Life

Les gaines de nos grands-mères font leur retour

Layla Demay, mis à jour le 04.03.2010 à 11 h 03

Finis bourrelets, poignets d'amour et fesses molles.

Quand ma copine Maura, à New York, m'a parlé de ce truc révolutionnaire, Spanx, elle s'attendait tout d'abord à ce que je connaisse, et réalisant mon ignorance, à ce que je sois impressionnée. Spanx... Humm, j'ai pensé spanking... fessée en anglais. Mais Spanx est bien plus sadique qu'une fessée. En fait, je n'ai pas été impressionnée du tout. Spanx est le nom de la marque la plus populaire de gaines aux Etats-Unis.

Oui, la gaine fait un retour en force chez les branchés. Il y a deux ans, c'était le tricot, aujourd'hui, c'est la maille spandex.

Ultra-populaire dans les années 50 et 60, la gaine avait été mise en retraite anticipée dans les années 70. Les seventies proclamaient l'avènement du corps libre, sain et tonique grâce au sport. Adieu gaine, bonjour muscles d'acier. Jane Fonda devenait le modèle d'une génération. Véronique et Davina promettaient des lendemains qui chantent sans bourrelets. La gaine fut mise au placard au profit des régimes et des salles de sport. La chair flasque n'avait plus droit de cité, la lingerie gainante était devenue obsolète, pire même, le stigmate d'une mauvaise hygiène de vie et de la vieillesse.

La gaine avait-elle complètement disparu? Ou bien était-elle devenue le secret inavoué, qu'on ne partage même pas entre copines? Plus horrible encore que d'avouer avoir des pensées érotiques pour Benny Hill? Peut-être. En tout cas, les ventes avaient très nettement chuté.

Et puis, en 2000, Oprah Winfrey la papesse américaine du petit écran, en fait l'éloge dans son talk-show, déclarant que la lingerie Spanx était une de ses choses préférées. Et d'un coup d'un seul, le marché de la gaine de maintien a explosé. Spanx est leader dans sa catégorie. Le marché a triplé en 8 ans, pour atteindre un chiffre d'affaire de 750 millions de dollars (450 millions d'euros) aux Etats-Unis.

L'histoire de la marque Spanx se lit comme un conte de fée. Il était une fois une princesse qui s'apprêtait à sortir, se regardant une dernière fois dans le miroir, elle remarquait qu'une méchante sorcière l'avait affligée d'une culotte aux coutures visibles. Elle décidait alors d'un coup de ciseaux de résoudre le problème en coupant les jambes d'un collant en lycra. Spanks était né. Sauf, bien sûr, que Spanx n'a rien inventé. La gaine existe depuis des décennies. Nos grand-mères en portaient. Elles étaient un peu plus moches, un peu moins confortables, un peu moins efficaces qu'aujourd'hui, mais le concept était le même.

Et avant la gaine, le corset, l'ancêtre du vêtement de maintien, donnait aux belles de la cour leur taille de guêpe, jusqu'à parfois leur casser les côtes et les empêcher de respirer. Le vêtement de maintien serait né dans les années 1500. Cotte de maille en métal plus que vêtement sculptant. Le style et la fonctionnalité n'ont fait que s'améliorer. On a tous en tête Miss Scarlett (Vivien Leigh) se faisant corseter par sa servante, la douce Mammy, aux mains fortes comme le vent d'hiver.

Mais c'est bien sûr DuPont et son chimiste Joseph Shivers qui ont revolutionné la vie des femmes. Mr Shivers s'est d'ailleurs vu décerner la médaille Olney, qui récompense l'excellence en chimie textile. Eh oui, les chimistes textiles ont aussi droit à leurs Oscars. Le Lycra, le spandex, l'élasthanne, a libéré les mouvements. Aujourd'hui, les progrès de la fibre élastique permettent de remonter un bout de fesse, compresser un bourrelet surnuméraire, gommer une culotte de cheval récalcitrante.

Dans le domaine du camouflage adipeux, la France n'est pas en reste. Les marques de lingerie et de collants ont investi le filon. Interdit d'appeler ça une gaine, dont la connotation rappelle la vieillesse, la maladie, l'embonpoint disgracieux. Aubade, roi de la pub sexy avec sa campagne «leçons de séduction», a crée une culotte gainante, euh pardon sculptante, baptisée «La petite tricheuse» et qui, à l'aide de deux bandeaux élastiques, remonte l'arrière-train. Astucieux, sans aucun doute, audacieux, peut-être, gracieux, pas vraiment.

Et c'est toujours et encore l'énorme problème des sous-vêtements gainants. Malgré des couleurs acidulées, des coupes modernisées, des rajouts de dentelles, la gaine reste horrible. Aussi laide qu'un préservatif usagé. Sacha Guitry disait : «Quand je déshabille une femme qui porte des collants, j'ai l'impression d'éplucher une pomme de terre». Une phrase qui s'applique parfaitement à la gaine. D'ailleurs plutôt mourir que d'être déshabillée par un boyfriend en flagrant délit de Spanx.

Mais c'est peut-être en train de changer. Cette année, Equmen, marque australienne de sous-vêtements de maintien et de suspension, a lancé la gaine pour hommes... Assortie de toute une ligne de sous-vêtements faits pour minimiser les bidons protubérants, mais aussi augmenter les parties nécessitant d'avantage de volume, une façon de répliquer l'entrecuisse de Beckham dans la pub pour les slips Armani. D'après le fabricant, les ventes sont en hausse exponentielle. Difficile d'imaginer qu'il dise le contraire. Mais le nouveau produit a certainement remporté un joli succès médiatique.

Que restera-t-il de nos atouts naturels, une fois la culotte remonte-popotin et le slip rembourré tombés? Le séant surabondant et le phallus abrégé sont destinés à être des vestiges d'un passé où être naturel était une fatalité. Dieu merci, il y a le Lycra!

Layla Demay, Les Pintades

Image de Une: Une mannequin lingerie porte une gaine. Photographie de Stanley Kubrick. Wikimedia Commons

Layla Demay
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