France

Twitter rhabille les politiques

Temps de lecture : 2 min

François Fillon est la cible des tweets de la semaine. La question n'est plus sa probité, mais sa capacité à représenter les Français.

gksayaan22 via Pixabay
gksayaan22 via Pixabay

CONTENU PARTENAIRE - A moins de quarante jours de l’élection présidentielle, c’est le mot «costume» qui a été le plus employé sur Twitter. C’est également le mot le plus utilisé par les medias pour dénoncer la nouvelle «dérive» du candidat des républicains.

L’agitation des twittos autour du dernier «revers» de la campagne de François Fillon ne surprend pas. Mais le sujet de ces tenues sur-mesure, offertes par un «généreux donateur», agit comme un détonateur et vient s’intégrer dans une longue liste de griefs: «ses ambitions politiques, son train de vie, ses costumes de luxe offerts, le salaire de Pénélope, ses enfants... Notre argent».

S’y exprime une colère latente qui se conjugue à une attente clairement exprimée: pourquoi, pour qui voter quand «les programmes des candidats disparaissent derrière scandales et dénonciations»? Frédéric Says dans son Billet politique pour France Culture du 14 mars, rappelle que la façon dont François Fillon se fait rhabiller par les médias n’a rien d’inédit, en évoquant les chaussures Berluti de Roland Dumas au moment de l’affaire ELF, ou le goût d’Aquilino Morelle pour le cirage de chaussures.

Mais tel n’est pas le point retenu sur la twittosphère. Dans une France en ébullition sociale latente, ce sont l’inconscience et l’irresponsabilité des élites qui sont jugées.

Ce train de vie «fastueux» donne «le vertige» à ceux qui calculent que «50.000 euros pour quelques costumes c'est l'équivalent de 7 ans et demi d'RSA ». Contrairement aux semaines précédentes, ce n’est pas tant la probité du candidat à la présidentielle qui est mise en question, mais surtout sa capacité à «représenter les citoyens, dont le salaire médian est de 1.772€ net, en portant un costume à 6.500€».

Cette «histoire de sapes» se mue en symbole du fossé qui se creuse de plus en plus entre les citoyens et ceux qui se soumettront à leurs votes en mai prochain pour «endosser le costume présidentiel». Mais plus que tout, elle témoigne d’une certaine lassitude devant la tournure prise par la campagne: la présidentielle ne serait-elle finalement qu’un «match de costumes»?

«Politique du divertissement»

Pire, la responsabilité de ce nouvel emballement n’est pas seulement imputée à la classe politique mais également aux médias dits «mainstream».

Ces derniers se voient accusés de ne traiter que l’apparence et non les faits. De sortir de leur métier, informer leur public, pour céder à la quête d’audience, de buzz. «Après casquette, foulard, jupe, burkini... voilà qu'on s’enflamme pour les costumes de Fillon. En France, on est très chiffon ! (Ou très con)». Cette ironie mordante sur les «dessous» de la garde-robe de François Fillon vient illustrer une opinion qui oscille entre désespoir et colère et souligne qu’«à 2 mois de l'élection on n’a pas la moindre idée du programme de tous les candidats mais les media s'en fichent».

A contre-courant de ce que l’on pourrait attendre de ce mode d’expression, supposé reposer sur l’immédiateté, Twitter pointe massivement le «faible niveau du débat politique» qui «stagne sur l’apparence», fustige les «limites de l’infotainement» et celles de «la politique du divertissement». Ce n’est plus un débat mais un «jeu de cirque», et tout cela détourne l’attention des sujets importants qui pourtant ne manquent pas: «la sécurité, l'éducation, l'emploi, le chômage, la formation… Mais non, on ne parle que des costumes Fillon».

La société civile attend un «débat présidentiel véritable». On lui donne à voir le néant: «Arrêtez de regarder son costume, regardez son programme: c'est le vide intersidéral!».

Et l’échéance arrive à grand pas. Dans moins de quarante jours, il s’agira de mettre un point final à cette «campagne qui touche le fond ». Il ne sera plus question de «sauver les apparences» mais de faire face à des résultats résolument «imprévisibles». Et les électeurs mettent déjà en garde: ils ont le pouvoir de distribuer des «vestes électorales».

Slate.fr

Newsletters

Pourquoi déteste-t-on les supporters de football?*

Pourquoi déteste-t-on les supporters de football?*

*Et les supportrices.

Non, je ne crois pas que le voile soit compatible avec le féminisme

Non, je ne crois pas que le voile soit compatible avec le féminisme

Prétendre que le voile islamique est compatible avec le féminisme est pour le moins hasardeux. Comment un marqueur religieux établissant une différence entre les sexes pourrait-il porter des idées d'émancipation, de liberté et d'égalité?

Est-on libre d’écrire ce qu’on veut dans une tribune de stade?

Est-on libre d’écrire ce qu’on veut dans une tribune de stade?

La banderole est l'un des moyens d'expression privilégiés des supporters. Il arrive pourtant qu'elle soit interdite de match, comme à Toulouse, fin février.

Newsletters