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Sécurité routière: les motards en accusation

Didier Laurens, mis à jour le 10.12.2009 à 11 h 24

Un nouveau code de la route devrait voir le jour pour les 2 roues. Les pouvoirs publics hésitent toujours entre répression et adaptation des règles de conduite aux réalités.

Entre janvier et juin 2009, onze personnes, conducteurs ou passagers d’une moto ou d’un scooter, ont été tuées et 2 255 blessées dans à Paris. Le bilan est lourd par rapport à l’année 2008 dans sa totalité où la Préfecture de police de Paris avait recensé 15 tués et 5215 blessés, dont 494 graves.

Les utilisateurs de deux roues à moteur représentent près de 20% des tués sur les routes de France. Une proportion qui a doublée en une décennie tandis que dans le même temps la part des motos et des scooters dans la circulation a augmentée de 60%. Les pouvoirs publics ont décidé d'agir. Mais ils hésitent toujours entre répression et adaptation du code de la route et de la formation.

Ainsi, la préfecture de Paris n'hésite pas à organiser des sortes de guet-apens.

Une camionnette de police se gare sur l'une des voies de circulation de l'avenue du Général Leclerc, un des axes les plus chargés de Paris puisqu'il mène à la Porte d'Orléans. Sous l'effet de ce rétrécissement de la chaussée, un bouchon se forme et, immanquablement, des deux roues contournent l'obstacle en franchissant la ligne continue pour se dégager. Ils sont interceptés quelques centaines de mètres plus loin, à la hauteur de la rue Sarrette, où des fonctionnaires en uniformes les attendent, le carnet à souche à la main. Les conducteurs encourent trois points de retraits et une amende de 135 euros. L'opération durera deux bonnes heures. Et ce n'est pas la première du genre.

La police est-elle autorisée à créer des circonstances susceptibles d'encourager ces franchissements? Ces pratiques sont-elles fréquentes? Posée à la Préfecture de Paris par voie de mail (procédure obligatoire), ces questions sont restées sans réponse. Tout comme celle qui consiste à savoir si la politique de verbalisation à la volée s'intensifiera en 2010.

Cette technique, dont les automobilistes sont également victimes, permet à un fonctionnaire de police de noter le numéro d'un véhicule en infraction et de dresser un PV dans la foulée, sans arrêter le conducteur. Pour ainsi dire cueilli à froid, celui-ci recevra son procès-verbal à domicile, quelques semaines plus tard, ce qui rend toute contestation difficile.

Jusqu'à quelle distance un policier est-il censé pouvoir lire une plaque à l'œil ou avec le secours d'un appareil de grossissement sans faire d'erreur ? Cette question est (aussi) restée lettre morte. Dommage. Car cette pratique se généralise, notamment à l'encontre des motards: «sur le périphérique, que 470 millions de véhicules empruntent chaque année, des voitures de police banalisées se glissent dans le flot de circulation. Un fonctionnaire, assis à l'arrière, note le numéro des motos qui remontent les files, ce qui, paradoxalement, pénalise les 2 roues équipées d'une plaque réglementaire et ne circulant pas trop vite», explique-t-on auprès de la Fédération des Motards en Colère.

Cette volonté de réprimer est justifiée par la volonté de réduire le nombre d'accidents, notamment en zone urbaine. Personne ne s'en offusquera. Mais elle a aussi son sous-titrage budgétaire. Entre 2007 et 2008, selon les derniers chiffres disponibles, le nombre d'infractions constatées pour les deux roues, rappelle la Prévention Routière, a progressé de 22% pour atteindre 95.000.

Pour les PV liés aux remontées de file, la situation pourrait néanmoins être clarifiée grâce au Comité de concertation sur la sécurité des 2 roues, qui s'est réuni pour la première fois en juin 2009 et qui devrait faire un certain nombre de propositions, courant janvier, avant la réunion du prochain Comité interministériel de la sécurité routière (CISR).

A priori, rien de spectaculaire n'est à attendre en matière d'infrastructures, pourtant très accidentogènes pour les deux roues, si ce n'est la promesse de populariser les normes de sécurité auprès des maires et des gestionnaires de réseaux, qui, souvent, les ignorent.

Pas grand-chose, non plus à espérer du côté du prix des équipements de sécurité, dont le taux de TVA restera inchangé et qui ne profiteront pas d'un crédit d'impôt bien que des produits de bonne qualité améliorent sensiblement la protection des conducteurs en cas de sinistre.

Enfin, le port d'équipements de sécurité, comme c'est déjà le cas pour le casque, ne sera pas étendu aux gants, afin de tenir compte de la différence de climat qui peut exister entre Marseille et Lille, explique-t-on. Ce qui est parfaitement absurde puisque, quand on circule à 90 Km/h, les mains nues et en short, en plein été, le bitume de la chaussée provoque les mêmes brûlures quelle que soit la région de France où l'on circule.

De la même manière, l'autorisation, pour les deux roues, de circuler dans les voies de bus, bien que demandées par plusieurs associations d'usagers et qui donne notamment de bons résultats à Madrid et à Londres, ne devrait pas être autorisée à cause de la levée de bouclier des sociétés de transport en commun. Des expériences ponctuelles, comme celle envisagée par Christian Estrosi, maire de Nice et ministre chargé de l'industrie, verront peut-être le jour. Mais, pas de généralisation à l'horizon. C'est du côté des remontées des files de voitures et du permis de conduire que des initiatives sont à attendre.

Circuler entre les files de voiture, si l'état suit les préconisations de cette instance de concertation, pourrait être officiellement toléré l'année prochaine à conditions de se plier à certaines règles. Dont le respect d'un différentiel de vitesse maximum entre les deux roues et les files de voitures qu'ils longent. En clair, le conducteur d'une moto pourrait, par exemple, remonter les files sans excéder leur vitesse de 15 à 20 kilomètres/heures.

De même, l'autorisation de passer entre les files pourrait parfois être autorisée - par exemple lors d'un bouchon - mais faire l'objet d'une infraction dans d'autre cas, comme lorsque les voitures circulent, même à vitesse réduite, sur une autoroute ou une voie rapide. Bref, on s'apprête à créer une usine à gaz qui sera pratiquement impossible à appliquer, notamment lors d'une circulation en accordéon. Dans tous les cas de figures, ce «cadrage», s'il voit le jour, aurait pour effet de limiter l'arbitraire des distributions des PV. Qui s'en plaindra?

Courant 2010, le permis moto sera aussi réformé. La Commission de Concertation estime à la quasi-unanimité que le permis actuel donne trop d'importance à la maîtrise technique d'un deux roues, ce qui octroierait une trompeuse sensation d'invulnérabilité aux jeunes conducteurs. Certaines épreuves, comme le fameux parcours chronométré entre les plots pourraient être supprimées, celui de l'épreuve d'évitement aménagé et l'accent mis sur la conduite «défensive», c'est-à-dire sur les précautions à prendre pour éviter de se mettre dans une situation d'urgence.

Selon la Prévention Routière, le bon étiage consisterait à ramener à parité le temps consacré à la conduite et à la réflexion sur les règles de bonne conduite alors que la proportion actuelle est de 85% contre 25%. A priori, l'idée consistant à diminuer le degré de formation pratique des conducteurs peut paraître inquiétante. Mais même les associations de motard affirment que la formation actuelle est inadaptée et qu'il faut la modifier. La réforme devrait intervenir d'ici à la fin du premier semestre 2010. D'ici là, bonne route.

Didier Laurens

Image de Une:  Un rassemblement de Harley Davidson David Moir Reuters

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