

Farhad Manjoo, mis à jour le 09.12.2009 à 15 h 04

Pas Twitter ni Google en tout cas.

Il y a un an à peu près— alors que j'essayais de convaincre les foules de s'inscrire, je m'étonnais de la croissance fulgurante de Facebook: le site venait de fêter son 150 millionième membre, et voyait environ 37.000 nouveaux inscrits par jour. «A ce rythme-là», écrivais-je, «dans un an Facebook aura atteint les 300 millions d'utilisateurs.» Je dois cependant l'avouer, je ne pensais pas alors qu'il fut possible que ce site maintint pareille croissance. Toutes les modes passent à un moment ou un autre, et Internet n'échappe pas à la règle. En plus, à l'époque, la sphère tech s'était amourrachée d'un petit nouveau plébiscité par les stars et les média : Twitter. Même Facebook semblait mal à l'aise face au site de micro-blogging. En juin dernier, les pages utilisateurs ont même été repensées afin d'afficher les mises à jour aussi vite que sur Twitter, ce qui était censé protéger Facebook du péril jeune.

En fait, plus de peur que de mal, puisqu'il s'avère qu'en un an, la croissance de Facebook s'est même accélérée. Au mois de septembre, le site a annoncé son 300 millionième utilisateur et a passé la semaine dernière le cap des 350 millions. Et c'est maintenant plus de 600.000 personnes qui s'y inscrivent chaque jour. Twitter n'a pas communiqué de chiffres récemment, mais n'a pas à rougir de son trafic, au contraire. Ceci dit, Twitter a certainement moins d'utilisateurs que le nombre de gens qui jouent à FarmVille sur Facebook (69 millions!).

Mais il n'y a pas que le nombre de nouveaux inscrits. Avec Facebook Connect, l'entreprise de Zuckerberg dépasse Facebook.com, s'infiltrant dans les moindres recoins du Web. Maintenant, il est possible de mettre à jour son statut Facebook, ajouter des commentaires ou discuter avec ses amis tout en surfant sur CNN, le Huffington Post, Yelp, Digg, et Slate.com entre autres. Mercredi, Yahoo! a annoncé son intention d'intégrer Facebook Connect à tous ses services. Et bien qu'aucun détail sur ce partenariat n'a encore été donné, on pourra certainement partager ses photos entre Flickr (propriété de Yahoo!) et Facebook, ou commenter des articles sur Yahoo News via son profil. Avec ce partenariat historique, Facebook atteint presque le statut de Graal du Web-business: un service d'identification universel et qui centralise toutes nos activités sociales.

L'imparable ascension de Facebook soulève de nombreuses questions : qu'est-ce qui motive les nouvelles inscriptions? Le site finira-t-il par atteindre un climax pour ensuite subir une perte de vitesse, comme ce fut le cas pour la majorité des réseaux sociaux? Et, plus important, a-t-on vraiment envie de voir apparaître un service d'identification universel, donc un site unique sur lequel sont stockés toutes nos relations, nos commentaires, nos photos et nos statuts?

Et bien je crois que oui. J'irai même jusqu'à dire que c'est la raison pour laquelle Facebook n'en finit pas de grossir et n'atteindra pas ce fameux climax de sitôt. Le site est en passe de faire partie intégrante de l'infrastructure même du Web, de devenir aussi indispensable à notre surf quotidien que Google ou les emails. Quand au mois de janvier j'exhortais les gens à s'inscrire sur Facebook, je me justifiais en affirmant que le site «facilite nos interactions sociales au quotidien, au même titre que le courrier électronique ou le déodorant.» Et c'est encore plus vrai un an après. Instinctivement, c'est là que vous irez chercher des photos de votre neveu, partager une anecdote avec vos amis de fac, et même chercher un emploi. Dans un article du New York Times, Nick Bilton remarque que les listes d'amis commun sur Facebook ont changé notre façon de créer de nouveaux liens: «Maintenant avant de me rendre à un séminaire ou à une soirée, je jette un coup d'oeil à la liste des inscrits et je regarde si on a des amis en communs», écrit-il. «C'est parfait pour briser la glace.»

Comme Facebook s'améliore au fur et à mesure que son nombre d'inscrits augmente, sa croissance  sert donc d'argument principal pour recruter de nouveaux utilisateurs. Qui plus est sa taille effraie les concurrents potentiels et augmente la probabilité pour que le site s'étende ailleurs sur Internet. Le Web n'est que redondances insupportables; j'ai un nom d'utilisateur et un mot de passe pour poster sur Slate, un autre pour lire le New York Times, un troisième pour donner une note aux films sur Netflix, et encore un autre pour commenter les photos sur Flickr. Tout ce que je fais sur ces sites y reste confiné, alors qu'idéalement si je poste une réaction sous un article du Times, je préfèrerais qu'en plus des inconnus qui lisent NyTimes.com, mes amis aussi puissent en profiter.

Facebook Connect centralise toutes ces activités. Un commentaire laissé sur un site d'infos pourra servir de point de départ à une discussion avec vos amis. Cela représente aussi une occasion en or pour les éditeurs de contenu online. Slate.com se sert de Facebook Connect comme d'interface de commentaires pour son agrégateur d'infos, The Slatest. Chaque fois que quelqu'un y poste un commentaire, un lien vers l'article apparaît sur sa page Facebook. Le site fait donc sa pub auprès des amis du commentateur, drainant du trafic vers Slate.com.

Les plus sceptiques s'interrogeront cependant sur le revers évident d'une telle expansion: et notre vie privée alors? Il y a c'est vrai certaines choses qu'on aimerait garder pour soi. On a adoré Megalodon: le retour du requin tueur, mais on préfèrerait que ça reste entre Netflix et nous. C'est toutefois de plus en plus rare, Internet ayant bouleversé la notion de partage. Si l'on commente un article ou qu'on publie une photo, c'est bien pour partager son opinion ou un morceau de sa vie avec, potentiellement, le monde entier. Il est peu probable que cela change, surtout avec nos amis.

C'est précisément ce désir de partager qui va permettre à Facebook Connect de lorgner du côté de Google Friend Connect, son principal concurrent (leurs noms sont terriblement similaires, c'est à s'y méprendre). Il y a cependant quelques différences entre les deux: le service proposé par Google est un peu plus «large», puisqu'il est possible de se connecter à un site utilisant Friend Connect avec son compte Google mais aussi avec Twitter, Yahoo!, et pas mal d'autres services en ligne. Pratique, car on n'a pas à se souvenir d'un énième couple login/mot de passe. Mais à l'inverse de Facebook, Google, en offrant l'accès via une multitude de services, ne centralise pas vos activités. Et c'est là le point fort de Facebook Connect, ce qui reflète par la même occasion les ambitions du site. Peut-être que dans un futur pas si éloigné, le Web ne sera plus qu'une simple extension de Facebook.

Farhad Manjoo

traduit par Nora Bouazzouni

Image de une: Conférence des développeurs de Facebook en 2008. ©FACEBOOK

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