Science & santé

Nous sommes plus intelligents que l'IA parce qu'on réfléchit avec notre corps

Repéré par Galaad Wilgos, mis à jour le 17.03.2017 à 11 h 03

Repéré sur Motherboard

De plus en plus d'études démontrent l'importance majeure de notre rapport sensoriel à notre environnement.

Image promotionnelle du film d'animation Ghost in the shell (1995)

Image promotionnelle du film d'animation Ghost in the shell (1995)

Le 29 mars sortira Ghost in the Shell, adaptation du manga éponyme et l’un des films les plus attendus de ce début d’année. L’histoire se passe dans un univers où les individus se distinguent des robots uniquement grâce à leur «Ghost», soit leur esprit –qu’importe si le corps n’est que parties mécaniques et artificielles, comme c’est le cas de l’héroïne interprétée par Scarlett Johansson.

Ce «téléchargement du cerveau» sur un matériel artificiel, ainsi que les questions d’intelligence artificielle que ce récit soulève font face à de nouvelles études qui prouvent que les interactions entre corps et esprit sont beaucoup plus ténues qu’on ne le pense. En réalité, on ressent et on pense d’un même mouvement, et l’intelligence a besoin d’un corps pour naître et fonctionner.


Comme le rappelle un papier de Motherboard, s'il est tentant d’imaginer la possibilité d’une intelligence artificielle construite sans les désavantages de la chair –après tout, on distingue instinctivement, et surtout depuis Descartes, son esprit du fonctionnement de son corps– en réalité, il manque une pièce centrale au puzzle de l’IA: l’incarnation («embodiment»). Sans cela, impossible de créer une IA proche de l’intelligence humaine.

Le raisonnement de l’IA fonctionne en encodant des parties de connaissance grâce à des formules mathématiques: «chat > est > animal», par exemple, afin de faire apprendre à la machine qu’un chat est un animal. Ce genre de raisonnement permet des déclarations plus complexes, mais dans des environnements simples et artificiels: là où ça se gâte, c’est quand, comme dans le «vrai monde», les choses ont des définitions ambigües et pléthore d’interprétations. Arrive alors le machine learning, qui fonctionne grâce à des algorithmes qui discernent les relations en répétant les tâches, comme en classifiant par exemple les objets visuels dans des images de chats:

«Un tel système pourrait apprendre à identifier des images de chats, par exemple, en regardant des millions de photo de chat.»

On réfléchit parce que l'on ressent

De quoi battre les meilleurs joueurs d'échecs ou de GO, mais ensuite? Selon une étude de 2005 du biologiste James Shapiro de l'université de Chicago –et contre la vision traditionnelle de l’évolution–, les cellules eucaryotes de l'homme auraient fonctionné «intelligemment» afin d’adapter un organisme hôte à son environnement en manipulant leur propre ADN en réponse à des stimuli environnementaux. Avant même d’être des êtres pensants et conscients, nos cellules étaient donc déjà en train de lire des données et de travailler ensemble pour faire de nous de robustes organismes autonomes:

«La nature "a construit l’appareil de la rationalité non pas juste sur l’appareil de la régulation biologique, mais aussi à partir de et avec", écrit le neuroscientifique Antonio Damasio dans L’erreur de Descartes (1994), son ouvrage pionnier sur la cognition. En d’autres mots, on pense avec tout son corps et non juste son cerveau.»

Toujours selon l’auteur du papier pour Motherboard, c’est sans doute cet impératif basique de survie physique dans un monde incertain qui est à l’origine de la flexibilité et de la puissance de l’intelligence humaine. De fait, à l’inverse des algorithmes qui fonctionnent en repérant des modèles dans une grande quantité de données, «grâce à nos besoins en tant qu’organisme, les êtres humains transportent avec eux des modèles extraordinairement riches du corps dans son environnement plus large. On retire des expériences et des attentes à partir d’un nombre relativement petit d’exemples observés. Donc quand un humain pense à un chat, il peut probablement se figurer sa façon de bouger, entendre le son de son ronronnement, ressentir éraflure imminente quand il sort ses griffes. Il a une réserve riche d’informations sensorielles à sa disposition pour comprendre l’idée de "chat", et d’autres concepts liés qui pourraient l’aider à interagir avec cette créature.»

Dès lors, quand un humain doit résoudre un nouveau problème, une bonne partie du boulot chiant a déjà été fait, là où l’IA doit à chaque fois recommencer au début. Malgré de nombreuses recherches, et en dépit des légitimes craintes de Stephen Hawking, l’IA proche de l’intelligence humaine n’est donc pas près d’arriver –tant que les algorithmes n’ont pas été intégrés, incarnés dans leur environnement dans une perspective à long terme.  

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