Parents & enfants

L'amélioration de la garde des enfants, une des conditions de l’égalité professionnelle

Éric Macé, mis à jour le 20.03.2017 à 15 h 36

Cette réforme serait à la fois profitable à la natalité et à l'égalité de genre.

©WeDoData

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Les inégalités de travail entre les hommes et les femmes ne sont pas dues seulement aux discriminations sexistes mais aussi à la manière dont la collectivité organise la garde des jeunes enfants. Faute de pouvoir imposer la parité des tâches domestiques et parentales au sein des familles, la garde professionnalisée des jeunes enfants est une des conditions de l’égalité professionnelle.

La plupart des études comparatives internationales montrent que le taux de natalité des pays industrialisés est lié à l’organisation sociale des tâches parentales. Plus cette organisation repose sur les familles, et donc sur les femmes, plus le taux de natalité est faible et conduit à un déficit démographique. C’est le cas en Allemagne, dans une économie prospère, où le cumul entre la vie professionnelle et l’éducation de jeunes enfants est rendu impossible par l’absence de politique publique de garde d’enfants. C’est le cas en Espagne, dans une économie paupérisée, où la famille, et donc les femmes, doivent cumuler petits emplois à petits salaires avec la garde des enfants. C’est le cas au Japon, où ne pas rompre sa carrière lorsqu’on a des jeunes enfants est considéré comme une déviance.

En conséquence, en raison de leur attachement à leur travail ou de la nécessité économique, les jeunes femmes préfèrent ne pas avoir d’enfants, ou très peu, plutôt que de risquer une précarité ou des inégalités plus fortes encore. On a ici l’illustration d’un paradoxe: tandis que le taux de natalité d’une population est considérée comme un bien collectif qui profite à tous, l’effort est porté principalement par les femmes au point d’apparaître à leur yeux comme un handicap social personnel –ce qui les conduit, précisément, à éviter d’avoir des enfants.

Inversement, plus cette organisation est partagée entre les familles (les femmes) et les politiques publiques de garde d’enfants, plus le taux de natalité est élevé: c’est le cas en Scandinavie et en France. Cependant, cet accès à la garde de jeunes enfants est limité car en France, cela n’est pas une obligation pour les municipalités et les parents qui ne disposent pas de revenus élevés, à la différence des cadres, ne peuvent employer de personnel. On explique ainsi une grande part du temps partiel contraint par cette nécessité de devoir garder les enfants, ce temps partiel contraint étant une des principales cause de précarité des femmes et du différentiel de salaire d’avec les hommes. Le défaut de garde professionnalisée des jeunes enfants conduit également à la formation d’un précariat de «nounous», souvent migrantes des pays du Sud, qui, certes, trouvent là une certaine autonomie financière, mais sont exposées à des conditions de travail et de paiement peu protectrices et sans aucune perspective de carrière –elles mêmes devant faire garder leurs propres enfants dans des conditions difficiles. D’une façon générale, la professionnalisation, la qualification et la revalorisation des métiers du soin est un gisement d’emplois, d’autonomie des personnes (des femmes), d’égalité de genre et d’équité d’apprentissage en faveur des enfants des milieux populaires. Il restera à convaincre les pères d’assurer à parité les charges domestiques et parentales, autre clef de l’égalité sociale et professionnelle entre les hommes et les femmes.

Éric Macé
Éric Macé (1 article)
Sociologue, professeur à l’université de Bordeaux, spécialiste des rapports de genre
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